Le Sénat coutumier s’engage contre « le fléau » des violences faites aux femmes

C’est la première fois que le Sénat coutumier se mobilise à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes le 25 novembre, à travers la mise en place d’un comité de travail. Il s’agit notamment de repenser la place de la femme dans le monde coutumier.

« Le pays est mal placé au niveau des violences faites aux femmes », constate Justin Gaïa, sénateur de l’aire Drubea-Kapumë, avant de poursuivre, « même si elles touchent toutes les communautés, la communauté kanak est particulièrement impactée et cela nous interpelle ». Conséquence, l’instance veut « s’engager contre ce fléau ». « On voulait marquer cette journée pour la première fois et on souhaite la rendre pérenne », précise Oriane Trolue, secrétaire générale.

Le Sénat annonce la création d’un comité de travail d’ici une semaine afin de réfléchir à quatre questions prioritaires, dont ce que signifie une société patriarcale ; la place, le rôle et la fonction coutumière de la femme et la façon dont les instantes coutumières peuvent agir pour prévenir et sanctionner toutes formes de violences à l’égard des femmes. Justin Gaïa insiste, il s’agit « de trouver ensemble des solutions concrètes, réalisables et appropriées pour lutter contre cela et contre la récidive ». Le sénateur en est conscient, cela constitue un « gros travail » à mener, « ce n’est pas une mince affaire ».

L’éducation

Le but ? Continuer à faire évoluer la coutume. « Il faut redéfinir la place de la femme. » Essayer d’apporter des modifications en douceur dans un monde où tout a changé très vite au contact de la culture occidentale. « Les mentalités se sont très vite transformées et cela a chamboulé l’organisation sociale kanak, témoigne Hippolyte Sinewami Htamumu, sénateur et grand chef de La Roche à Maré. On est en pleine effervescence et il faut arriver à s’adapter sans perdre notre identité. »

Pas de secret pour lui, tout commence dans les foyers, par l’éducation des enfants. « C’est la clé, c’est là que se fait la transmission de la parole et du savoir être et faire. » Pour le sénateur, les hommes doivent accompagner les femmes dans leur émancipation. Et une réflexion doit être menée sur la façon de prévenir les violences. « L’alcool aussi est un fléau, pourquoi on ne fait rien pour réguler cette consommation ? » La question des divorces est également centrale concernant la place de la femme, tout comme en cas de décès. « On travaille à faire évoluer la succession, c’est un grand chantier. »

Reste désormais à voir ce que va produire ce comité. Les pistes de travail sont nombreuses. Un bilan est annoncé dans un an.

 


Un centre d’hébergement d’urgence aux Manguiers

La province Sud aménage un centre d’accueil d’urgence pour les femmes victimes de violences conjugales ou intrafamiliales à Ducos, sur le site du foyer Les Manguiers. La structure, qui doit ouvrir en janvier, comprend six chambres pouvant accueillir 12 adultes ou enfants. La durée de séjour, un mois, est renouvelable deux fois. Le foyer vient compléter les dispositifs existants, notamment les appartements relais (au nombre de 8), car « il manque des places pour mettre les victimes en sécurité sans délai », indique l’institution. Les travaux, d’un montant de 12,2 millions de francs, sont financés par l’État (9 millions) et la province (3,2 millions).

 

Plusieurs dispositifs

Depuis le Grenelle de novembre 2019 contre les violences conjugales, la parole s’est libérée, les dépôts de plainte par les victimes et les témoins ont augmenté de près de 20 % et plusieurs dispositifs ont été déployés. Entre autres, un accès au droit et à l’information dans les lieux les plus isolés avec un bus ; la prise en compte de l’égalité fille-garçon dans les programmes scolaires du primaire ou encore le lancement, la semaine dernière, de la première application de signalement d’urgence, « Dignity », avec géolocalisation pour les victimes de violences intrafamiliales.

En Nouvelle-Calédonie, 1 femme sur 4 a subi une agression physique ou sexuelle. C’est environ six fois plus qu’en Métropole.

 

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