Le projet peut-il être retouché ?

« On ne peut pas imaginer un seul instant bâtir un accord politique si une partie de la population reste sur le bord de la route », a appuyé le président du FLNKS, Christian Tein, jeudi 31 juillet, joint par téléphone. (©Y.M)

Le FLNKS, qui doit se réunir en congrès extraordinaire ce samedi 9 août, entend bien apporter de profondes corrections au projet d’accord de Bougival. Le ministre Manuel Valls insiste sur la nécessité de discussion.

Le congrès extraordinaire du FLNKS nouveau format, prévu samedi 9 août à la tribu de la Conception, au Mont-Dore, là où le premier lever du drapeau du Front eut lieu le 1 décembre 1984, va s’ouvrir avec une certitude et quelques questions. La tendance est tout d’abord claire : l’Union calédonienne, moteur de la coalition indépendantiste, rejette le projet d’accord sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie signé le 12 juillet à Bougival, dans les Yvelines. « Pour nous, Bougival, c’est fini », a lancé Mickaël Forrest, jeudi 31 juillet.

Des points agacent, tels que l’ouverture du corps électoral provincial aux habitants ayant quinze ans de résidence, la majorité à 64 % des membres du Congrès pour le transfert de compétences régaliennes, l’organisation du référendum qui en découle avec « le peuple kanak […] déjà minorisé » ou encore l’autodétermination dont l’exercice « paraît biaisé d’avance ». Bref, « ce document n’est pas un équilibre des deux visions, mais semble être un leurre de souveraineté permettant le maintien de la Nouvelle-Calédonie française », écrit l’UC. Le président du parti et signataire du projet d’accord, Emmanuel Tjibaou, estime avoir signé l’engagement d’une base de discussion, puis « les structures décident ». D’ailleurs, « où sont passées nos propositions ? Il faut poser la question à l’État », s’interroge le leader politique. Par visioconférence depuis la Corse, jeudi 31 juillet, devant les médias à Nouméa, Christian Tein, président du FLNKS sous contrôle judiciaire, opposé au projet d’accord de Bougival, a adressé un message direct à l’État : « N’imaginez pas un seul instant passer en force ».

Dans le sillage de l’Union calédonienne, des composantes du Front et des organisations périphériques ont à leur tour exprimé leur rejet du projet d’accord. Du Mouvement des Océaniens indépendantistes (MOI) au Mouvement nationaliste indépendantiste et souverainiste (MNIS), en passant par l’USTKE. L’Union syndicale dénonce, entre autres, « un accord déséquilibré ». Pour l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC), ce texte de Bougival « suscite plus de déception que de dialogue. Ce document ignore jusqu’à notre nom : Kanak. Pas une seule fois ce mot n’apparaît ». Le pasteur Var Kaemo traduit une pensée partagée au sein de la communauté.

« MA PORTE RESTERA OUVERTE »

La conclusion du congrès, samedi, ne fait aucun doute : le FLNKS va écarter le projet d’accord signé en région parisienne. Comment en serait-il autrement avec sa force numéro 1, l’UC, farouchement remontée contre le contenu du document. La question majeure repose donc sur l’après. Le Front formulera certainement des propositions de correction et d’ajout, à la suite du retour d’analyse de la base.

Dès lors, jusqu’à quel point ces suggestions pourront- elles être acceptées par les partenaires ? « Ma porte reste et restera ouverte pour éclairer et compléter l’accord de Bougival. Seul le dialogue permettra de surmonter les incompréhensions, a indiqué le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, samedi 2 août. L’accord est le seul moyen pour conforter la reconstruction du territoire et l’arrivée de nouveaux investissements. » Le locataire de la rue Oudinot appuie son propos en listant les formations politiques favorables au projet de texte, c’est-à-dire « tous les signataires non indépendantistes et indépendantistes à l’exception de l’UC » ainsi que « de nombreuses forces économiques et sociales ».

Comme évoqué fin juillet, Manuel Valls réunira un comité de rédaction, « dès que possible en août à Nouméa, afin de commencer à affiner et consolider les textes de lois constitutionnelle et organique. Ce travail permettra de lever les ambiguïtés et de clarifier l’esprit de l’accord pour tous les Calédoniens ». Le FLNKS devra donc décider ce samedi d’intégrer ou non cette cellule. Le Palika Jean-Pierre Djaïwe a invité mercredi 6 août les dirigeants du Front à la rejoindre afin justement de clarifier leurs demandes. Mais selon le ministre des Outre-mer, une semaine auparavant, « toucher à l’équilibre et à l’ensemble de Bougival, ça me semble difficile. Mais il faut continuer à en discuter », avait rapporté NC La 1ère. Voilà qui tombe bien. L’organisation d’un congrès extraordinaire du FLNKS est indispensable, selon l’Union calédonienne, « pour dégager des perspectives pour la poursuite du dialogue ».

Yann Mainguet

« Le calendrier de l’accord de Bougival doit être respecté avec, notamment, le report des élections provinciales », a observé Manuel Valls, samedi 2 août.