L’entreprise Atlas Materials, auprès de laquelle la SMGM, Société minière Georges Montagnat, est engagée pour la fourniture de minerai, est quasiment certaine d’obtenir une grande partie du financement pour la construction de la future usine aux États-Unis. Les autorités voient dans les produits visés, le nickel et surtout le magnésium, un intérêt prioritaire.
La Société minière Georges Montagnat échange avec l’entreprise américaine Atlas Materials sur la fourniture de minerai à destination d’une future usine hydrométallurgique aux États-Unis, au Mississippi, ou davantage au Texas. Comme le journal Demain en Nouvelle-Calédonie l’évoquait dans son numéro 949. « Le projet avance », a observé lundi 4 mai Thomas Sevêtre, directeur général de la SMGM.
Premier élément, « le process fonctionne ». Le procédé, qui traitera le minerai saprolitique calédonien d’une teneur en nickel de 1,8 % maximum, est conçu en trois séquences : la fabrication d’un équivalent du clinker dans le ciment, puis la récupération du nickel et du cobalt sous une forme proche de celle élaborée à l’usine du Sud en vue de la réalisation des batteries pour véhicules électriques, enfin le rendement de magnésium.
Chaque étape, prise séparément, apporte satisfaction. Dans le détail, sur 100 tonnes de minerai sec, 80 partiront à la confection du ciment, 2 % du nickel et cobalt, et le reliquat, du magnésium, métal et hydroxide de magnésium. Le regroupement des trois cycles ne soulève pas d’inquiétude sur le plan technologique.
L’heure est aux calculs. Atlas Materials atteint aujourd’hui la phase d’avant-projet définitif. Sa direction est ainsi en train de chiffrer le coût précis d’investissement après intégration du process global au sein d’une seule et même usine. Le montant tournerait autour de 500 millions de dollars. Ce process recycle l’acide chlorhydrique. Autrement dit, et le PDG de la société US, David Dreisinger, avait insisté sur ce point lors de sa visite en novembre à Nouméa, aucun déchet solide n’est produit. L’énergie est issue de l’éolien, mais aussi d’une récupération dans le système de transformation.
« TOUR DE TABLE »
Plus de 95 % du magnésium métal dans le monde est produit en Chine. L’ambition est alors « clairement » soutenue « par le gouvernement américain, car il est vital pour lui d’avoir du magnésium métal au titre des minéraux critiques », pose Thomas Sevêtre. L’administration a instauré un fonds dénommé Department of War’s Office of Strategic Capital. Cet organisme, doté de 100 milliards de dollars, a vocation à accorder des prêts préférentiels et des accompagnements aux projets industriels qui visent à l’autonomie en matériaux critiques.
Atlas Materials y a fait appel, tout comme à d’autres sources de financement similaires à l’image de l’US Exim Bank. Ces agences, qui se substituent quelque part aux banques, pourraient abonder jusqu’à 80 % du coût du projet. Le reste étant du capital apporté par les investisseurs soit d’origine, soit nouveaux. « Nous sommes très intéressés pour faire partie du tour de table », appuie le directeur général de la SMGM. L’idée étant de « participer au développement du projet » et « avoir un meilleur retour pour la Nouvelle-Calédonie ».
Un horizon à découvrir, mais la démarche, elle, est connue. La société minière calédonienne a noué il y a quelques années un partenariat de long terme avec des fondeurs japonais sur un partage de marge quand les prix du nickel augmentent.
Un calendrier se dessine aux côtés d’Atlas Materials. Un an pour la sélection du site, les autorisations, le bouclage du financement… Puis deux années pour la construction du complexe et sa mise en route. Le projet peut ainsi aboutir en 2029 ou 2030. Cette zone, avec la future usine et l’aire de stockage de minerai, s’étendra sur 40 hectares maximum. Ce qui n’est pas gigantesque comparé aux superficies de la SLN et de KNS.
L’installation accueillera 200 000 tonnes de minerai calédonien par an. En sortiront 30 000 tonnes de magnésium, soit 15 %, sous forme métal et hydroxide de magnésium. Pour la première fois, le minerai de Nouvelle-Calédonie sera valorisé pour un autre élément que le nickel, le cobalt ou le chrome. Cette usine d’Atlas Materials sera basée aux États-Unis. L’idée est d’im- planter ensuite d’autres unités en différents points du globe, par exemple en Europe ou en Australie.
Yann Mainguet
Évolution
Le marché du magnésium est assez porteur, estime Thomas Sevêtre, directeur général de la SMGM. D’après des analystes, les besoins vont augmenter de 50 % d’ici 2033.
Le cours du magnésium, assez stable, est de l’ordre de 2 500 dollars US la tonne. Le prix du nickel métal en nickel pig iron (NPI) tourne aujourd’hui autour de 14 500 dollars US la tonne.
Caractéristiques
Le magnésium a les mêmes caractéristiques que l’aluminium en termes de résistance, mais son poids est 15 à 20 % plus léger. Cet élément abondant est retrouvé dans l’aéronautique, l’automobile, l’armement, etc. Des études sont aussi menées sur « le stockage solide de l’hydrogène sous forme d’hydrure de magnésium », qui « permet la conversion à grande échelle de l’énergie électrique, notamment d’origine renouvelable », indiquait un article d’avril 2024 sur le site Techniques de l’ingénieur.

