Le système électrique joue son avenir

La transition énergétique est plus que jamais d’actualité. Des décisions engageant la Nouvelle-Calédonie à long terme devront être prises cette année. La problématique de la production électrique est toutefois particulièrement complexe en raison de l’activité métallurgique.

L’usine du Sud a occupé tous les esprits pendant de longues semaines. On en aurait presque oublié la situation de la SLN qui s’est rappelée aux Calédoniens au travers de l’actualité de sa maison-mère. Des désaccords entre actionnaires d’Eramet avaient conduit à envisager le remplacement de sa PDG, Christel Bories. La famille Duval, qui est majoritaire au capital du fleuron de l’industrie minière française, a finalement mis de l’eau dans son vin en conservant Christel Bories, en contrepartie d’une séparation des fonctions de présidente du conseil d’administration et de directrice générale.

Mais au-delà de ces batailles feutrées du siège parisien, des enjeux de taille attendent la SLN. Après les blocages qui ont poussé le métallurgiste à quasiment épuiser ses réserves de minerai, il faut désormais mettre les bouchées doubles sur mine, tout d’abord, et à l’usine, ensuite. La question des exportations de minerai est également loin d’être réglée. Il n’existe pas vraiment de consensus et de plus en plus d’élus s’interrogent sur le positionnement de la SLN qui réclame de nouvelles autorisations d’exportation sans indiquer clairement ses intentions concernant l’avenir de ses activités de métallurgiste.

Une absence de visibilité qui pose clairement problème, en particulier sur le pilier de la compétitivité des coûts de l’énergie. C’est tout l’enjeu du remplacement de la centrale électrique au fuel de Doniambo. Sans refaire tout l’historique, la situation est en grande partie le fait d’une décision, remontant à 2012- 2013, de distribuer les réserves accumulées de la SLN en dividendes aux actionnaires en lieu et place de financer une nouvelle centrale électrique. Ce sont donc les pouvoirs publics qui ont repris la main sans que le dossier ne parvienne  à avancer. Il se pourrait, toutefois, que la décision ne soit plus que l’affaire de quelques mois.

Nouvelle-Calédonie Énergie (NCE), la société créée pour porter le projet, travaille sur deux alternatives. L’une consiste à approvisionner l’usine et la distribution publique, avec une énergie massivement produite par le photovoltaïque. Il serait question d’une ferme photovoltaïque géante d’une puissance comprise entre 610 et 980 MWc et reposant sur des batteries pour stocker l’énergie d’une capacité de l’ordre de 1,3 GWh et 2 GWh. Il conviendrait d’ajouter dans le mix une énergie d’origine thermique représentant tout de même 10 à 30 % de la consommation de la SLN.

Démission du président de NCE

Cette solution présente l’avantage d’émettre peu de gaz à effet de serre et de constituer un gros investissement, à un moment où l’économie calédonienne est à bout de souffle et cherche de nouveaux relais de croissance. Pierre Kolb, l’ancien président de NCE, portait cette option à bout de bras. Il a présenté sa démission le 13 février, l’expliquant notamment par des « divergences de vue sur certaines orientations stratégiques prises par notre société ». Une façon politiquement correcte de dire que le projet photovoltaïque était clairement écarté. Selon les études, il coûterait actuellement trop cher, du moins trop pour la SLN, qui vise un prix du kWh tournant autour de 9 francs.

Il faut dire que le portage politique de ce projet est plutôt faible, laissant les coudées franches à la SLN qui est pourtant minoritaire au sein de NCE (la SLN détient 10 % du capital, contre 50 % pour l’Agence calédonienne de l’énergie (ACE) dont Pierre Kolb était le représentant et 40 % pour Enercal), mais qui a fait clairement savoir que ses préférences allaient en faveur d’une centrale électrique à gaz sur barge, dans la grande rade de Nouméa. Le projet est plutôt avancé puisque NCE a déjà reçu des réponses à son appel d’offres international et trois d’entre-elles ont été sélectionnées en vue d’un choix définitif d’ici septembre.

Si ce projet répond aux besoins de la SLN, ce n’est pas nécessairement le cas de la consommation publique et de la volonté de s’engager dans une transition énergétique. S’il est vrai que les projets d’énergie renouvelables ont poussé comme des champignons ces dernières années, leur part dans le mix énergétique est encore faible. Le photovoltaïque et l’éolien représentaient à eux deux près de 5,6 % à la fin 2020.Au- delà des discours, la transition énergétique est donc encore très timide et la Calédonie reste assez à l’écart des grandes innovations en la matière.

Engager sérieusement la transition énergétique… ou pas

Le projet de centrale sur barge impliquerait potentiellement de renoncer à la transition énergétique. Pour répondre aux besoins de la SLN en termes de prix, les projets ont dû être légèrement surdimensionnés. Le kWh sera donc assez bon marché si la Calédonie en consomme beaucoup, laissant, de fait, peu de place aux énergies renouvelables (sans compter que le projet n’aura aucune retombée économique pour la construction qui se fera à l’étranger). La durée d’engagement avec le producteur indépendant pourrait par ailleurs dépasser 20 ans, ce qui mettrait entre parenthèses les velléités de transition énergétique pendant tout ce temps. Cet élément doit aussi être analysé en tenant compte du fait que la SLN refuse de s’engager à racheter l’énergie produite, laissant le soin à la collectivité de le faire. En cas de fermeture de la SLN ou du moins de son usine, le coût pour les Calédoniens se chiffrerait en milliards de francs, ce qui est un point important de tensions.

Prony 2.0

Si Enercal fait partie du conseil d’administration de NCE, elle s’est mise en retrait pour travailler son propre projet, Prony 2.0. Elle l’a d’ailleurs soumis à la SLN il y a une dizaine de jours. L’idée est de convertir la centrale à charbon de Prony Énergies qui alimente l’usine du Sud. Les deux tranches de 50 MW seraient transformées en centrale à gaz auxquelles s’ajouterait une puissance nouvelle de 150 MW. Le projet prévoit également des moteurs diesel assurant l’intégration massive d’énergies renouvelables (ils servent à traiter la question de l’intermittence des énergies renouvelables).

La plupart des questions techniques ont été levées, comme le transport de l’énergie vers Nouméa ou encore le financement, qui est pratiquement bouclé (Pour mémoire, l’ACE perçoit une taxe sur le carburant qui a été imaginée pour financer la centrale, mais est actuellement reversée au budget général). Le fait que Prony Énergies soit détenu à 75 % par Enercal est également un atout qui offre de la souplesse pour l’évolution du projet sur le moyen-long terme. Les Nouméens pourraient également se réjouir de voir la centrale électrique quitter le centre-ville de Nouméa.

Mais, un peu de la même manière que pour le projet de centrale sur barge, sans l’engagement de la SLN à racheter l’électricité, rien ne pourra se faire. Au-delà du fait que la SLN ne pourra pas continuer indéfiniment à se défiler, les hasards du calendrier pourraient bousculer les choses. En effet, le schéma pour la transition énergétique, adopté en 2016, est révisable au bout de cinq ans, soit en 2021. Le Congrès devrait donc organiser un débat cette année afin de fixer la nouvelle trajectoire. Il sera particulièrement intéressant de voir les positions des uns et des autres et, surtout, de voir si ce débat est organisé avant ou après le choix de la future centrale. En toute logique, le débat devrait se tenir avant. Dans le cas contraire, il serait tout simplement inutile et reviendrait à confier l’avenir du système électrique calédonien au métallurgiste.

M.D.

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