Le centre de détention du Nord va sortir de terre

Le coup d’envoi du chantier du centre de détention semi-ouvert de Koné a été donné, le mercredi 30 octobre, en présence des coutumiers, de la province Nord ainsi que des représentants de l’État. La structure, qui représente un coût de 3,9 milliards de francs, devrait être opérationnelle à l’horizon 2022 et en mesure d’accueillir près de 120 détenus.

«C’ est un projet rempli d’espoir. » Ces mots, prononcés par Brigitte Ernoult-Cabot, la directrice adjointe de l’Administration pénitentiaire, lors d’un geste présenté aux autorités coutumières de la région de Koné, ne concernent pas un projet d’école, mais bien un centre de détention. La directrice adjointe était accompagnée de Muriel Guégan, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de l’outre-mer, Madeleine Matthieu, la directrice de la Protection judiciaire de la jeunesse, ainsi que du haut-commissaire, Laurent Prévost. Un espoir lié à la structure et la réflexion qui a nourri le projet engagé en 2012 avec le rapport Imbert-Quaretta et Desportes qui recommandait l’implantation d’un centre  de détention dans le Nord. Le 11 octobre de la même année, le projet était annoncé à l’occasion du XIe Comité des signataires.

Si les plus hauts représentants étaient présents, c’est que le projet est un peu particulier. Ce centre semi-ouvert aura vocation à accueillir des détenus purgeant des peines supérieures à deux ans et présentant les meilleures chances de réinsertion, après avoir passé une sélection. Le centre semi-ouvert suit le principe de la « porte ouverte », c’est-à-dire que les détenus peuvent circuler au sein du centre. Un petit événement puisqu’il n’en existe qu’une poignée en France. On peut en trouver une à Mauzac, en Haute-Garonne, et une autre à Casabianda, en Haute-Corse. Sa capacité d’accueil sera de 120 détenus uniquement masculins.

« Un centre de détention avec des valeurs »

« Il s’agit d’un centre de détention avec des valeurs sur lesquelles nous avons pu échanger, soulignait encore Brigitte Ernoult-Cabot. Un centre, ce ne sont pas seulement des murs. C’est aussi de la réinsertion et c’est toujours plus facile quand on est à proximité de sa famille, de ses amis ainsi que de ses traditions. » De fait, 30 % de personnes enfermées au Camp-Est sont originaires de la province Nord. L’idée est donc de pouvoir leur permettre de se rapprocher de leurs cellules familiales tout en insistant sur le volet réinsertion. Les détenus devraient se voir proposer un programme d’activités plus fourni qu’à Nouméa, qu’il s’agisse de formations, mais aussi d’activités culturelles et sportives.

Les familles bénéficieront, par ailleurs, de conditions d’accueil soignées. Plusieurs espaces avec des conditions de détention différentes ont été imaginés. Le premier, au « régime contraint », comprendra un quartier d’accueil et d’évaluation des nouveaux arrivants. Le deuxième, l’espace « régime de confiance », permet aux détenus de circuler librement dans l’enceinte du centre. Le dernier, l’espace de « préparation à la sortie et aménagement des peines », donne la possibilité aux prisonniers de se déplacer à l’extérieur du centre. Chacun des espaces aura une capacité de 40 places. Mais une attention toute particulière a été portée à la zone de préparation à la sortie, qui représente près de 50 % de la surface du centre. Elle abritera des salles d’enseignement et servira de centre de formation professionnelle. Le programme de formation sera défini en fonction des besoins identifiés auprès des entreprises de la région. Il est d’ores et déjà envisagé de proposer des formations agricoles, le centre ayant prévu des surfaces dédiées au maraîchage et à l’élevage.

Un poids économique important

En parallèle, un travail a été engagé avec les coutumiers de façon à les impliquer davantage dans la prévention et la réinsertion des détenus. Les sénateurs coutumiers sont, par exemple, déjà visiteurs au Camp-Est, notamment pour les plus jeunes détenus et le plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance avance plusieurs pistes pour les associer encore un peu plus. Un travail qui traduit d’une certaine manière la volonté de lutter contre la surreprésentation de la population kanak au sein de l’établissement pénitentiaire. Plus de 90 % de la population carcérale est d’origine kanak en Nouvelle- Calédonie. Si l’État et les collectivités locales ne mettent pas clairement en place de mesure de discrimination positive, ce type de réflexion vise de manière indirecte à répondre à cette problématique.

Ce projet représente aussi un poids économique non négligeable. Outre le budget de construction de 3,9 milliards de francs, dont au moins une partie devrait revenir aux entrepreneurs locaux (une clause d’insertion a été incluse dans les marchés de réalisation), le centre nécessitera la création d’une centaine d’emplois sur la zone VKP, dont 80 postes de surveillants. Des réunions d’information ont d’ores et déjà été organisées afin d’identifier les personnes désireuses de passer les concours pour intégrer l’Administration pénitentiaire.

M.D.

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