Le Mont-Dore face à la crise

La commune du Mont-Dore a été sévèrement touchée par les barrages et les exactions. Les populations ont été bloquées durant cinq jours dans une ambiance électrique. Heureusement, la solidarité a bien fonctionné.

Au sein de la manifestation, samedi, tous ont eu un mot ou une pensée pour les Mondoriens, premières victimes des blocages routiers. « Mon frère et sa famille vivent un véritable calvaire, commente une manifestante. Ils se couchent avec les coups de feu, les hurlements. Ma belle-sœur ne travaille plus depuis le début du conflit, de peur de prendre la route, notamment avec ses enfants. Il y a aussi toutes ces personnes malades qui ne peuvent être soignées correctement. » Une autre dame, qui habite du « bon côté du Mont-Dore », observe que ça fait « quarante ans que le problème existe et que rien n’est fait pour sauver les Mondoriens de cette situation ».

Après cinq jours de difficultés, la levée du barrage de Saint-Louis a finalement été annoncée au micro et largement applaudie par la foule. Elle a été rendue possible au terme d’une réunion rassemblant l’association Citoyen mondorien, les coutumiers de Saint- Louis, de l’île Ouen et du Mont-Dore, le maire et la gendarmerie. La manifestation à Nouméa a peut-être pesé. La veille, une réunion houleuse s’était tenue entre les tribus.

« C’est bien que ça se termine, a commenté la présidente de la province Sud, Sonia Backes. Mais les gens du Mont-Dore, ce sont 15 000 personnes qui, à chaque fois qu’il y a un conflit, se retrouvent bloquées et ça a assez duré. Les gens du Mont-Dore veulent avoir des réponses définitives, pouvoir circuler et pas à chaque fois être bloqués, ne pas savoir quand ils vont à Nouméa et s’ils vont pouvoir revenir. Ce n’est pas possible et c’est cela qu’il faut qu’on arrive à régler de manière définitive. »

Du côté du Mont-Dore, Nina Julié (Générations NC) souligne que, depuis quarante ans, Saint- Louis est utilisé comme un outil politique et que l’on a atteint cette fois « le summum ». « On parle de plusieurs jours de danger grave pour les populations, d’un cimetière de 45 carcasses, de deux routes défoncées à Saint- Louis et la Conception. Et pour la première fois les Mondoriens se sont rebellés et je les comprends. La situation est devenue ingérable ! »

L’élue du Mont-Dore et de la province Sud estime, en premier lieu, que l’État doit être en mesure de mieux anticiper les troubles. « À chaque fois qu’il y a un problème, on sait très bien que ça va se répercuter à Saint-Louis et là, on s’est retrouvé avec cinq gendarmes à Plum et deux à Pont-des-Français. La situation était particulière avec des troubles dans plusieurs communes, mais tout de même ! » Nina Julié continue, par ailleurs, de militer pour la fameuse deuxième route. « J’espère que les élus ont compris cette fois l’importance de ce sujet ». Enfin, des interrogations se posent sur les dégâts causés dans la commune. « Qui va payer ? Encore la commune ? La province ? J’espère qu’elles porteront plainte et que les auteurs seront identifiés et tenus responsables. »

Anticipation

De son côté, le maire de la commune, Eddie Lecourieux, estime qu’il faut « arrêter de vendre du rêve » quand on n’a pas les moyens de ses ambitions ou que l’on n’a pas réglé ces problèmes par le passé.

Il note que depuis deux ans, la situation s’était améliorée et qu’à l’occasion de ce « conflit territorial », Saint-Louis et la Conception ont une nouvelle fois fait montre de leur « capacité de mobilisation », rodée par « trente ans de pratique », avec aussi la venue d’une jeunesse de quartiers comme Normandie, qui avait envie d’en découdre, une forme de « terrorisme » qu’il condamne d’autant que le conflit ne concerne pas la population. La comparaison avec les autres communes ne peut être faite, aussi selon lui, en raison de la morphologie du terrain. « Nous sommes les seuls à avoir la tribu des deux côtés de la route. »

Il regrette – et c’est un élément que l’on n’a pas entendu ailleurs, curieusement – que sachant les effectifs de gendarmes insuffisants, avec les équipes en quatorzaine, les autorités aient tout de même annoncé la signature avec Trafigura. Selon lui, l’État aurait pu intervenir pour éventuellement retarder cette annonce. Au lieu de quoi, la commune avait une petite poignée de gendarmes, des policiers non habilités pour ce genre de troubles et des pompiers. « Force doit réellement rester à la loi, mais là, elle a été prise de court. »

Les cinq jours suivants ont été très compliqués à gérer. Eddie Lecourieux d’évoquer les 11 000 habitants privés de liberté, de nourriture, le ravitaillement de repas dans les écoles, les maisons de retraite, les couches, le gaz, jusqu’au grain pour les animaux, les navettes, les barges de ravitaillement, les difficultés des femmes enceintes, des dyalisés… Il raconte comment la station Mobil de la Conception a failli brûler en représailles, mais aussi l’organisation des Mondoriens sur des contre-barrages. « En tant que maire, je n’allais pas aller sur ces barrages. Il faut garder la tête froide, malgré la fureur. Mais ce n’est pas à moi de juger leur action. S’ils estiment qu’ils doivent se défendre, je le comprends. On ne souhaite plus voir cette impunité. Il y a des excités des deux côtés, mais ce que je retiens, c’est que c’est une forme d’implication qui pourrait se transformer en vigilance collective et permettre de sortir de l’individualisme. » Le maire avoue qu’il en a « pris plein la gueule », mais répète qu’il n’a pas les moyens de faire la sécurité et qu’on lui a d’ailleurs bien fait savoir par le passé que l’ordre public n’était pas de son ressort.

Il regrette aussi le manque de considération de certains. Des élus et le haut-commissaire n’ont pas pris soin de l’informer lorsqu’ils se sont déplacés au Mont-Dore pendant la crise. « On est vraiment touchés par les messages de sympathie, mais on s’est sentis un peu seuls. Et maintenant, on ramasse la merde. » Il tient à saluer les 300 agents de la commune qui n’ont pas ménagé leurs efforts et la grande solidarité de la part de nombreux anonymes. Eddie Lecourieux appelle aussi les gens à ne pas faire de généralités. « Des deux côtés il y a des gens qui sont matures, qui ont envie d’avancer et qui sont empêchés par une poignée. Et je tiens à les remercier. Je me battrai toujours contre ces caprices. On ne peut se gargariser ainsi de faire du mal. » Pour le maire, aujourd’hui la seule solution de ne pas voir se conflit se reproduire est de régler le problème de la mine.

L’heure est désormais au déblayage et à l’évaluation des dégâts. On parle déjà d’une quarantaine de millions de francs pour le parc de la Coulée, de nombreuses heures pour les employés, en plus du coût des navettes. « Nous chiffrerons tout cela jusqu’au dernier denier », promet-il. Sans compter ce qui ne relève pas de la commune : les routes, la station Mobil, le parc de la rivière Bleue…L’association Citoyen mondorien a, de son côté, conseillé à ses adhérents de préparer un état de leurs pertes (jours de congé, chiffre d’affaires, dégâts matériels, financiers), de porter plainte en ligne et de lui transmettre une copie.

C.M.

©D.R

Cette route, un quotidien exaspérant pour des milliers de Calédoniens.

 

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