L’École de la réussite en lutte contre la précarité menstruelle

Confronté depuis des années à la précarité menstruelle de ses stagiaires, l’établissement, qui a bénéficié du soutien de la province Sud, va distribuer gratuitement des kits de protection lavables et écologiques pour les règles. Un atelier d’échange sur ce sujet sera également proposé aux femmes pour informer et dédramatiser ce sujet tabou et porteur d’inégalités fondamentales. Une bonne idée à développer…

Depuis son ouverture, l’École de la réussite a accompagné plus de 970 femmes de 18 ans et plus. Cet établissement, qui a pour mission de réinsérer professionnellement des adultes sortis du système et à leur redonner confiance, compte plus de 70 % de stagiaires féminines. Et la directrice, Nathalie Tirebaque, pose un constat accablant : la précarité menstruelle y est un problème fréquent. « Il y a souvent des accidents, des chaises tachées. Il se raconte aussi que des filles utilisent les moyens du bord comme du papier voire du journal ! Elles s’empêchent de participer à certaines activités et c’est aussi une cause récurrente d’absence. Ce qui est un vrai problème en particulier puisque l’on parle d’adultes devant s’insérer en entreprise. C’est un vrai frein à notre accompagnement. » Si des protections de dépannage sont disponibles dans l’École, elles ne sont pas forcément demandées et la problématique va plus loin que les simples accidents.

Cette précarité menstruelle est souvent due à un manque de moyens financiers pour acheter les protections, mais aussi à de fausses croyances (ex : « Je suis contagieuse », « Ça porte malheur »), des tabous, une honte, un manque de communication dans les familles et globalement à un manque de connaissances basiques qui illustre l’ampleur du travail à fournir à ce sujet au sein de la société calédonienne que l’on pense développée !

C’est, au passage, une inégalité de plus avec les hommes : une inégalité financière en rapport avec le coût de ces protections, une inégalité sur le plan de la mobilité (une femme sans accès à des moyens de protection ne peut pas profiter pleinement de sa liberté de circulation), une inégalité sur le plan sanitaire et hygiénique en raison, notamment, du danger d’utiliser des protections non adéquates ou encore de confiance en soi et de traitement de la personne tant le sujet peut faire l’objet d’un rejet.

Émancipation

C’est sur la base de ce constat, bien attristant, que l’École de la réussite a répondu à l’appel à projets de la province Sud et de sa Mission à la condition féminine intitulé « Promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes », ce qui lui a permis d’obtenir une subvention de 400 000 francs pour son projet « Du tabou à l’émancipation, luttons contre la précarité menstruelle ».

Dans le cadre d’un partenariat avec les « Petits Bourgeons », une marque zéro déchet, elle a eu l’idée de proposer à toutes ses stagiaires 100 kits menstruels écologiques, avec des serviettes lavables, donc réutilisables et économiques ainsi qu’une pochette pour les stocker. Les stagiaires se sont montrées intéressées et la distribution pourra donc commencer cette semaine. Elle va se dérouler dans le cadre d’un atelier de présentation avec un échange intimiste et ouvert, sur la base du volontariat et sans hommes, selon le souhait des stagiaires.

En partenariat avec le comité pour la promotion de la santé sexuelle, il sera question de l’utilisation de ces protections (et de leur moindre impact financier, sanitaire et environnemental), du fonctionnement du cycle menstruel, des problèmes qui peuvent se présenter aux femmes et comment y remédier. Pour les stagiaires qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas, pour diverses raisons (par exemple, l’absence d’un point d’eau) utiliser ces kits, l’association Mouvement de prise de conscience de la femme mettra à disposition des kits jetables.

Nathalie Tirebaque espère parvenir, par le biais de ce projet, à ce que les stagiaires aient toujours des protections sur elles, qu’elles s’évitent un fardeau financier de plus, qu’elles fassent la paix avec leur corps, qu’elles soient fières de leur état de femme. « Car c’est aussi cela l’École de la réussite, qu’elles se reconstruisent à tous les niveaux, qu’elles s’aiment, se fassent confiance et fassent confiance aux autres ».

Si la directrice observe que les connaissances sanitaires progressent depuis dix ans, elle souligne, néanmoins, que cette problématique menstruelle n’est que la partie émergée de l’iceberg avec un manque d’éducation générale des femmes sur la sexualité, les grossesses, les maladies sexuellement transmissibles, la contraception… Des manques que s’attelle aussi à combler l’école.

Le kit comprend douze bandelettes absorbantes, deux fonds de protection et une trousse à double compartiment pour les serviettes propres et usagées. ©Ecole de la Réussite 


Bientôt une collecte

L’association Mouvement de prise de conscience de la femme est en train de monter une opération de collecte de protections hygiéniques intitulée « Paye ton tampon », avec une redistribution gratuite aux femmes dans le besoin. Elle fera une collecte, en septembre et octobre, via Facebook et, en novembre, devant les supermarchés. La distribution sera destinée au lycée Lapérouse, dans un premier temps, qui fera office d’établissement pilote avant d’élargir la collecte à d’autres lycées. À l’origine de cette opération, un même constat : « des traces de sang dans les Néobus, des témoignages de filles utilisant des vieux T-shirts ». Selon l’association, il y a un réel problème d’accessibilité aux protections hygiéniques notamment chez les plus jeunes ou encore aux Îles. Les femmes sont aussi invitées sur cette page Facebook à indiquer leur budget pour ces protections.


Précarité dans les collèges et les lycées : les autorités veulent renforcer l’autonomie des jeunes filles

Le gouvernement et le vice-rectorat se préoccupent aussi actuellement de cette problématique dans les établissements scolaires. La précarité menstruelle concerne, là aussi, de nombreuses élèves, pour certaines très jeunes, dès l’âge de 11 ans.

Si des protections hygiéniques sont à disposition des filles auprès des infirmières, les autorités veulent faire davantage que de proposer un simple dépannage, sachant, encore une fois, que certaines n’osent pas faire ce type de demande et qu’elles peuvent aussi être confrontées à bien plus que de petits accidents. « C’est un vrai sujet dont s’est notamment emparée Isabelle Champmoreau, membre du gouvernement en charge de l’éducation et de la lutte contre les violences faites aux femmes. Il y a ce souhait de mieux informer et accompagner les jeunes femmes », explique Véronique Mollot, collaboratrice dans ce cabinet, également chargée de mission académique « Prévention des discriminations, égalité filles garçons ».

Pour lutter contre la précarité menstruelle et la gêne associée et renforcer l’autonomie et le bien-être des jeunes filles, Isabelle Champmoreau et Éric Roser, vice-recteur, qui coprésident le comité 3E « Éducation à l’égalité à l’école », vont lancer prochainement un dispositif éducatif dédié en milieu scolaire avec un accompagnement sur les menstruations et plus largement sur la sexualité responsable. Nous reviendrons sur ce sujet, essentiel, dans une prochaine édition.


Un coût loin d’être anodin

©C.M. 

Il est estimé que dans une vie, les femmes ont leurs règles 500 fois pour une durée variant entre deux et huit jours. Le budget de tels achats est difficile à établir tant le coût varie selon les produits, les flux, les marques, les lieux de vente ! La qualité fluctue également. En effet, on trouve encore dans de nombreuses protections intimes, souvent largement distribuées, des produits toxiques pour la santé sans mise en garde (polyacrylate de sodium, polymère absorbant, aluminium, alcool, additifs, hydrocarbures, pesticides, dioxine). Les protections écologiques sont de plus en plus prisées, mais pas forcément adaptées à toutes les femmes et situations.

C.M. ©Province Sud

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