Le sexe oral augmente le risque de cancer

Une étude américaine vient de prouver que la fellation et le cunnilingus non protégés augmentent les risques de cancer de la gorge et de la bouche. Les hommes seraient deux fois plus touchés. Qu’en est-il en Calédonie ?

450 000 personnes sont diagnostiquées d’un cancer de la gorge et de la bouche chaque année dans le monde. Si le tabac et l’alcool sont considérés comme les principales causes de ce type de cancer, l’impact du sexe oral n’est pas à négliger. Selon une étude, présentée ce mois-ci lors de la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS), le sexe oral augmenterait le risque de cancer oropharyngé de 22 %.

Le HPV en cause

Selon les études effectuées aux États-Unis comme en Europe, près de deux cancers de la gorge et de la bouche sur trois sont liés à une infection par le papillomavirus humain (HPV) qui résulte de la fréquence de rapports sexuels bucco-génitaux. Le HPV ne déclenche pas directement les tumeurs, mais provoque des changements dans les cellules infectées de la gorge qui deviennent cancéreuses. On savait déjà que le HPV avait tendance à provoquer des cancers du col de l’utérus chez les femmes, il semblerait désormais que les hommes doivent aussi s’en méfier.

Les hommes plus exposés

Selon l’étude publiée aux États-Unis et qui se base sur les données médicales de 97 000 personnes, les hommes qui pratiquent des rapports bucco-génitaux avec de nombreux partenaires sont très exposés au risque de cancer, contrairement aux femmes qui multiplient également les partenaires. L’explication reposerait sur un système immunitaire mieux armé à combattre le virus chez les femmes. Celles-ci étant plus souvent exposées, notamment par voie vaginale, elles verraient leur organisme plus à même de combattre le papillomavirus pour le détruire totalement. Chez les hommes, la réponse immunitaire serait plus faible, augmentant donc le risque de voir la maladie s’installer et provoquer un cancer.

Et en Calédonie ?

Selon les dernières données de la Dass (Direction des affaires sanitaires et sociales), datant d’une enquête effectuée en 2012 : 40 personnes étaient atteintes d’un cancer oropharyngé (lèvre-bouche-larynx-pharynx) sur un total de 841 cancers constatés. Le cancer oropharyngé touchant 6,8 % des hommes et 2,3 % de femmes. À noter que ce sont les hommes européens (6,3 %) et les femmes d’origine asiatiques (16,7 %) qui sont les plus touchés par ce type de cancer. Au-delà de ces chiffres, les services sanitaires n’ont établi aucune donnée sur l’origine des cancers oropharyngés. Pour les représentants de la veille sanitaire à la Dass : « Si, en pratique, ce sont le tabac et l’alcool qui sont responsables de ces tumeurs invasives, on sait très bien que les IST (infections sexuellement transmissibles) ont un rôle dans ce type de cancer et que les hommes, si l’on regarder les pourcentages, sont les plus touchés. » Alors est-ce que la Calédonie suit la tendance mondiale, qui attribue deux cancers de la gorge et de la bouche sur trois à une infection par HPV résultant de la fréquence de rapports sexuels bucco-génitaux ? Gwendal Boursicot, chef du programme Santé sexuelle à l’Agence sanitaire et sociale (ASS-NC) répond : « Les données sont certainement les mêmes ici qu’ailleurs. Mais elles sont d’autant plus inquiétantes sachant qu’en Nouvelle-Calédonie les IST sont beaucoup plus nombreuses qu’en Métropole (voir encadré).»

Une prévoyance limitée

Si les autorités sanitaires locales confirment que le sexe oral augmente donc les risques de cancer comme partout ailleurs, c’est sur l’ensemble des IST et de leurs conséquences qu’elle souhaite alerter. Pour Anthony Dumont, le directeur opérationnel du Comité de la promotion de la santé sexuelle (CP2S) : « Bien entendu nous parlons des risques du sexe oral et de la nécessité d’utiliser le préservatif. Mais c’est souvent dur à faire comprendre. » Gwendal Boursicot ajoute en ce sens : « Si l’on explique aux gens qu’il faut utiliser un préservatif dès les préliminaires (voir encadré), imaginez la suite ! Sachant qu’en Calédonie les plus de 40 ans n’utilisent jamais de préservatif et que les jeunes ne l’utilisent que lors de leur premier rapport, nous privilégions donc nos communications sur une protection pour la pénétration. »

C.Schoenholtzer

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IST en Calédonie

En Calédonie 20 % des 18-25 ans sont porteurs d’une chlamydia alors que le taux n’est que de 6 % en Métropole. La chlamydia touche 9 % de la population totale calédonienne, le gonocoque 3,5 %, et la syphilis 3 %.

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Le sexe oral protégé

Si pour pratiquer la fellation protégée il suffit de placer un préservatif sur le sexe de l’homme, pour un cunnilingus protégé, il faut placer un préservatif coupé en deux dans le sens de la longueur et le poser sur la vulve de sa partenaire.