Le Médipôle ne fait pas l’unanimité

Vendredi dernier, quatre ans jour pour jour après le début des travaux, le bâtiment principal du Médipôle de Koutio a été officiellement réceptionné marquant ainsi la fin des travaux de construction. Alors que la médicalisation des services de l’infrastructure débute, le futur centre hospitalier suscite toujours la colère et les interrogations de certains.

Le gros œuvre du Médipôle de Koutio est achevé, place maintenant à l’installation des équipements et de tout le matériel médical (tables d’opération, appareils d’analyse, scanners, radios, mobilier). Les phases d’installation se poursuivent « selon le planning fixé », comme le confirme Bernard Deladrière, membre du gouvernement en charge notamment du secteur santé, qui en profite pour rappeler que « le Médipôle a la vocation à devenir le navire amiral de la santé publique, c’est une attente très forte car le CHT Gaston-Bourret est complètement saturé. Donc les conditions d’accueil des patients et de travail de la communauté hospitalière vont être radicalement transformées ». Une grande partie de cette communauté dénonce cependant sa mise à l’écart du projet et fait monter la pression sur les institutions depuis le mois de décembre.

La grogne du personnel médical

L’intersyndicale du CHT (USTKE, FO, CFE-CGC, SMPH NC), qui était monté au créneau en décembre dernier pour dénoncer sa « tenue à l’écart du chantier du Médipôle et notamment de ses imperfections ou malfaçons » et exprimer son inquiétude concernant le budget de fonctionnement, a repris cette semaine le chemin de la contestation déposant un préavis de grève ponctué par une marche ce jeudi, jour où le Congrès vote le budget de fonctionnement du CHT et du lancement du Médipôle. Pour l’intersyndicale, « le gouvernement a proposé des mesures insuffisantes et un taux directeur (somme versée par le Ruamm et les aides médicales aux hôpitaux) présentant la moitié du taux nécessaire pour ouvrir le Médipôle ». À l’heure où nous écrivons ces lignes, le Congrès doit se réunir pour voter le taux directeur 2016 proposé par le gouvernement et fixé à 3,79 % (contre 4,94 % en 2015) et loin des 7,10 % attendus par l’intersyndicale sans compter le coût de la marche à blanc de 876 millions (mise en production sans ouvrir au public) par subvention directe pour le Médipôle. Pour le personnel médical, « ce budget ne permettra pas de faire fonctionner à la fois les sites actuels et de préparer le déménagement du Médipôle ». L’occasion de rappeler que le déménagement des services du CHT vers le Médipôle débutera en novembre pour se terminer en décembre.

Blocage Annoncé

Alors que le Médipôle se pare de son équipement avant de recevoir les premiers services du CHT dans dix mois, les coutumiers tiennent à rappeler que le futur hôpital est sur leurs terres et qu’ils comptent bien encore profiter de la manne financière qu’il apporte. Ainsi la SAS Keteveta, qui représente les intérêts des coutumiers de l’aire Djubéa Kapone au travers de quatre GDPL locaux et regroupe plusieurs entreprises travaillant sur le Médipôle, monte elle aussi au créneau. Ses représentants ont décidé de bloquer le chantier si le contrat de gardiennage des lieux, octroyé récemment au VHP-Vigilant, n’est pas rompu. Jusqu’à présent, une société de la SAS Keteva assurait ce gardiennage. Les coutumiers parlent de « conflit d’intérêts » et reprochent à l’exécutif « de ne pas remplir les engagements pris à la pose de la première pierre. » Le plus gros chantier de Nouvelle-Calédonie, 50 milliards, n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre.

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Le Médipôle en chiffres

Le premier patient est attendu pour novembre et tous les services du CHT auront fini de déménager le 23 décembre. Le projet aura coûté 50 milliards et fait travailler 250 entreprises locales pour 10,5 milliards de francs injectés dans l’économie calédonienne. Les bâtiments accueilleront 645 lits, 12 salles d’opération. Divisé en cinq pôles : médecine, chirurgie, pédiatrie, l’hôpital de jour et les urgences, le Médipôle, qui s’étend sur 20 hectares, aura la capacité d’accueillir dans ses 90 000 m2, 60 000 passages aux urgences (contre 46 000 aujourd’hui), 40 000 hospitalisations et 58 000 consultations médicales.

C.Schoenholtzer

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