Le non à la 5G se diffuse aussi en Calédonie

Alors que l’OPT prépare le déploiement de la 5G sur le territoire, le collectif NC sans 5G a décidé de relayer, ce samedi, le mouvement mondial contre ce projet. Comme ailleurs, il s’agit de s’opposer à l’installation du réseau dont les impacts sanitaires et environnementaux n’ont pas encore été finement mesurés et encore moins discutés avec les populations.

Le collectif NC sans 5G, associé à EPLP, manifestera samedi matin, de 9 heures à 11 heures, à Nouméa, devant le gouvernement et à Koné, sur la place du Four à pain, à l’occasion de la Journée mondiale contre la 5G lancée par stop5Ginternational.

Ce collectif de citoyens a été monté fin août, après l’annonce de l’OPT sur le futur déploiement de cette technologie, et a rassemblé plus de 600 membres en quelques jours. Son objectif : sensibiliser et fédérer les Calédoniens opposés à la 5G, et porter d’une voix leurs doléances.

Les revendications sont les mêmes qu’ailleurs. « À ce jour, il n’y a pas de données qui permettent d’affirmer l’innocuité du rayonnement 5G sur la santé et la biodiversité. Par ailleurs, l’ensemble des études indépendantes montre un impact important sur la santé avec l’augmentation des maladies comme le cancer », peut-on lire sur la page Facebook de ce collectif.

Sylvain Gleye, qui en est membre, évoque également les risques pour les végétaux, les insectes, les oiseaux. « On observe déjà, dans certaines métropoles, la mort de tout le vivant autour des antennes 5G. » Il s’inquiète aussi d’un manque de transparence sur « les seuils sanitaires (ndlr : des ondes) régulièrement réévalués à la hausse pour répondre aux contraintes des opérateurs ».

EPLP alerte, depuis des années, sur les risques relatifs aux champs électromagnétiques (notamment dans les établissements scolaires, les spots de Wi-Fi gratuit) pour lesquels il n’existe pas de réglementation en Nouvelle-Calédonie, « ce qui en fait un cas encore plus particulier ». Martine Cornaille, sa présidente, insiste également sur le fait que cette technologie « à pulsation » est jugée comme étant plus dangereuse que les précédentes.

Les militants, qui affirment « ne pas être opposés à la technologie ou au progrès à partir du moment où il n’affecte pas la santé », demandent donc l’application du principe de précaution avec l’arrêt immédiat de ce projet, « au risque de faire face à des conséquences désastreuses ». Estimant, par ailleurs, que la 5G est un « chamboulement dans nos usages » et une « révolution de nos modes de vie », ils veulent que le sujet soit débattu avec la population. « Est-ce que les Calédoniens veulent vraiment cela, une société toujours plus connectée ? », interroge Sylvain Gleye, qui indique que cette problématique fédère déjà l’ensemble des communautés. Une pétition intitulée « Non à la 5G en Nouvelle-Calédonie ! » est en ligne sur change.org et une autre, sur papier, circule également. Il sera possible de la signer samedi.

Préparation en Nouvelle- Calédonie

Réuni le 25 août dernier, le conseil d’administration de l’OPT a effectivement fait savoir qu’il préparait le terrain. Une expérimentation technique sera menée fin 2021, en vue d’un déploiement commercial possible à partir de 2023. « Il se fera en densifiant l’infrastructure actuelle, mais s’articulera autour d’antennes intelligentes », a-t-il été ajouté.

Conscient du contexte, l’Office a d’ores et déjà fait savoir que ce déploiement impliquait de répondre aux interrogations de la population et qu’il s’intégrerait dans une démarche « de veille, de dialogue et d’information », en s’appuyant en particulier sur l’ANFR (Agence nationale des fréquences), « garante du respect des valeurs limites d’exposition du public et de la diffusion de l’information ». L’OPT affirme qu’il sera à l’écoute des associations et notamment d’EPLP, qui a fait part de son intention de solliciter un moratoire « pour lever toutes les hypothèques avant qu’une décision soit prise », selon les termes de Martine Cornaille.

« Amish »

Aux quatre coins du monde, le même débat fait rage. De nombreux pays ont commencé leur déploiement, mais en Italie, Belgique, Irlande, Australie ou encore aux États-Unis, des villes font de la résistance en refusant, par exemple, d’octroyer des permis de construire. En Métropole, des centaines de stations expérimentales ont déjà vu le jour et le processus doit s’accélérer à l’automne avec les enchères d’attribution des bandes de fréquence sur lesquelles fonctionnera la 5G auprès des opérateurs télécoms pour une ouverture commerciale en fin d’année ou en début d’année prochaine.

Un rapport préliminaire d’octobre 2019 de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) avait pourtant conclu à « un manque important voire à une absence de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires potentiels liés aux fréquences autour de 3,5 GHz ». Son rapport définitif ne devrait être rendu qu’en 2021, c’est pourquoi son lancement semble précipité pour certains élus et citoyens.

Des membres du gouvernement, ministres de la Santé et de la Transition écologique en tête, s’étaient dits favorables à ce que l’on attende cette évaluation avant de finaliser l’attribution des fréquences. Mais le Président Emmanuel Macron a clairement tranché, la semaine dernière, avec une sortie pour le moins abrupte contre les détracteurs de la 5G souhaitant revenir à « à la lampe à huile » ou « au modèle Amish ». « La France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est un tournant de l’innovation », a-t-il déclaré devant un parterre d’entrepreneurs du numérique.

Dans la foulée, les députés de l’opposition ont demandé un débat national. Une soixantaine d’élus dont 11 maires de grandes villes de l’Hexagone ont aussi réclamé un moratoire au moins jusqu’à l’été 2021 pour « prendre le temps de répondre aux interrogations des Français ». La convention citoyenne, portée par Emmanuel Macron lui-même, avait également formulé cette demande.

Avancées et interrogations

Cette levée de boucliers n’avait pas été observée avec l’entrée en vigueur des normes précédentes. Mais si la 3G et la 4G ont chamboulé les usages de la téléphonie mobile au quotidien, la cinquième génération de réseaux mobiles, mise en œuvre par la Nasa et développée en Asie, s’annonce encore plus révolutionnaire. Grâce à des débits montants et descendants décuplés à un très faible temps de latence, cette technologique propulsera la société et les utilisateurs dans une connectivité omniprésente et méconnue jusqu’ici.

On parle de débits situés entre 10 et 20 gigabits par seconde, soit 100 fois plus rapide qu’aujourd’hui. Le temps de réaction d’un objet connecté sera aussi très court, autour d’une milliseconde. On pourra télécharger un film en une seconde, avoir un nombre très important de connexions simultanées, développer les contenus en réalité augmentée et virtuelle.

Son utilité est acquise pour les gouvernements et les entreprises, qui misent déjà sur ses possibles usages pour le pilotage automatique, les voitures autonomes, la chirurgie à distance, les villes connectées, etc. Les opportunités s’annoncent énormes, et pour beaucoup encore insoupçonnées !

Mais outre les questions sanitaires et environnementales, se posent des questions de sécurité, de protection des échanges, d’utilisation des données. L’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques, a elle-même indiqué que ce champ avait été peu investi. Il y a aussi des craintes liées au risque d’espionnage par des entreprises étrangères qui ont valu, on le sait, des restrictions importantes sur Huawei, le géant chinois, et qui amène les pays à favoriser des entreprises locales ou « amies ».

Le déploiement du réseau constitue indéniablement un bond dans le futur, à la fois technologique et idéologique, voire un pari, dans un contexte où l’on s’interroge de plus en plus, paradoxalement, sur les apports et les inconvénients du progrès numérique sur notre bien-être. Les partisans du non estiment que ce choix industriel implique quelque part un choix de modèle de société et nécessite donc que l’on s’interroge tous sur l’avenir que nous désirons.

C.M.

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