Le référendum au cœur de la visite ministérielle

La visite en Nouvelle-Calédonie de Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, était annoncée depuis le 1er septembre. Entre-temps, la crise sanitaire a bouleversé la vie du territoire. Les politiques s’opposent désormais entre le maintien ou le report du troisième référendum. Tous attendent en revanche un accompagnement financier de l’État.

Décidément la date du troisième référendum aura fait couler beaucoup d’encre. Annoncée par l’État pour le 12 décembre après les rencontres du mois de mai à Paris, contre l’avis d’une partie des indépendantistes, qui misaient sur le second semestre 2022 pour notamment éviter les interférences avec la présidentielle, des voix s’élèvent pour repousser cette échéance capitale au même horizon en raison de la crise sanitaire.

Victor Tutugoro, de l’UNI, à l’animation du FLNKS, a annoncé qu’un courrier formulant officiellement cette demande serait adressé au ministre qui effectue actuellement sa septaine. Selon les indépendantistes, les conditions ne sont pas réunies pour organiser la consultation de manière sereine et de façon à avoir un vote sincère et incontestable.

L’épidémie affecte les Calédoniens et la vie politique. Le virus pourrait perturber le bon déroulement de la campagne. « Comment demander à nos militants d’aller battre campagne alors que par ailleurs on est en train d’enterrer nos morts », a notamment indiqué Victor Tutugoro. Ce contexte pourrait aussi décourager une partie des électeurs à aller voter.

« Les Calédoniens en ont marre ! »

Ces raisonnements ont été balayés d’un revers de la main par une partie des loyalistes, mardi : Les Républicains calédoniens, Générations NC et le Mouvement populaire calédonien. Ces derniers avaient défendu l’organisation du référendum en 2021 pour apporter rapidement de la visibilité à la population et à l’économie frappée par des années d’incertitudes.

Ils s’opposent totalement à un report qui serait « mortifère pour le climat social de la Calédonie », selon les mots de Gil Brial, président du MPC. « Les Calédoniens en ont marre ! Ils sont en extrême souffrance avec ces référendums successifs et cette crise sanitaire, renchérit Nicolas Metzdorf, président de Générations NC.

À la question de l’importance de la campagne pour le vote des électeurs, celui-ci rétorque : « On a fait 2018, 2020… au bout d’un moment les arguments sont quand même les mêmes ! ». Sur la crainte d’aller voter avec le virus, Sonia Backes, présidente des Républicains calédoniens, estime que la question se posera quoi qu’il en soit puisque nous sommes désormais amenés à « vivre avec ce virus ».

Mais la situation, en l’occurrence, se présente correctement, juge-t-elle, pour la fin d’année. « Petit à petit on va sortir de cette crise avec un confinement adapté, puis un déconfinement. Et on sait qu’en décembre on sera en fin de première vague donc on a cette fenêtre ». Sonia Backes explique que l’État peut apporter toutes les garanties pour que les Calédoniens puissent voter sereinement. « On a pleinement confiance en sa capacité à le faire puisque des élections se sont tenues en Métropole durant la crise. »

Pour ces représentants, il n’y a finalement aucune raison valable à ce report. Il s’agit, disent-ils, « au mieux d’un élan de panique des indépendantistes, au pire d’une stratégie, car les Calédoniens voient bien tout l’intérêt qu’il y a d’être français en ce moment », avec la solidarité nationale. Les indépendantistes, selon eux, pourraient « profiter de cette crise pour demander un report qu’ils n’ont pas obtenu la première fois ».

« Maintenant ou jamais » pour le Rassemblement

Reste qu’il faudra avoir un poids suffisant dans les discussions qui vont être menées. Les trois formations ont formulé un appel aux autres partis non indépendantistes. Le Rassemblement est aussi opposé au report. « On ne peut pas prolonger l’incertitude indique Virginie Ruffenach. Il faut faire en sorte que nous puissions nous prononcer le 12 décembre et les indicateurs sont plutôt positifs ». Mais le parti va plus loin : il est opposé à tout report, c’est- à-dire que si la situation sanitaire ne permet pas l’organisation du référendum « une page se tournera le 13 », il faudra alors faire sans, et passer à une période de transition avec, plus tard, un référendum de projets.

En ce qui concerne Calédonie ensemble, le député Philippe Gomès a indiqué sur Caledonia que le maintien ou non du référendum « dépendra de notre capacité à maîtriser l’épidémie.» Soit la décrue que l’on constate aujourd’hui se poursuit de façon durable, et à partir de ce moment-là, on peut envisager que la date soit maintenue ; soit l’épidémie n’est pas sous contrôle, il y a un rebond notamment après le déconfinement, et à ce moment-là, je crois qu’il n’y aura pas d’autre solution que de le reporter ».

Plus loin dans l’échiquier politique, l’Éveil océanien, par la voix de Vaimu’a Muliava, a indiqué sur les ondes que des discussions se tiendraient effectivement avec le ministre sur le futur, mais que la priorité était pour l’instant de « survivre » et d’aider les soignants.

Sébastien Lecornu est très attendu par les élus calédoniens. Il est actuellement en septaine, où il réalise les « calages » de sa visite qui durera sept jours.          (© Theo Rouby/Hans Lucas)

 


Quelle aide de la France… notamment en cas de Oui ?

L’autre enjeu majeur des discussions qui se profilent avec l’État et Sébastien Lecornu est financier. Le coût de la crise actuelle est estimé entre 39 et 48 milliards de francs, contre 29 milliards en 2020, et la Nouvelle- Calédonie à elle seule ne peut pas faire face. Cela représente, à titre indicatif, le double de la taxe sur la consommation (TGC).

Comme le souhaitaient les loyalistes, le président du gouvernement, Louis Mapou, a fait savoir qu’il était entré en négociation avec l’État, pour contracter un nouvel emprunt. Mais cela ne sera pas suffisant, se sont inquiétés les élus lors de la conférence de presse. Les partis attendent des efforts économiques conséquents au gouvernement – l’État a redit que les aides devaient être intimement liées aux mesures structurelles – mais ils s’opposent à de nouvelles taxes. « On ne peut pas rajouter encore des impôts aux Calédoniens parce qu’ils n’en peuvent plus et que de toute façon, on ne pourrait pas l’assumer, donc on aura besoin de l’aide de la France », expose Sonia Backes.

Ces représentants misent donc sur des aides directes de l’État et souhaitent en particulier « des réponses sur cet accompagnement de la crise sanitaire en cas de Oui et en cas de Non » avec, pourquoi pas, une nouvelle annexe dédiée dans le document du Oui et du Non. « Vous verrez que ce sera très clair et ça va donner encore un peu de grain à moudre aux partis non indépendantistes pour communiquer dans un laps de temps très court sur les perspectives du référendum », conclut Nicolas Metzdorf.

 


Louis Mapou se rapproche de l’État et appelle à l’unité 

Lors de son allocution vendredi dernier, le président du gouvernement a salué l’aide de l’État pour la Nouvelle-Calédonie. « L’État a mobilisé des moyens colossaux pour nous venir en aide et je l’en remercie chaleureusement. » Dans ses différentes interventions médiatiques, il a annoncé l’ouverture d’une négociation pour contracter un nouvel emprunt. Il a également dit attendre du ministre une confirmation que l’État sera à nos côtés pour sortir de la crise durant les deux prochaines années et des précisions sur la façon dont cet accompagnement pourrait se concrétiser.

Laissant deviner une situation politique de plus en plus tendue sur la gestion de la crise avec les loyalistes, le président avait terminé son allocution vendredi en disant que « l’unité et la solidarité » devaient être « les maîtres mots de notre engagement à partir d’aujourd’hui ». Depuis, l’unité et la solidarité institutionnelle face à la crise ont effectivement trouvé leurs limites. Tout au moins, c’est désormais public.

 


Suspension de la Direction opérationnelle

La dernière réunion quotidienne de Direction des opérations qui rassemble le gouvernement, les présidents de province et l’État, s’est déroulée jeudi dernier, selon les dires de la présidente de la province Sud. Le lendemain, juste avant l’annonce de la poursuite du confinement, Sonia Backes publiait une lettre adressée à Louis Mapou critiquant sa gestion de crise. Elle regrettait qu’aucune des propositions de la province Sud ne soient mises en œuvre : autorisation de la pêche de subsistance, ouverture des marchés (finalement actée pour samedi), des commerces non essentiels ou encore augmentation du plafond de 10 à 20 personnes pour les enterrements.

Plus largement, la présidente jugeait que la communication du gouvernement n’était pas à la hauteur des enjeux et demandait un plan clair sur les prochaines semaines, notamment sur les perspectives de déconfinement ou l’obligation vaccinale. Des accusations réitérées mardi lors du point presse. Sonia Backes a demandé que l’État « accompagne le gouvernement s’il n’est pas capable de donner cette visibilité aux Calédoniens ».

 

C.M. (© C.M.)

 

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