Le Covid-19 fait-il du bien à l’environnement ?

La crise du Covid-19 a éclipsé une autre crise, celle du changement climatique. Les mesures de confinement ont considérablement réduit l’activité économique et les émissions polluantes qui lui sont liées. Cette crise inédite devrait conduire à une réflexion sur le développement des sociétés industrialisées.

Avec le confinement, les animaux sauvages ont réinvesti les rues des plus grandes villes du monde. Cette conséquence étonnante des mesures de confinement, qui ont concerné près des deux tiers de l’humanité, n’est pas la seule. La mise à l’arrêt brutale de l’économie a eu bien d’autres effets sur la pollution, notamment les gaz à effet de serre. La baisse des transports, aussi bien terrestres, aériens que maritimes, a engendré une réduction drastique de la consommation de carburants. En Métropole, on l’estime à environ 70 %. La Nouvelle-Calédonie n’a pas échappé à la règle et Scal’air, l’association qui mesure la qualité de l’air à Nouméa, a enregistré une baisse conséquente des émissions de dioxyde de soufre ou encore de dioxyde de carbone.

De la même façon, la consommation électrique, donc la production, s’est vue sensiblement réduite. Pendant les semaines de confinement, elle a diminué d’un tiers la journée et de 25 % la nuit. Paradoxalement, les conséquences pourraient ne pas être en faveur des producteurs d’énergies renouvelables. La baisse des consommations électriques aura pour conséquence un manque à gagner pour les gestionnaires des réseaux comme Enercal, le fonctionnement du système électrique ayant un coût incompressible qui est supporté grâce à la vente d’énergie. Moins de ventes signifie aussi moins des recettes. Et ce d’autant plus que les producteurs d’énergies renouvelables disposent de contrat leur assurant le rachat de l’intégralité de leur production, sans lien avec la consommation réelle et à un prix fixe. Cette fragilisation des comptes des gestionnaires devrait compliquer le financement du développement des énergies renouvelables.

Rebond des émissions de gaz à effet de serre ?

En plus de ce manque à gagner, il faut également prendre en compte un niveau de prix des combustibles fossiles historiquement bas. Le prix d’un baril de pétrole a atteint la somme dérisoire d’une trentaine de dollars américains. Et la situation catastrophique dans le secteur aérien devrait continuer d’exercer une pression à la baisse sur le cours du baril, au moins à moyen terme. Au niveau mondial, la consommation de pétrole de l’aérien représente près de 8 %. Cette situation pourrait encourager une hausse de la production des énergies fossiles qui deviendraient du même coup plus abordables tant que le prix du pétrole sera faible. C’est une des raisons pour lesquelles il convient de ne pas se réjouir trop vite de la diminution des émissions de gaz à effet de serre. Selon l’ONG Greenpeace, un rebond des émissions de CO2 est à redouter afin de limiter les pertes de croissance.

Le 29 avril, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a ainsi dessiné les contours de la relance économique en Métropole. Une relance qui est envisagée massive pour tenter de rattraper les pertes colossales enregistrées par l’économie française au cours du premier semestre. Une politique peu ou prou identique au quatre coins du monde, que ce soit en Chine, aux États-Unis ou encore en Europe, qui va voir les dépenses publiques considérablement augmenter et en rupture avec les politiques d’équilibre budgétaire conduites ces dernières années.

Si le ministre de l’Économie a insisté sur le fait que la relance devra reposer sur la décarbonation de l’économie, le Haut Conseil pour le climat a toutefois regretté que les aides publiques consenties n’aient pas été l’occasion d’imposer des contreparties environnementales. Plusieurs courants s’opposent, d’ailleurs, sur ce sujet. Certains fédérations patronales estiment que la crise doit être un « accélérateur de la transition énergétique », d’autres, comme le Medef national, appellent à un moratoire de nouvelles mesures environnementales. Geoffroy Roux de Bézieux, dans un courrier adressé à la ministre de la Transition énergétique, a demandé un report de toute nouvelle règle pendant six mois. Une demande à laquelle le ministère a néanmoins opposé une fin de non-recevoir.

Réflexion à plus long terme

C’est plus généralement une remise en cause profonde des sociétés industrialisées qui se dessine. De nombreux intellectuels estiment que la société post-Covid-19 pourra difficilement faire l’impasse sur une réflexion profonde quant aux objectifs de développement qu’ils soient sociaux, environnementaux et économiques. Selon de nombreux experts, la crise du Covid-19 trouve ses racines dans l’altération de la biodiversité. Le développement du réseau routier, l’exploitation forestière ou encore l’exploitation minière détruisent les écosystèmes et permettent aux virus présents dans les milieux naturels de circuler chez les humains, de plus en plus exposés aux espèces sauvages et à leurs pathologies.

La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à la règle. Le membre du gouvernement en charge de l’économie, Christopher Gyges, a indiqué que le territoire ne pourrait faire l’économie d’une redéfinition de son modèle de société. Un modèle « plus agile, solidaire et environnemental ». Les représentants des organisations patronales et des syndicats de salariés partagent également cette idée que la crise du Covid-19 doit également être l’occasion d’une remise à plat pour la société calédonienne. Reste à savoir quelle forme prendra la réflexion et où elle conduira.

M.D.

©shutterstock 

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