Les entreprises minières face à la transition énergétique

Lors d’une table ronde consacrée à la transition énergétique la semaine dernière, le gouvernement a annoncé son nouvel objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre : 70% en moins d’ici 2035 par rapport à 2019. L’annonce est ambitieuse, mais est-elle réalisable pour les acteurs miniers ?

Sachant que la moitié des gaz à effet de serre sont produits, en Nouvelle-Calédonie, par l’industrie du nickel, notamment via les centrales électriques, comment comptent faire les acteurs miniers pour répondre au nouvel objectif du gouvernement ? Un objectif ambitieux puisqu’il s’agit de réduire les émissions de CO2 de 70 % d’ici 2035, a annoncé, la semaine dernière, Christopher Gyges, membre du gouvernement, lors d’une table ronde sur la transition énergétique.

Prony Resources sur les rails

Prony Resources semble avoir un coup d’avance et vise la neutralité carbone d’ici 2040. L’industriel envisage une stratégie à long terme aboutissant à la construction d’une ferme solaire de 200 MW dont la moitié pourrait être terminée en 2030. Tous les éléments concernant l’aspect technique et la gestion du projet seront décidés avec le partenaire industriel choisi. Prony Resources n’exclut pas non plus de porter lui-même ce grand projet en tissant des partenariats, par exemple avec des banques.

À plus court terme, l’industriel envisage la construction d’un parc photovoltaïque de 30 MW pour une mise en service fin 2022. « Nous allons choisir un partenaire industriel et entamer sa réalisation en poursuivant les études dès fin août », précise Sylvain David, chargé des projets de transition énergétique de Prony Resources. Cette centrale sera construite à proximité de l’usine, mais le site exact n’a pas encore été défini. « Dans les dépenses énergétiques, nous devons aussi tenir compte de celles liées à la mobilité et nous réfléchissons à une solution, par exemple pour nos engins mécaniques », ajoute-t-il.

Un nouveau projet pour la SLN

Du côté de la SLN, ce nouvel objectif du gouvernement soulève quelques questions. Pour rappel, l’acteur minier doit remplacer, depuis plusieurs années déjà, sa centrale thermique au fioul de Doniambo. Les projets se succèdent tandis que la centrale vieillit et continue de projeter ses gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le dernier projet en date consistait à bâtir une centrale flottante dans la rade.

Mais une autre idée a été mise sur la table la semaine dernière : convertir la centrale au charbon de Prony Energies au gaz et la redimensionner pour lui permettre d’alimenter la SLN. Enercal travaille déjà sur la mutation de cette centrale, créée en 2007, pour exploiter une puissance maximale de 100 mégawatts. Elle alimente aujourd’hui la distribution publique et l’usine du grand Sud. « Cela permettrait d’abandonner le charbon à Prony et d’arrêter la centrale au fuel de Doniambo. La centrale au gaz de Prony serait alors en capacité d’alimenter également l’usine SLN de Doniambo.  Ce projet concourt à réduire les émissions totales des métallurgistes du Sud de 60 % dès 2025 par référence à 2019. La suite de la trajectoire menant à l’objectif de 70 % de réduction est obtenue par la croissance de la production d’origine photovoltaïque pour les trois métallurgistes entre 2025 et 2035 », précise le service communication d’Enercal, contacté à ce sujet.

Des industriels bien discrets

La SLN n’a pas apporté de réponses à nos questions, mais la semaine dernière, dans une interview accordée à nos confrères des Nouvelles calédoniennes, Christel Bories, PDG d’Eramet, donnait une tout autre version concernant le remplacement de cette même centrale. « Nous avons reçu des offres, trois candidats ont été sélectionnés et doivent remettre des offres fermes au mois d’août. Et nous espérons qu’enfin, ce projet va aller de l’avant, et que nous allons avoir une centrale efficace rapidement », a-t-elle précisé. Quid de la réduction de 70 % de CO2 souhaitée par le gouvernement et du projet de la centrale de Prony ? Les questions restent en suspens. Quant à l’industriel du Nord, quelles sont ses intentions ? KNS dispose de sa propre centrale qu’il exploite seul, contrairement à la SLN et à Prony Resources. L’industriel aura-t-il les moyens de mettre en place une stratégie adaptée aux ambitions gouvernementales ? La question reste entière puisque KNS n’a pas non plus souhaité s’exprimer.


Enercal accompagne les industriels

« Il appartient à chaque industriel de mener sa politique énergétique et de faire baisser ses émissions de gaz à effet de serre. Cependant, Enercal peut contribuer à leurs démarches dans ce sens en apportant des solutions », précise le producteur, transporteur et distributeur d’électricité pour la distribution publique. Les industriels de la métallurgie du nickel sont autonomes sur leur alimentation électrique. Enercal intervient ou pas sur ce marché non régulé de l’énergie. La SLN est propriétaire de la centrale thermique de Doniambo et en a confié l’exploitation à Enercal. Prony Resources achète de l’électricité à Enercal issue de la centrale appartenant à la société Prony Energies (filiale à 75 % d’Enercal et à 25 % d’Engie). Et KNS a sa propre centrale qu’elle exploite.

V.G.

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