Le cinéma se cherche à l’ère de Netflix

Alors que les salles de cinéma ouvrent à nouveau leurs portes cette semaine, jamais consommer des films n’aura été aussi simple sur le Caillou avec les services de vidéos à la demande (VOD). Quelle place reste-t-il pour les salles obscures ?

C’est désormais un choix qu’il faut faire : les fauteuils d’une salle du Cinécity ou le canapé de son salon ? Depuis 2015, Netflix est venu bouleverser nos habitudes. Amazon Vidéo a suivi, puis Disney+, cette année, en plein confinement. « C’est vrai que les habitudes changent, estime humblement Douglas Hickson, le directeur du Cinécity. C’est à nous de nous adapter à une nouvelle demande. »

Un lifting du multiplexe a été amorcé en mars et « accéléré durant le confinement ». Et cette semaine, c’est dans un cinéma familier, mais un peu différent, que les cinéphiles se sont retrouvés autour d’un biopic de Charles de Gaulle, un dessin animé Pixar ou un film d’horreur américain (lire plus bas). Exit l’îlot central du hall, la confiserie et le snack ont subi un lifting et les salles ont une nouvelle moquette et de nouveaux sièges, désormais tous bleus. « On ne parle pas encore de rénovation puisque le travail n’est pas terminé », précise Douglas Hickson. Suffisant pour vendre les habituelles 400 000 places annuelles comme c’était le cas en 2019 ? Peut- être pas. Car désormais, les Calédoniens sont plus connectés que jamais et trouvent leur compte ailleurs que dans les salles obscures.

Toujours plus de connexions

Selon la dernière étude de l’Observatoire du numérique, près de 60 000 foyers étaient raccordés à Internet via l’ADSL ou la fibre. Et plus de 65 000 personnes utilisent internet sur leur mobile. Sans compter les bornes wifi publiques, comme sur la place des Cocotiers, au cœur de Nouméa, et sur la place des Accords, à Boulari, et on comprend que les Calédoniens sont très connectés. YouTube,

Facebook, Netflix et autres Amazon Vidéo sont désormais bien ancrés dans les habitudes. Cette consommation nouvelle de streaming a été bien comprise par les acteurs de la place. Depuis février, les abonnés Canal+ se sont vus proposer un accès à Netflix via leur nouveau modèle de décodeur, à Disney+ depuis avril. Le portail MyCanal propose également des films et du contenu via internet. « On est un agrégateur de contenus, pose Franck Carpentier, directeur de Canal+ Calédonie. Et ce n’est pas nouveau. Quand on proposait simplement un bouquet de chaînes via le satellite, le principe était le même. Mais aujourd’hui, un abonné peut avoir accès à un film quand il veut. » Selon les chiffres de Canal+, qui touche un foyer sur deux sur le Caillou, près de 40 % des clients utilisent le portail MyCanal.

Des offres complémentaires

Comment faire, alors, pour attirer encore les spectateurs dans une salle obscure ? « Il s’agit de proposer de nouvelles expériences, explique Douglas Hickson. On travaille sur une multiplication des offres en VO, nous comptons également proposer des diffusions de concerts, d’opéras ou de pièces de théâtre. Le travail se fait aussi sur le panel de films proposés pour que tout le monde y trouve son compte. Et puis, il y a aussi le confort d’utilisation. »

Et pour ça, le Cinécity a décidé de revoir sa copie quant à l’achat des places. Des caisses en plus, et surtout le replacement des bornes au tactile douteux. On peut désormais acheter sa place directement sur le site internet du cinéma et récupérer son ticket en scannant son smartphone à l’entrée. Un gain de temps. Autre projet qui devrait voir le jour d’ici la fin de l’année, deux salles « premium » pour une expérience VIP.«Il ne faut pas oublier que se rendre au cinéma, c’est une sortie, rappelle Douglas Hickson. Je pense que c’est un moyen de se couper du quotidien durant le temps d’un film et ça, c’est impossible à la maison, même avec tout le choix que proposent les services de VOD. »

De son côté, Franck Carpentier est également peu inquiet sur l’avenir des salles de cinéma. « Chaque fois qu’une nouvelle technologie apparaît, on prédit la mort du cinéma. Et pourtant, il est toujours là, sourit le patron de Canal+ NC. Je pense que le cinéma et les nouvelles offres sont tout à fait complémentaires. Et cela durera d’autant plus que les nouveautés sont, de toute façon, au cinéma (lire par ailleurs) » Il faut aussi dire que Canal+, malgré toutes ses propositions de films à la demande, reste un acteur incontournable pour le financement du cinéma français, au même titre que France Télévisions ou TF1. L’exception culturelle française.


Cinécity : réouverture après trois mois de pause

La culture et le divertissement font partie des secteurs les plus touchés lors de la période de confinement en avril et mai. Et le Cinécity n’y aura pas échappé. « Sur les 20 employés, 19 ont été mis en chômage partiel puisqu’il n’y avait plus aucune activité, commente Douglas Hickson. En fait, seule une employée administrative a continué le travail. » Si en mars, le personnel a été mis en congé et que le chômage partiel a été mis en place en avril et en mai, la question du mois de juin demeure. « Nous n’avons pas pu reprendre plus tôt, explique le patron du multiplexe. Il a fallu attendre la reprise des salles en Métropole pour que nos interlocuteurs de la distribution reprennent leurs activités et que les premiers films soient disponibles. »


La chronologie des médias

En France, la vie d’un film est encadrée par des lois dites de la « chronologie des médias », en vigueur également en Nouvelle-Calédonie. Il s’agit d’un ensemble de règles qui définissent l’ordre et surtout les délais dans lesquels les diverses exploitations d’une œuvre cinématographique peuvent intervenir. Le but étant de protéger les salles de cinéma. Depuis décembre 2018, cette chronologie intègre les nouvelles façons de consommer, notamment via les plateformes telles que Netflix, Amazon Vidéo ou Disney+. Lorsqu’un film sort en salle, il faut attendre huit mois avant de le voir sur les chaînes payantes ayant participé à la production (Canal+, par exemple). Ce n’est que 22 mois après sa sortie que le film peut être visible sur les chaînes gratuites. Comptez trois ans avant de le voir arriver sur les services de vidéos à la demande. Par exemple, les abonnés Disney+ n’ont pas encore accès au film Star Wars, l’Ascension de Skywalker pour le moment, même s’il s’agit d’une production Disney. C’est aussi pour cette raison de chronologie des médias que Netflix ne sort pas ses productions cinématographiques dans les salles françaises. On peut citer Roma, Okja ou encore Annihilation, sortis dans les cinémas américains, mais pas français.


Que voir au ciné pour la reprise ?

Alors qu’à Koné, il faudra attendre mercredi prochain avant de voir un film au cinéma, les Calédoniens ont retrouvé les salles obscures dès mercredi dernier, à Nouméa, La Foa ou Bourail. Premier constat, il n’y aura pas grand-chose de nouveau à se mettre sous la dent. La faute à un marché de la distribution encore endormi en Métropole. Seuls deux films ont fait leur sortie cette semaine au Cinécity. Le premier est de saison puisqu’il s’agit du film De Gaulle, un biopic de l’homme de l’Appel du 18 juin, interprété par Lambert Wilson, et dont on célébrait les 80 ans de l’événement ce mois-ci.

Autre nouveauté, Le portrait de la jeune fille en feu, de Céline Schiamma. L’histoire d’une peintre du XVIIIe siècle qui voit son modèle, une jeune femme sortie du couvent et refusant de se marier, être réticente à l’idée de poser pour elle.

Le reste de la programmation n’est donc pas inédit, avec de nombreux films familiaux comme En Avant des studios Pixar, le deuxième opus de la saga Jumanji avec Dwayne Johnson et Karen Gillian ou encore Sonic, inspiré du célèbre hérisson bleu des jeux vidéo Sega. Pour ceux qui veulent plus de sensations fortes, trois films d’horreur et de suspense sont en diffusion : The Boy, Nighmare Island et Invisible Man.

A.B.

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