Les calédoniens mangent trop de sel

En Nouvelle-Calédonie, le sel fait beaucoup plus de dégâts qu’ailleurs. On dénombre notamment trois fois plus d’accidents vasculaires cérébraux. Un fléau qui touche toute la population.

A l’occasion de la Journée mondiale du rein, ce jeudi, et de la Semaine mondiale de la réduction du sel, l’Agence sanitaire et sociale (ASS-NC) tire la sonnette d’alarme en diffusant des spots radio pour avertir la population calédonienne des dégâts causés par le sel. Si le corps humain n’a besoin que de 1 à 2 g par jour, la consommation est de cinq à dix fois supérieure en Calédonie. Pour Isabelle Capart, coordinatrice du programme de prévention des pathologies de surcharge à l’ASS-NC : « Une consommation trop importante de sel a des effets négatifs sur la santé, car elle entraîne une augmentation de la tension artérielle et, à terme, des risques de maladies cardiovasculaires. Le sel peut également aggraver certains problèmes de santé, tels que l’insuffisance rénale, les cancers digestifs ou l’ostéoporose. »

Le piège du sel caché

Retirer la salière de la table est un premier geste, mais il ne suffit pas. « Environ 70 % du sodium présent dans notre alimentation provient d’aliments préparés de manière industrielle », selon de nombreuses études scientifiques. Ceci inclut des aliments dont on ne pense pas qu’ils sont salés, comme le pain et les céréales. Par ailleurs, les aliments consommés au restaurant contiennent plus de sel que les plats préparés à la maison. En Calédonie, ce n’est pas la morphologie ou l’environnement qui fait que l’on consomme trop de sel, il s’agit uniquement de mauvaises habitudes. Les Calédoniens consomment énormément de sodas, de soyo, de snacking comme les Twisties, de pain, souvent sans savoir qu’ils contiennent trop de sel. Pour Isabelle Capart : « la baguette-charcuterie du midi sur les chantiers n’est pas conseillée, quand l’on sait qu’une baguette à elle seule contient 3 g de sel et que notre corps en demande de 1 à 2 g par jour ». Pour la spécialiste : « il ne faut pas pour autant arrêter toute consommation, mais il faut la freiner, la réduire progressivement de manière à ce que l’organisme s’habitue. Dans cet exemple, une demi-baguette et une demitranche de jambon blanc suffiront. »

Les jeunes ciblés

« Même sans entraîner une hypertension, le sel endommage la santé générale de tous les individus, personne n’est épargné », précise une étude parue dans le journal American College of cardiologie. La campagne de sensibilisation de l’Agence sanitaire et sociale vise donc l’ensemble de la population même si ce sont les jeunes la principale cible. « Au travers des parents, de leur entourage et en étant à leur écoute, nous voulons absolument sensibiliser les jeunes. Car si l’on sait que l’on consomme beaucoup plus de sel qu’ailleurs, les personnes qui connaissent des problèmes de santé liés au sel sont de dix ans plus jeunes que les malades européens », précise Isabelle Capart.

Les dommages causés

L’excès de sel endommage les vaisseaux sanguins, notamment leur paroi interne, qui joue un rôle dans la coagulation et le système immunitaire. Les artères sont également plus rigides. Au-delà de l’insuffisance rénale (voir encadré) et autres cancers digestifs, trop de sel peut aussi entraîner une hypertrophie du ventricule gauche qui mènera le plus souvent à une insuffisance cardiaque. Le système nerveux sympathique, qui régule de nombreuses fonctions de l’organisme, paie aussi le prix d’un excès de sel. Le sodium sensibiliserait certains neurones, « ce qui entraîne une plus forte réaction à divers stimuli, comme la contraction des muscles squelettiques », explique William Farquhar chercheur américain et auteur de plusieurs études sur le sujet. Lorsqu’elle est chronique, cette hypersensibilité endommage les organes trop sollicités. Enfin, plus on mange de sel, plus la pression artérielle monte. Pour les médecins, il ne fait aucun doute qu’il augmente le risque d’accident vasculaire cérébral. Trois fois plus d’AVC et trois fois plus d’insuffisance rénale qu’ailleurs… auxquels s’ajoutent les 12 000 Calédoniens souffrant d’hypertension et une population touchée par les méfaits du sel dix ans plus tôt : les services sanitaires ont de quoi s’inquiéter.

C.Schoenholtzer

——————-

La Journée mondiale du rein

Ce jeudi 10 mars, Journée mondiale du rein, est l’occasion de rappeler quelques données inquiétantes. Selon les derniers chiffres de la Dass, à la fin 2013, il y avait en Nouvelle-Calédonie et à Wallis-et-Futuna 437 patients dialysés et 130 patients transplantés, soit un total de 567 patients traités pour des insuffisances rénales, ce qui est trois fois plus qu’en Métropole par rapport au nombre de la d’habitants. 76 nouveaux patients ont commencé une dialyse en 2013 et l’âge moyen des personnes touchées par une insuffisance rénale se situe entre 45 et 64 ans. L’allongement progressif de l’espérance de vie laisse présager une forte augmentation de la prévalence des patients dialysés en Nouvelle- Calédonie pour les années à venir, indique la Dass. Comparées aux régions françaises et aux DOM, la Nouvelle-Calédonie et Wallis arrivent largement en tête pour l’insuffisance rénale.

——————-

Le sel dans le monde

Dans la plupart des pays du monde, on consomme trop de sel. Et cette consommation provoque chaque année 1,65 million de décès de cause cardiovasculaire. C’est la conclusion d’une très large étude, qui vient d’être publiée dans le New England Journal of Medicine. Elle porte sur les trois quarts de la population adulte mondiale. Au total, 205 études menées dans 187 pays ont été analysées. Et les résultats sont sans appel. La consommation de sel est en moyenne le double de celle recommandée par l’Organisation mondiale de la santé, qui est de 2 g par jour. En Calédonie elle est cinq à dix fois supérieure.

Web Design BangladeshBangladesh Online Market