Le Congrès aux carrefours de l’histoire

Les conseillers du Congrès, élus aux provinciales fin juin, ont pris leurs repères dans l’hémicycle à l’occasion de l’élection de leur président, vendredi 10 juillet. (©Y.M)

La promotion 2026-2031 du Congrès est en place, avec ses cinquante-quatre personnalités élues au scrutin provincial du 28 juin. Virginie Ruffenach dirigera un hémicycle partagé en trois sensibilités : indépendantiste, avec l’UNI et Kanaky NC ; pro-française, soutenue par Les Loyalistes-Rassemblement-LR ; et centriste, sous les couleurs de l’Éveil océanien. Les deux dernières formations ont décidé de se rapprocher pour bâtir une majorité de gestion des institutions et, surtout, de la reconstruction.

Le mandat de ces femmes et hommes de la société civile, de ces nouveaux ou anciens maires, de ces politiques aguerris… sera certainement historique et assurément exigeant. Le Congrès, l’assemblée délibérante de la Nouvelle-Calédonie, va se placer, en effet, au centre de plusieurs carrefours et jouer un rôle prépondérant dans l’orientation du territoire.

Tout d’abord, pour le relever, après le choc des différentes crises. Très vite, des dossiers lourds, voire complexes, vont arriver. Tels que le Ruamm, les retraites, les comptes publics, la filière nickel, le système de santé, l’emploi… Ces sujets vont nécessiter des décisions franches, car vu l’urgence, des effets sont attendus pour un redressement économique et social. Le détour par la création d’une commission spéciale du Congrès serait une nouvelle fois très mal pris et dangereux, les candidats aux provinciales s’étant engagés à agir. « Les Calédoniens n’attendent pas de nous des postures, a déclaré la présidente Virginie Ruffenach devant les élus. Ils attendent des résultats. » Effectivement. La très forte abstention aux élections provinciales, à 36,29 %, est plus qu’une alerte.

« RÉVOLUTION »

Si bon nombre de responsables politiques ne croient pas à une réelle reprise des discussions sur l’avenir institutionnel avant l’élection présidentielle d’avril 2027, si des cadres loyalistes espèrent même l’arrivée d’une droite ferme au pouvoir national, le Congrès devra, à un moment ou à un autre de son mandat, prendre position sur l’après-accord de Nouméa.

Le lundi 8 décembre 2025, par exemple, les conseillers de l’ancien exercice avaient dû rendre un avis sur une consultation anticipée sur le projet d’accord de Bougival, finalement enterré le 2 avril dernier à l’Assemblée nationale. Autrement dit, tout choix sur le futur du territoire passera par le carrefour de l’assemblée délibérante. Ce qui confie aux nouveaux élus une responsabilité supplémentaire. La question est désormais : à la suite de la mort du projet Bougival-Élysée-Oudinot, les dirigeants politiques repartent-ils d’une page blanche ? Sur quelle base vont redémarrer les échanges avec l’État ? Un vrai enjeu dans l’enjeu.

Le Congrès est, enfin, à la croisée des chemins, en interne. Se pose ici la question de sa réforme, de son évolution. La constitution de l’assemblée citoyenne en avril, sous la présidence de Veylma Falaeo, représente « une révolution », selon des observateurs. Ce dispositif de démocratie participative est voué à perdurer. Une délibération, qui oblige les membres du gouvernement à être présents en commission et en séance publique lors de l’examen de leurs textes, a en outre été adoptée il y a peu. Tout comme celle qui propose une protection fonctionnelle et juridique aux conseillers. Mais le texte, déposé par l’UC Roch Wamytan en 2020, qui intègre la série de mesures en faveur d’une « modernisation » du règlement intérieur, ne l’a pas encore été.

Le mandat s’annonce très important, dense, même ardu. Les débats et décisions des élus devront être à la hauteur.

Y.M.