Le WWF alerte sur Pluchea odorata

Le WWF s’inquiète de la présence de Pluchea odorata, plante envahissante, sur le Ouen Toro, et dans la forêt sèche du Mont Vénus. L’association en appelle à la vigilance de tous afin d’empêcher sa progression, qui menace des essences locales.

 

Le 6 octobre, WWF lançait un appel à la vigilance. La plante envahissante Pluchea odorata était repéré au-dessus de l’hippodrome, près du Ouen Toro. Une semaine plus tard, l’association environnementale annonçait y avoir détruit un plant. Déjà présente au parc forestier, elle colonise d’autres espaces. Elle vient d’être découverte dans la forêt sèche du Mont-Vénus. Une progression que s’emploient à freiner les bénévoles du WWF, impliqués dans sa détection. Une surveillance de tous les instants pour que le travail de restauration du Ouen Toro entamé il y a 12 ans – plus de 30 000 arbres de forêt sèche y ont été plantés – ne soit pas entravé.

L’arbuste Pluchea odorata a des fleurs mauves et des fruits cotonneux.

 

Stopper l’invasion

L’objectif du WWF est de stopper l’invasion de cette plante inscrite sur la liste des espèces envahissantes du CEN, Conservatoire des espaces naturels – elle en compte 68 –, qui a la capacité de se fixer sur différents types de sols, miniers, calcaires, etc, ce que peu d’espèces arrivent à faire. « On la trouve à Nouméa mais aussi à Ouvéa depuis vingt ans et, plus récemment, jusqu’à Beautemps-Beaupré, explique Hubert Géraux, responsable de l’antenne WWF Nouvelle-Calédonie. La Pluchea odorata pousse également en arrière de mangrove car il résiste bien à l’eau salée, comme à Rivière-Salée et à Ouémo. »

Une bataille presque gagnée au parc de la Dumbéa

En 2013, l’association repère un plan au parc de la Dumbéa. Depuis, chaque année, WWF mène une campagne d’arrachage avant la période de fructification afin d’en réduire la population. L’intervention a porté ses fruits. « L’invasion s’est arrêtée, on arrive au bout. Maintenant, on enlève juste les petites plantules sur les zones qui étaient avant envahies. » De cette expérience, Hubert Géraux en a tiré une leçon. Les opérations coups de poing ne servent pas à grand-chose, il faut un entretien régulier. « L’inaction a un coût, plus tu attends et plus c’est difficile et inefficace. Le mieux, c’est la détection précoce et la réaction rapide et active. » Pour cela, les bénévoles sont formés et savent reconnaître la plante. Ainsi, ils sont en mesure de donner l’alerte s’ils l’aperçoivent. Le WWF s’appuie également sur les Calédoniens, d’où la publication sur leur page Facebook. « Cela permet de nourrir le réseau de veille citoyenne, et ça fonctionne, on a eu des appels. » Hubert Géraux a aussi prévenu la commune de Nouméa afin de mobiliser les équipes d’entretien des espaces verts pour qu’ils assurent une veille active.

Les plants de Pluchea odorata s’arrachent facilement.

 

Appauvrissement et vieillissement de la forêt naturelle

Car la Pluchea odorata représente un danger pour la flore locale. Le patrimoine végétal de la Nouvelle-Calédonie est aussi fragile qu’exceptionnel. « 3 plantes sur 4 sont uniques au monde, mais elles sont fragiles puisqu’elles ont évolué pendant des millions d’années sans perturbation extérieure, donc elles sont moins résistantes. » Et moins armées pour résister. Les espèces envahissantes entraînent le vieillissement de la forêt naturelle et leur appauvrissement, provoquant aussi des conséquences sur les animaux qui s’en nourrissent. D’autres menacent. Un pied de vigne de Madère vient d’être arraché au Ouen Toro, en face de la Côte Blanche. « Il ne reste qu’un foyer persistant sur le vallon ouest du parc, mais il est régulé. » Il y a aussi l’arbuste à fleurs jaunes Tecoma stans (très présent à Boulouparis et se qui se développe sur Gouaro Deva). « Il se rapproche du Ouen Toro et se trouve au rond-point de la Vierge et près du parc forestier. » Enfin, l’herbe « foutain grass », qui est notamment utilisée pour l’aménagement. « Tout aménageur, qu’il soit public ou privé doit s’interdire d’utiliser ces espèces toxiques et envahissantes. »

 


Ce qu’il faut savoir sur Pluchea odorata

Le WWF se mobilise autour de Pluchea odorata depuis longtemps. Il a été observé pour la première fois en Nouvelle-Calédonie en 1979 à Magenta et à Dumbéa. Cette plante est originaire d’Amérique du Nord, centrale et du nord de l’Amérique du Sud. L’hypothèse est qu’elle aurait été apportée par les Américains lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle se développe aussi dans îles du Pacifique, comme la Polynésie française. « Elle se propage de deux manières. Par voie naturelle, les graines sont dispersées par le vent, elles peuvent faire des kilomètres et coloniser de nouveaux endroits facilement. Et elles sont transportées dans la boue collée aux chaussures ou aux roues des voitures et des camions. »

L’espèce figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes des Codes de l’environnement des trois provinces dont la culture, l’élevage, le transport, l’utilisation, la mise en vente, la vente ou l’achat, et l’introduction intentionnelle ou non intentionnelle par négligence ou par imprudence dans le milieu naturel sont interdits.

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P. et WWF)

 

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