Le FLNKS bombe le torse

Entouré de Victor Gogny, ancien président du Sénat coutumier, et d’Arnaud Chollet-Léakava, leader du MOI, Dominique Fochi, de l’UC, a rendu publique la déclaration, ensuite adressée aux différentes instances calédoniennes et internationales. © Y.M.

Lue mercredi 24 septembre, date anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France en 1853, la « déclaration unitaire » du Front rappelle sa feuille de route vers l’indépendance avant la présidentielle de 2027 et tente de resserrer les rangs en vue d’échéances électorales.

Le moment devait être souligné. Après les émeutes urbaines, l’échec de la discussion à Deva, puis le rejet de l’accord de Bougival, et avant de possibles négociations sur l’avenir et des échéances électorales, le FLNKS a tenu à marquer ce mercredi 24 septembre, date anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France en 1853. Un jour de « deuil » pour les indépendantistes.

Des bruits avaient tourné, en début de semaine, autour de l’acte politique envisagé. La signature de la charte du Front de 1984 revisitée ? En fait, non, pas pour l’instant. Une déclaration commune ? Oui, davantage, au siège de l’Union calédonienne à Nouméa. Le format impressionne plus que le fond du texte, sans grande annonce. Le FLNKS et ses sept composantes désormais, mais aussi le Mouvement nationaliste indépendantiste souverainiste (MNIS), l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC), enfin l’Instance autochtone de discussion (IAD) avec les Sénat et conseils coutumiers, en sont les auteurs. Le cheminement n’aurait pas été simple dans l’environnement du Front et auprès de représentants traditionnels kanak. Le Palika et l’UPM, aujourd’hui en retrait de la coalition indépendantiste, auraient été approchés, sans suite donnée. Inaat Ne Kanaky, le conseil des grands chefs, n’a pas souhaité être associé.

APPEL À L’INTERNATIONAL

Les signataires « proclament avec détermination leur volonté de voir accéder le pays de leurs ancêtres à la pleine souveraineté », selon la déclaration dite « unitaire » du 24 septembre. Le calendrier est inscrit : « l’indépendance sera proclamée dès que les conditions seront réunies au plus tard avant l’élection présidentielle de 2027 ». Un idéal voulu « dans le cadre des discussions et négociations avec la puissance administrante », c’est-à-dire l’État.

Cette visée de 2027 n’est pas nouvelle, puisque le président du FLNKS, Christian Tein, l’avait précisée dans un courrier lu à l’ouverture du 44e congrès d’un Front rebâti, samedi 25 janvier, au lieu-dit Les 4 cocotiers, tribu de Saint-Louis, au Mont-Dore. Mais aussi au 45e congrès extraordinaire, à La Conception, samedi 9 août. L’idée étant que le vote pour le locataire de l’Élysée ne vienne pas compromettre la stratégie.

Après avoir appelé les États membres du Groupe Fer de lance mélanésien, le Forum des îles du Pacifique, le Mouvement des non-alignés ou encore la communauté internationale à « soutenir le peuple kanak dans sa quête de souveraineté », le FLNKS et ses alliés « prient » les autorités françaises d’engager « le chemin de la mémoire et du pardon ».

À NEW YORK

Cette déclaration « unitaire », à laquelle participait mercredi le bureau politique du Front, et non pas le président de l’UC, Emmanuel Tjibaou, va rebondir très vite aux Nations unies, à New York. Une délégation calédonienne, composée de Roch Wamytan ou encore Mickaël Forrest, doit s’exprimer tout début octobre devant la quatrième commission intéressée aux questions notamment de la décolonisation.

L’initiative de cette allocution voulue solennelle au siège de l’Union calédonienne en un jour anniversaire, s’insère aussi, on peut l’imaginer, dans un cadre beaucoup plus large. Celui encourageant à l’unité des formations indépendantistes à un moment de flottement politique national et de recons-truction locale. La déclaration permet ainsi de poser les éléments du discours en vue des élections provinciales.

Le FLNKS demande un maintien de ce scrutin avant le 30 novembre prochain. Or la proposition de loi organique, qui promeut un report au plus tard le 28 juin 2026 pour accompagner la mise en oeuvre de l’accord politique de Bougival, a reçu lundi 15 septembre un avis favorable. L’absence d’un gouvernement national de plein exercice, voire une dissolution, peuvent constituer un grain de sable.

Yann Mainguet

Un gel bien conforme

Le Conseil constitutionnel a jugé, vendredi 19 septembre, que le gel du corps électoral pour les élections provinciales ne contrevenait pas à la Constitution, rejetant ainsi une requête déposée par l’association Un cœur, une voix. Ces « Sages » concluent que les dispositions contestées « ne sauraient être jugées contraires à la Constitution » dès lors qu’elles émanent du texte fondamental, rapporte l’AFP. Le FLNKS s’est réjoui de la décision rendue et « exige » de fait des élections avant le 30 novembre prochain. L’association requérante entend porter le dossier devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

Un 24 plutôt calme

En cette période tendue du 24 septembre, l’État avait mis les moyens. Les 2 770 forces de l’ordre en action, 460 patrouilles activées dont 160 à Nouméa jour et nuit ou encore une cinquantaine de véhicules blindés disponibles… À l’heure du bouclage de ce numéro de DNC, la journée avait été plutôt calme, seuls quelques feux de végétaux ou pneus rapidement maîtrisés et entraves avec branchages avaient été constatés dans la nuit de mardi à mercredi.