Le traitement des inégalités, une thématique incontournable pour la future Calédonie

La résorption des inégalités est un des thèmes majeurs dans la construction de la future Nouvelle-Calédonie et de la campagne pour le référendum du 12 décembre. Dans une étude publiée la semaine dernière, l’Institut de la statistique et des études économiques dresse, en quelques chiffres, un portrait de notre société et ses multiples clivages. Ces données vont pouvoir nourrir les débats.

La réduction des inégalités est devenue une préoccupation majeure à l’aube du troisième et dernier référendum et de la période de transition. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, avait évoqué au mois de juin, à Paris, ce « sujet vital pour la Nouvelle-Calédonie ». Louis Mapou a parlé de « failles » qui empoisonnent la vie des Calédoniens lorsqu’il est devenu président du gouvernement. Les partisans du Oui comme du Non à l’indépendance en ont fait un thème de campagne récurrent, en réponse à la question posée lors des débats à Paris : « Quelle politique de lutte contre les inégalités ? », qui figure aussi dans le document du Oui et du Non pour la construction de l’avenir.

Même le monde économique a pris conscience du phénomène et propulse les inégalités au cœur des préoccupations du projet NC Éco. Si le thème a longtemps été méprisé par certains comme le Medef dont l’ancien président, Daniel Ochida, qualifiait la problématique de « tarte à la crème » en 2019, il semble que le débat sur les inégalités soit aujourd’hui incontournable. Le deuxième volet de l’enquête Budget des familles 2019- 2020, publié par l’Isee le 26 août, arrive donc à point nommé pour étayer les discussions. Et le constat n’est guère réjouissant : un Calédonien sur cinq vit encore sous le seuil de pauvreté, soit quasiment 50 000 personnes.

De multiples raisons

Le niveau de vie est à 172 200 francs pour une personne seule. La moitié de la population calédonienne touche moins, l’autre moitié davantage. Ce revenu a augmenté d’1,5 % par an sur dix ans, mais « les évolutions des niveaux de vie sont différentes selon les types de ménages », note l’Isee, qui précise que « les couples avec enfant(s) et surtout les familles monoparentales ayant bénéficié de la hausse des prestations sociales », ont connu les plus fortes augmentations du niveau de vie comparé aux couples sans enfant et des ménages dit complexes.

L’Isee note aussi que « le niveau de vie médian des ménages non kanak (234 200 francs) est deux fois plus important que celui des ménages kanak (116 800 francs) ». Cette inégalité est attribuée à la structure même des familles (taille, composition et situation), à l’activité des personnes et au type de professions exercées. « Les Kanak occupent des professions moins rémunératrices. En effet, seuls 4,4 % des actifs kanak sont des cadres et 15,3 % des professions intermédiaires. Pour les actifs non kanak, ces parts sont respectivement de 15,7 % et 26,7 % », indique l’institut dans son rapport.

Question de redistribution

Concernant la répartition des richesses, les inégalités sont prégnantes : en 2019, seulement 20 % de la population détient 44 % de l’ensemble des revenus du pays. Si les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres restent importantes, elles tendent cependant à se réduire, selon l’Isee. La redistribution, par l’impôt et les aides sociales, favoriserait cette baisse timide en onze ans. Cette approche monétaire de l’étude permet désormais de comparer ces données à celles des autres collectivités d’outre-mer.

On apprend donc que le taux de pauvreté en Nouvelle-Calédonie est comparable à celui de la Polynésie française, mais nettement inférieur à celui de Mayotte. Que le niveau de vie sur le Caillou est quasiment quatre fois supérieur à cet archipel de l’océan Indien, mais deux fois plus faible qu’en Métropole. « Le système de redistribution en Nouvelle-Calédonie est moins développé, les impôts directs et les prestations sociales y sont moins représentés », justifie l’Isee. Ces informations peuvent suggérer quelques pistes de réflexion.

V.G.

©M.D.

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