Le retour du stand-up

Ludo Street Magik, CamCam, Florence Parodi et Sophie N’Guyen présenteront leur premier stand-up, du 27 au 30 août, au Théâtre de poche. (©N.H)

Après avoir connu un premier essor il y a une dizaine d’années, le stand-up calédonien cherche aujourd’hui un nouveau souffle. Porté par les réseaux sociaux, il séduit un public de plus en plus réceptif. Le manque de lieux, d’artistes et d’identité propre freine encore la structuration d’une véritable scène locale.

Sur la scène du Théâtre de poche, l’heure est aux dernières répétitions pour Camillia, Sophie, Ludovic et Florence. Du 27 au 30 août, ces comédiens amateurs présenteront leur premier stand-up, dans le cadre de la deuxième édition du programme de médiation culturelle « In Ze poche », organisée par la ville de Nouméa. Pendant deux mois, ils ont travaillé leur voix, leur texte et la gestion de leur stress, accompagnés par Damien Cholley, metteur en scène et fondateur de la compagnie du Fameux Paul.

Pour Camillia, qui publie des vidéos humoristiques sur les réseaux sociaux, il s’agit d’un premier « vrai » contact avec le public. Elle s’est toujours promis qu’un jour, elle sauterait le pas. « J’ai toujours rêvé de faire un seul en scène […] C’est un gros challenge », confie-t-elle.

MULTIPLICATION D’ÉVÈNEMENTS

Si l’expérience lui plaît, elle aimerait ensuite créer son propre spectacle, comme l’a fait Marion Carnicelli, alias « Marion Cash », révélée par « Women in the poche », en 2025. La stand-uppeuse présentera d’ailleurs son nouveau spectacle, « Et l’amour alors ? », du 3 au 6 septembre, au Théâtre de poche. Un second opus après « Faites l’humour pas la guerre », présenté à Boulouparis, Bourail et à Nouméa. « Au départ, lorsque j’ai candidaté pour Women in the poche, je faisais cela par plaisir, je ne pensais pas forcément à une suite […] Puis j’y ai pris goût », raconte-t-elle.

En juillet, le restaurant Sur un autre thon, à la baie des Citrons, a également organisé le premier « Nouméa Comedy Club ». Six artistes se sont succédé sur scène, devant un public conquis. L’idée est désormais de réitérer l’évènement chaque mois.

Après avoir connu une première période florissante, le stand-up semble ainsi reprendre progressivement du terrain, après avoir été freiné par la crise sanitaire et les émeutes.

Dans les années 2016-2017, Clément Cerneaux, alias « Baveur de canne » sur les réseaux sociaux, faisait déjà partie des humoristes qui contribuaient à développer cette pratique sur le Caillou, aux côtés de noms bien connus comme Esteban ou Thomas Wamalo, alias Black’Tosh. Il se souvient des « Stand-up du rire », dans l’ancienne boîte de nuit Le JP’s, ou encore de « L’Arène du rire », organisé en novembre 2017, avec des humoristes locaux en première partie et des artistes internationaux, comme Élie Semoun en seconde partie. Certains lieux, comme l’Art’café, à Nouméa, et le Big Up Spot, à Dumbéa, accueillaient aussi ponctuellement des scènes de stand up.

IDENTITÉ LOCALE

Pour autant, Clément Cerneaux estime qu’aujourd’hui, le public calédonien est davantage réceptif à la pratique. « Je pense que cela est dû à l’émergence des réseaux sociaux. Maintenant, les vidéos d’humour font le buzz, donc ça popularise le stand-up. Les gens regardent les spectacles qui sont faits à l’étranger et lorsqu’il y en a qui sont organisés ici, ils se disent : ‘’ Oh regarde, on fait ça ici maintenant !’’. Alors que lorsque j’ai commencé, les gens ne connaissaient pas du tout le stand-up. Je me suis pris des bides de fous furieux ! (rires). »

Les réseaux sociaux n’ont pas seulement permis de populariser le stand-up. Ils ont aussi favorisé l’émergence de futurs humoristes. « Beaucoup de gens font des vidéos, que ce soit sur Instagram, Facebook et TikTok, et certains ont envie de se confronter à un vrai public. Ce qui fait que depuis deux ans, dès qu’il y a une scène ouverte, il y a beau- coup plus de personnes qui s’inscrivent », a remarqué Damien Cholley.

Reste désormais à structurer cette scène naissante. Selon Marion Carnicelli, les espaces où réaliser un one-man-show sont limités. « Maintenant que j’ai joué un premier spectacle, j’ai réussi à former mon réseau. Mais au départ, il faut vraiment aller frapper aux portes. Ce n’est pas si évident », explique-t-elle.

Le nombre de stand-uppeurs calédoniens est lui aussi limité, ce qui retarde l’émergence d’une réelle scène locale. « Pour le moment, la plupart des artistes qui font du stand-up ici ne sont pas des Calédoniens. Ils font de très bons sketchs, mais ce sont des choses que l’on peut retrouver aussi en France. Cela manque d’une petite touche locale », confie Clément Cerneaux.

Pour Aurélien Lalanne, organisateur du « Nouméa Comedy Club », cette identité locale pourrait justement passer par les thèmes abordés. « Je trouve qu’on ne s’empare pas assez de sujets locaux, comme la politique, le racisme, le droit de vote… Tout ce qui nous concerne au quotidien, et dont on ne s’autorise pas à rire. Il faut se lâcher. »

Nikita Hoffmann