Le Palika et l’UNI à la peine

Le Parti de libération kanak, ici lors de son 50e congrès en novembre 2025, à Bourail, indique que, tous calculs faits au sortir des dernières provinciales, une majorité des Calédoniens est favorable à une pleine souveraineté. Archives © Y.M.

Bousculés par les tensions internes autour de l’accord de Bougival et coincés entre les formations politiques aux lignes dures, le Palika et son mouvement l’Union nationale pour l’indépendance, sont aujourd’hui affaiblis, voire inaudibles. Les prochains mois seront déterminants.

Des cadres et militants le reconnaissent, le Parti de libération kanak (Palika) et sa coalition électorale et politique, l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), sont en difficulté. Un ancien parle même d’« une période de creux ». Le débat sera ouvert durant une assemblée générale ce samedi 3 octobre à Yaté, réflexion préalable au congrès de Maré le mois suivant.

Les défaillances se retrouvent à plusieurs étages. Au niveau du portage de l’objectif institutionnel défini – l’accession du territoire à la pleine souveraineté en partenariat –, mais aussi de l’incarnation du discours ou encore de l’affirmation du parti et de son mouvement sur l’échiquier politique actuel. En clair, peu de souffle et aucune visibilité. De sévères turbulences, apparues lors de ces trois dernières années, en sont la cause, même si certaines fragilités ont probablement des racines plus anciennes.

Des sympathisants du Palika et de l’UNI, structure formée avec le concours de l’Union progressiste en Mélanésie (UPM), ont adhéré à la stratégie de la CCAT, au moment de l’examen du sulfureux projet de loi constitutionnelle en 2024. Alors que leurs dirigeants condamnaient la posture de cette émanation de l’Union calédonienne. La sortie du Palika et de l’UPM du FLNKS n’a pas été ensuite du goût de tous au sein des deux formations, auparavant piliers du Front.

Et puis il y eut le très lourd épisode de Bougival. Signé dans les Yvelines par Jean-Pierre Djaïwé, du Palika, et Victor Tutugoro, de l’UPM, le 12 juillet 2025, cet accord résumé par les mots « le pari de la confiance » et assorti du complément Élysée-Oudinot, a été plus tard vertement critiqué par la figure de l’UNI, Paul Néaoutyine, voyant ici « la partition », entre autres. Le document prévoyait une double nationalité, un « État de la Nouvelle-Calédonie » au sein de l’ensemble national, mais aussi le renforcement du pouvoir des provinces. La tension fut telle en interne qu’un groupe opposé à ces dispositions conclues près de Paris s’est créé sous le signe UPK, pour Unité du peuple en Kanaky.

SOUCI DE LA RELÈVE

Chahutés, même divisés, le parti et sa coalition UNI sont ressortis affaiblis des élections provinciales du 28 juin dernier. L’Union nationale pour l’indépendance est passée, au Congrès, de 12 élus au précédent scrutin, en 2019, à 7. Ses représentants ont disparu des bancs du Sud, perdu un siège (10 à 9) dans le Nord où le conflit entre les pro et les anti-Bougival a laissé des traces, et le Palika a reculé dans les Îles (4 à 2).

Au-delà des péripéties politiques ces dernières années, un élément supplémentaire a participé à ces résultats décevants : la transition difficile, voire très faible, entre la génération d’élus expérimentés et une potentielle relève formée aux rouages de la politique. Autre phénomène, la voix modérée de ces formations a eu bien du mal à se faire entendre, à l’heure où les slogans les plus fermes, tant du côté loyaliste qu’indépendantiste, occupaient l’espace dans un contexte post-émeutes.

BANNIÈRE

Des cadres souhaitent aujourd’hui un chantier de reconstruction. Autour de questions simples. « Où en est-on aujourd’hui ? Nous devons faire le constat. Et puis, quelle est la trajectoire ? », indique Judickaël Selefen, porte-parole du Palika, pour qui « la négociation est le seul chemin » pour l’accès à l’indépendance. « Le partenariat ça se discute, ça se négocie ».

Bien que l’Assemblée nationale l’ait rejeté le 2 avril, l’accord de Bougival reste une base pour les futures négociations, selon le communiquant du Parti de libération kanak, ayant en mémoire les conclusions du congrès extraordinaire de Voh en mai. Reste une inconnue de poids : le visage de l’État. L’élection présidentielle intervient, en effet, dans sept mois. Ce calendrier laisse toutefois un temps au Palika et à l’UNI pour se régénérer, beaucoup de militants l’espèrent.

Une équation délicate est néanmoins pointée. Après la victoire de Paul Néaoutyine, opposant déclaré à l’accord de Bougival, en province Nord sous la bannière de l’UNI, les dirigeants favorables à ce texte peuvent être réticents à s’engager dans les négociations avec ces couleurs. « Difficile » en effet, soutient Victor Tutugoro, président de l’UPM et signataire des résolutions rédigées dans les Yvelines. Et ce, pour une question de cohérence, vis-à-vis des électeurs et des autorités. Une reformulation est sans doute en vue. Le proche congrès du Palika à Maré apportera un éclairage.

Yann Mainguet