Les États-Unis intéressés par le nickel et le magnésium de la société Montagnat

La Société minière Georges Montagnat (SMGM) discute avec l’entreprise américaine Atlas Materials sur la fourniture de minerai à destination d’une future usine hydrométallurgique au Texas ou au Mississippi. Pour la première fois, le magnésium du sol calédonien serait valorisé. Un vrai débouché.

Le lien s’est tissé il y a un peu plus de trois ans, par l’intermédiaire de Pierre Charlent, géologue et ingénieur minier indépendant, grand connaisseur des sols calédoniens. Depuis, l’Américaine Atlas Materials et la Société minière Georges Montagnat (SMGM) échangent et se rencontrent, comme en cette semaine du 3 novembre à Nouméa. Au cœur des discussions, la fourniture de minerai de type saprolitique pour une future usine au procédé hydrométallurgique aux États-Unis.

Un accord a été conclu en décembre 2023. À la suite de l’envoi d’échantillons pour des tests en laboratoire, une autorisation d’export du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, délivrée le 14 mai dernier pour 200 000 tonnes maximum par an sur une période de trois ans, était, dans un premier temps, nécessaire afin de rassurer les investisseurs, du côté de l’entreprise Atlas Materials. L’objectif, ensuite : que cette autorisation, renouvelée, soit pérenne, selon la SMGM. L’intention est bien « de diversifier les débouchés » avance son directeur général, Thomas Sevêtre. Une stratégie essentielle pour maintenir l’activité sur un marché complexe.

PAS DE DÉCHET

Le projet métallurgique, en cours de développement, est décrit comme totalement innovant. L’idée se précise en 2021 et 2022 lors de travaux communs de Jeremy Ley, diplômé en économie, et David Dreisinger, chercheur reconnu en génie métallurgique, aujourd’hui PDG de l’entité américaine. Des essais sont effectués sur différents minerais de la planète, notamment d’Indonésie, mais « il s’est avéré rapidement que ceux de Nouvelle-Calédonie étaient les plus aptes et faciles à traiter avec le process que nous étions en train de mettre au point », se souvient le dirigeant et professeur d’université.

Autre élément très favorable, les exigences réglementaires sur le Caillou en matière environnementale satisfont pleinement les critères américains. Ce qui n’est pas assuré auprès de tous les producteurs de minerai de nickel dans le monde.

Après une levée de fonds de 33 millions de dollars US au départ pour les études préliminaires, la société basée dans l’État du Delaware estime détenir aujourd’hui un modèle encourageant, qui fonctionne avec des échantillons. Son procédé hydrométallurgique est différent de la technologie utilisée à Prony dans le Sud, puisque le projet Atlas s’appuie sur des basses températures et une pression atmosphérique, et ne produit pas de déchet, liste David Dreisinger. « Tout est valorisé », confirme Pierre Charlent.

« MATÉRIAU CRITIQUE »

Le process est découpé en trois étapes, à partir d’un minerai saprolitique de Nouvelle- Calédonie d’une teneur en nickel de 1,8 % maximum importé aux États-Unis. Tout d’abord, une lixiviation [extraction d’une substance par un solvant] avec de l’acide chlorhydrique permet de produire un résidu susceptible de remplacer le clinker [obtenu à partir d’un mélange de calcaire et d’argile] dans la fabrication du ciment.

La deuxième phase aboutit au rendement de MHP (Mixed Hydroxide Precipitate), similaire au NHC (Nickel Hydroxide Cake) de Prony Resources, un produit intermédiaire composé de nickel et de cobalt, et utilisé dans la conception des batteries pour véhicules électriques.

Enfin, le dernier pan du projet est centré sur la production de magnésium sous différentes formes ‒ solution, oxyde, hydroxide jusqu’au métal. « Nous sommes plutôt focalisés actuellement sur le magnésium métal, qui est classé comme un matériau critique aussi bien aux États-Unis qu’en Europe », souligne David Dreisinger. Parce qu’« aujourd’hui, le magnésium est produit à 91 % en Chine », sur des sites très polluants.

Or ce métal, à la fois léger et résistant, est utilisé dans l’aérospatial, la défense ou encore l’aéronautique. Un des principaux débouchés actuels est l’industrie automobile. Au final, « aucun déchet solide n’est produit » répète le PDG d’Atlas Mate- rials, aux côtés de Pierre Charlent. « L’acide chlorhydrique est recyclé dans le process. »

La SMGM exporte actuellement entre 500 000 et 600 000 tonnes de minerai par an, vers le Japon et la Chine. Photo : D.R.

« PROCÉDÉ COMPLÈTEMENT NOUVEAU »

La direction de la société du Delaware compte, en 2026, lancer les études techniques pour réaliser l’usine et s’employer à la recherche de financement. Le début de la construction du complexe interviendrait fin 2027 ou début 2028, pour un début de production au terme de cette même année. Ce qui correspondrait à l’envoi d’un premier minéralier chargé par la SMGM. Cette unité d’Atlas, de dimension réduite dans le but de valider le process à l’échelle industrielle, doit traiter 130 000 tonnes de minerai humide d’origine calédo- nienne par an, pour livrer 1 800 tonnes de nickel, 70 tonnes de cobalt et 7 000 tonnes de magnésium.

L’unité commerciale, de petite taille, permettra d’évoluer vers de bien plus grands formats, de deux, trois ou quatre fois le plan originel, en fonction des résultats. Le coût du projet, certes significatif, doit être affiné par les études. L’installation, qui nécessite un port en eau profonde, de l’énergie ainsi que des produits chimiques comme l’acide chlorhydrique, pourrait être établie au Texas ou au Mississippi ‒ le choix doit être arrêté sous peu. Ce projet accueille « un procédé complètement nouveau de cette manière intégrée » observe David Dreisinger. Une demande de brevet est en cours. Atlas Materials sera l’opérateur de l’usine en activité.

Au-delà de la diversification des clients, la SMGM voit, dans cette initiative made in USA, « un nouveau débouché pour le minerai calédonien », note Thomas Sevêtre. En l’occurrence, le magnésium. Une première. « C’est un peu révolutionnaire, pour une indus- trie qui ne tourne qu’autour du nickel depuis 150 ans. » Et le projet peut être dupliqué « en dehors des États-Unis, dans des pays amis, en Australie ou en Europe. Il y a un vrai intérêt à l’accompagner, même financièrement si nécessaire ». La SMGM étudie l’option d’une participation au capital de la future usine. Une autre histoire va peut-être débuter.

Yann Mainguet 

Un lingot de magnésium produit par la société américaine Atlas.
Un débouché potentiel dans l’activité minière calédonienne toujours
à la recherche de son après-nickel. Photo : Y.M.

20% Le minerai calédonien testé peut afficher une teneur en nickel de 1,8 % max et en magnésium de 15 à 20 %. Ce qui permet 14de récupérer beaucoup de métal. Le prix du magnésium métal s’élève actuellement autour de 2 500 dollars US la tonne. Le cours du nickel est lui de 15 000 dollars la tonne environ, à la Bourse mondiale des métaux, le London Metal Exchange (LME).

 


Quel nickel aux USA ?

Les États-Unis ne détiennent qu’un seul gisement de minerai de nickel, de type sulfuré : Eagle, dans l’État du Michigan. D’après des statistiques américaines,
le site a produit 17 000 tonnes de nickel en 2023, contre plus de 159 000 tonnes importées cette année-là. Mais cette mine souterraine arrive à épuisement et doit fermer en 2029. L’administration du pays a défini la liste des matériaux critiques, c’est-à-dire des matériaux dont la dépendance aux approvisionnements étrangers pour satisfaire ses besoins est extrême. Le nickel y figure depuis 2021.

Des subventions et des conditions particulières sont proposées aux entreprises implantées sur le sol américain, qui cherchent à diversifier leur fourniture et à produire ces métaux. Un système équivalent est instauré en Europe, face notamment aux flux massifs chinois. L’envoi vers les États-Unis des derniers minéraliers chargés en Nouvelle-Calédonie remonte à 1997-1999 pour l’enseigne Cominco désireuse de relancer une vieille usine active pendant la Seconde Guerre mondiale. Sans grand succès.


Un nickel épargné

Le 2 avril dernier, le président des États- Unis, Donald Trump, a dévoilé une liste de 185 pays partenaires commerciaux frappés de surtaxes douanières. « L’administration Trump vise essentiellement deux objectifs : combler le déficit, remplir les caisses de l’État, et ramener des emplois aux États- Unis, doper les investissements dans le pays », analyse le média France Culture.

Si des pays voisins – Australie, Nouvelle- Zélande, Vanuatu, Fidji – tout comme
des territoires d’outre-mer – Polynésie française, La Réunion, Saint-Pierre-et- Miquelon – sont touchés, la Nouvelle- Calédonie et donc son minerai de nickel étaient et sont toujours épargnés. D’autant qu’il s’agit d’un métal défini comme critique par les États-Unis eux-mêmes. Il serait ainsi incompréhensible de surtaxer un produit dont le pays a véritablement besoin, surtout pour la fabrication de batteries pour véhicules électriques.

D’ailleurs, « il y a déjà des accords en aval, notamment avec une société qui achète du MHP (Mixed Hydroxide Precipitate, un des futurs produits de l’usine hydrométallurgique) pour concevoir les batteries destinées à l’industrie automobile » relèvent David Dreisinger et Pierre Charlent d’Atlas Materials.

Y.M.