L’eau du lagon Est à la loupe

Retour de la mission Caliope 3 de l’IRD, une campagne qui contribue à développer des outils de surveillance de la couleur de l’eau de mer. Si l’impact de l’extraction minière est en cours d’analyse, les premiers résultats démontrent que la santé du lagon sur la côte Est demeure bonne.

Photo (IRD) : préparation du profilage vertical du Satlantic, spectroradiomètre, un appareil qui mesure la clarté de l’eau et sa couleur. 

La troisième campagne Caliope de l’IRD vient de s’achever. Pendant quinze jours, les chercheurs de l’institut ont effectué des relevés et des échantillonnages le long de la côte Est pour collecter des mesures de couleur de l’eau. « En particulier l’absorption et la diffusion des particules minières et phytoplanctoniques, la concentration en chlorophylle, la distribution de la matière en suspension, les réflectances et la concentration en matière organique colorée dissout et qui peut absorber les métaux, précise Cécile Dupouy, en charge pour l’IRD des campagnes Caliope et responsable locale du MIO (Mediterranean Institute of Oceanography). En fait, nous voulons savoir en fonction de la couleur de l’eau si les particules qui descendent de la montagne avec les pluies et se déversent dans le lagon sont bonnes ou pas pour les écosystèmes, les fonds marins et la barrière de corail. »

Confirmer le satellite

Le phytoplancton et d’autres micro- organismes ou plantes marines constituent les premiers maillons de la chaîne alimentaire. Ils produisent de la chlorophylle, ensemble de pigments colorés, véritables indicateurs de l’état nutritif des eaux marines et donc, de la santé du lagon. On peut aujourd’hui mesurer cette concentration en chlorophylle et suivre son évolution en étudiant la couleur de l’eau par images satellites. « Cependant, cette mesure est perturbée par la turbidité de l’eau, la profondeur et d’autres propriétés optiques de l’eau. Les modélisations de la campagne Caliope basées sur les algorithmes corrigent les images satellites de chlorophylle du lagon et permettent d’estimer ainsi les flux de matière terre-lagon-océan », précise-t-elle. Les données satellites confirmées par les relevés de la dernière campagne de l’IRD vont ainsi permettre d’établir l’état de santé du lagon sur la côte Est et servir à des modélisations pour l’avenir.

En bonne santé, mais…

Après avoir conjugué la couleur de l’eau recueillie et les données satellitaires en différents endroits, près et loin du littoral, les chercheurs ont pu dégager les premiers résultats. « Au vu de ce que nous avons déjà analysé, nous pouvons dire que la santé du lagon sur la côte Est est bonne. Après les pluies, une large bande de chlorophylle s’échappe à Thio vers le large, jusqu’au récif et ces particules emportées sont bonnes pour le corail et les organismes », avance Cécile Dupouy. « Par temps calme, les particules restent près du bord et se retrouvent au fond. »

L’impact des mines

La deuxième constatation démontre que le lagon, assez profond sur la côte Est, est influencé par l’activité minière après des pluies abondantes. L’eau est plus trouble près du bord, sur une bande de 30 mètres environ, et très claire ensuite. Pour aller plus loin, l’IRD va donc se pencher sur l’impact de ces mines sur l’eau de mer en termes de profondeur, de courants ou de distance. Pour mener à bien cet objectif important et sensible, les échantillons d’eaux recueillis lors de la campagne Caliope 3 sont déjà en train d’être lavés en laboratoire de tous leurs composants, excepté ceux qui ont un rapport direct avec les particules minières. Ils doivent partir d’ici quelques semaines à Marseille dans les « bagages » de Chloé Martias, doctorante de l’université d’Aix-Marseille, qui a participé à la campagne. Chaque particule et chaque molécule seront alors passées au crible dans des appareils spécifiques 3D. « C’est à ce moment-là que nous pourrons avoir des données précises concernant l’impact de l’activité minière sur le lagon et les conséquences sur le milieu, confirme la chercheuse. Nous savons d’ores et déjà qu’il y a un impact. À nous de savoir si c’est positif, négatif et dans quelle mesure. » Des résultats qui pourraient faire grand bruit s’il s’avère que l’activité minière a un impact négatif sur notre lagon, nos récifs et donc sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Réponse dans quelques semaines.

C.Schoenholtzer

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Un projet international

La campagne Caliope complète les mesures optiques effectuées sur la côte Ouest par l’IRD dans le cadre du projet CNRS Insu Tremolo, de l’Institut Pytheas à la station d’observation Moise. Elle se situe dans le cadre de plusieurs projets actuels de validation satellite notamment le fonds Pacifique-gouvernement
de la Nouvelle-Calédonie ou projet Dynamine*. Des appareils d’analyse sont prêtés par les Japonais, les données sur la côte Est. Certains sont prêtés par le japon. satellites mises à disposition par les États- Unis et collabore également l’université de Marseille. Participe à la campagne Caliope, Chloé Martias et Thibaud Garnier, étudiants, Robert Frouin de la Scripps Institution of Oceanography de San Diego, spécialiste d’optique marine et atmosphérique, Shipa Lal, étudiante indienne de chimie au laboratoire Pace-SD.

*Dynamique des métaux de la mine au lagon.

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La chlorophylle présente dans l’eau

Elle est majoritairement contenue dans les microalgues aquatiques (le phytoplancton) qui sont en suspension dans l’eau. Ces microalgues sont la base de toute la chaîne alimentaire marine. En mesurant la concentration en chlorophylle dans l’eau lors des campagnes Caliope, on peut donc savoir si les apports en nutriments sont assez ou trop importants pour un milieu. Il est donc recommandé de mesurer la quantité de chlorophylle pour évaluer l’impact d’un site minier, par exemple.

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