Le tremplin économique de l’intégration régionale

En marge des discussions économiques et commerciales entre les pays du groupe du Fer de lance mélanésien qui se sont achevées le 18 novembre, le président du gouvernement a rencontré le gouverneur de la Papouasie occidentale. Une grande première qui a permis de discuter de questions économiques en évitant le volet politique. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large d’intégration régionale. 

250 millions d’habitants … Soit 1 000 fois que la Nouvelle-Calédonie. De quoi faire un peu peur mais aussi donner de grands espoirs pour les entreprises calédoniennes dont certaines se positionnent désormais clairement comme candidates à l’export. On est encore bien loin d’avoir formalisé des relations économiques avec ce grand pays asiatique. C’était toutefois le sens de la rencontre avec Abraham Octavianus Atururi, le gouverneur de la province de Papouasie occidentale.

Pour le gouvernement calédonien, la rencontre avec un responsable politique indonésien de cette envergure est une grande première. À noter que la Papouasie occidentale est une des deux provinces (avec celle de Papouasie) qui formaient l’Irian Jaya avant 2003. Depuis 2012, elles ont gagné en autonomie et sont représentées par un gouverneur élu au suffrage direct.

Développer des partenariats

Ces évolutions n’ont en rien calmé les revendications indépendantistes portées par le Mouvement de libération de la Papouasie (MLP) et soutenues par le FLNKS, membre observateur du groupe du Fer de lance. Si cela a été vivement critiqué, l’Indonésie est à son tour devenue membre associé du groupe du Fer de lance mélanésien, précisément afin de créer un espace de discussions entre l’Indonésie et le MLP.

Mais pas question pour Abraham Octavianus Atururi d’aborder la question en Nouvelle- Calédonie. Le gouverneur de la province, qui abrite un peu moins d’un million de personnes, explique qu’il est là afin d’étudier « les opportunités que nous pouvons entretenir en termes économiques et de nouer des partenariats avec la Nouvelle-Calédonie, dans le cadre des discussions avec le groupe du Fer de lance ». Une présence au sein du groupe qu’Abraham Octavianus Atururi justifie simplement par le nombre de Mélanésiens – estimés à environ 11 millions – peuplant les différentes provinces indonésiennes de l’arc mélanésien. Un point de vue que partage Philippe Germain, qui souligne l’importance de ne « pas confondre business et développement pour les populations » relevant également que « les questions politiques doivent être traitées aux bons endroits ».

Et c’est bien le ou les marchés qui intéressent les Indonésiens, les Calédoniens et les entreprises qui cherchent à développer l’exportation. Si les relations diplomatiques restent une compétence de l’État, la Calédonie dispose toutefois de certaines marges de manœuvre, notamment au travers du service de la coopération régionale.

Au-delà d’accords bilatéraux ou d’accords politiques formels nécessitant des discussions avec l’État, la Calédonie peut d’ores et déjà prendre les mesures fiscales dont elle a la compétence afin de favoriser les échanges. Cela a par exemple été le cas, à titre exceptionnel, pour les produits commercialisés lors de la foire commerciale qui s’est tenue en marge des discussions politiques du symposium commercial. La Fédération des industries de Nouvelle-Calédonie participe activement à la construction de ces relations, tout comme le cluster Avenir Export. Et dans ce développement économique régional, le groupe du Fer de lance tient une place particulière. Dès 1993, les pays avaient conclu un accord commercial, révisé en 2005 et qui pourrait l’être une nouvelle fois l’année prochaine, facilitant encore davantage la circulation des biens mais aussi des personnes. En 2013, le développement des liens commerciaux est devenu une des priorités du groupe. Une réflexion sur la création d’une zone de libre-échange est également en cours.

Droits de douane et négociations commerciales

À l’occasion de l’ouverture du symposium, Philippe Germain a attiré l’attention des responsables politiques sur l’opportunité de réfléchir à la place à donner à la Nouvelle- Calédonie au sein du groupe de manière à permettre le développement de partenariats. Un message que le président multiplie ces derniers temps. Auprès du vice-ministre des Affaires étrangères vietnamien il y a peine un mois, de l’Australie ou encore des Néo- Zélandais. Avec ces derniers, les discussions ont notamment porté sur l’importation de vin blanc et le montant des droits de douane. En échange de lâcher du lest sur les droits de douane, l’idée est de pouvoir bénéficier d’avantages en retour.

Toutes ces réflexions, également menées à l’échelle du Forum des îles du Pacifique, prennent encore davantage de sens avec la réforme de la fiscalité indirecte qui vise à supprimer un certain nombre de barrières douanières. Des modifications qui ne seront pas sans conséquences sur la structure de nos importations et de nos relations avec l’Europe. Ces rapprochements pourraient également permettre de trouver de nouveaux investisseurs et donc de nouvelles sources de financement pour financer notre développement économique.

M.D.

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La question de la mine

La mine et plus particulièrement l’interdiction d’exporter des minerais bruts ont fait l’objet de discussions entre le gouverneur de la Papouasie occidentale et le président calédonien. « Il y a eu un impact mais l’Indonésie à de nombreux projets d’infrastructures, au point que beaucoup d’ouvriers qui avaient perdu leur travail en ont retrouvé sur ces projets, précise Widyarka Ryananta, le consul général d’Indonésie à Nouméa. Le gouvernement indonésien fait en sorte que cette mesure soit bien appliquée tout en invitant les investisseurs à venir construire des unités de production. » Si l’exemple est intéressant, les structures des économies indonésiennes et calédoniennes ainsi que leurs dynamismes sont bien différents.

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