Le gyotaku ou l’art de fixer l’esprit des poissons

Dans le cadre de l’exposition « Où vont les âmes des poissons ? », Jean-Michel Aubier et Marin Le Mée dévoilent 25 empreintes de ces animaux marins réalisées à partir d’une technique japonaise, le gyotaku. À voir jusqu’au 15 mai au Musée maritime.

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Jean-Michel Aubier a toujours eu un pinceau en main. Abstrait, figuratif, il peint au gré de ses envies. « Je ne suis pas dogmatique, je fais en fonction de ce qui se présente, de l’intérêt du moment. » C’est donc tout naturellement qu’il se laisse convaincre par son ami Marin Le Mée de se lancer dans une nouvelle aventure, le gyotaku, une technique qu’ils découvrent ensemble.

Elle consiste à recouvrir un poisson d’encre de Chine et apposer un papier dessus afin de reproduire son empreinte le plus fidèlement possible. « C’est une tradition héritée des pêcheurs japonais qui souhaitaient garder une trace de leurs prises. » Ils y ajoutent leur nom, celui du poisson, la date, voire un poème. L’arrivée de la photographie bouscule cette tradition, mais les artistes s’emparent de la technique et développent leur propre façon de faire, « indirecte », c’est-à-dire poser le papier sur le poisson et prendre l’empreinte en tamponnant la feuille.

« Un travail de restauration »

Après plusieurs essais, les deux hommes choisissent la pratique ancestrale. « Cela ressemble un peu à un jeu d’enfant, on voulait que cela reste simple, ludique et assez rapide, sinon le poisson s’abîme avec la chaleur. » Car ils sont ensuite consommés. « On les achète au marché, on utilise ce qui est déjà prélevé et on ne gaspille pas. » Les deux artistes ont donc opté pour l’encre de seiche plutôt que de Chine. « C’est une encre alimentaire utilisée comme colorant. »

Rascasse, dawa, mulet, carangue lanterne, loche, chaque vertébré marin a sa particularité. Certains sont plus ou moins compliqués en fonction de leur forme, comme le mulet, « un peu cubique », ou de par leur nature, à l’image du dawa. « Il n’a pas d’écailles, alors il y a le risque que le rendu ne soit pas très intéressant. » La première difficulté reste d’appréhender le « volume, qu’on doit ramener à quelque chose de plat sur la feuille ». Une fois l’empreinte effectuée sur du papier washi, réalisé à base de mûrier et traditionnel au Japon, elle est laissée à sécher pendant une à deux semaines. « Ensuite, on la corrige de manques éventuels. C’est une sorte de travail de restauration. » La dernière étape, la plus longue, est la mise en couleur avec de l’aquarelle.

Jean-Michel Aubier a proposé un atelier de démonstration samedi 9 avril au Musée maritime. Il a attiré de nombreux curieux, intrigués par cette méthode.

 

Un univers onirique

Jean-Michel Aubier ne s’arrête pas là. « J’ajoute des éléments, je crée un univers qui pourrait être le rêve d’un poisson. L’idée est d’aller au-delà de sa reproduction. » Ce qui le fascine également, le contact avec l’animal dans le cadre de ce qui pourrait s’apparenter à un rite funéraire dans la façon de le manipuler, de le laver et de le recouvrir d’encre. « Il y a cette idée de travailler avec la mort puis de redonner vie en peignant. On représente le poisson autrement. » À travers un procédé, l’empreinte, qui traverse les âges, « de la préhistoire jusqu’à la peinture moderne. C’est un mode de représentation qui m’intéressait. »

Mais Jean-Michel Aubier en a fini avec sa période gyotaku. La fin d’un cycle. « Cela fait trois ans, j’ai fait mon temps. Je vais mettre cela de côté pour donner priorité à autre chose. »

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P. et DR)

 

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