Le BTP est dans le mur

Le secteur du BTP tire la sonnette d’alarme depuis cinq ans. La fédération estime désormais être dans le mur et annonce 1 300 licenciements d’ici le mois de juin. Les acteurs du bâtiment dénoncent les chiffres avancés par le gouvernement et appellent à une véritable prise de conscience.

Quand le BTP va, tout va. La situation serait exactement l’inverse si l’on en croit la Fédération calédonienne du BTP qui tenait une conférence de presse, le lundi 15 avril. Entreprises de construction, architectes et bureaux d’études étaient réunis pour attirer l’attention sur leur situation catastrophique qui se traduira prochainement par une nouvelle vague de licenciements. D’ici le mois de juin, le BTP pourrait perdre 1 300 emplois. Le secteur avait déjà perdu 2 500 emplois en cinq ans. En huit ans, l’emploi dans le BTP sera passé de 9 500 salariés à 5 400.

Les représentants de la FCBTP sont d’autant plus inquiets que les chiffres avancés par le gouvernement, censés les rassurer quant à l’activité pour 2019, sont tout simplement faux. Ils ont ainsi passé trois semaines à éplucher les documents fournis par le gouvernement annonçant un volume de projets de l’ordre de 62 milliards de francs pour cette année. Des annonces reprises dans la propagande de Calédonie ensemble. Les professionnels ont totalisé seulement six milliards de francs de mises en chantier, soit à peine 10 % des montants annoncés. Une estimation qui se veut par ailleurs plutôt optimiste.

« Il faut arrêter de mentir aux gens »

Contrairement aux affirmations du gouvernement qui assurait que les chiffres avaient rassurés les professionnels, ces derniers sont plus qu’inquiets et s’alarment que la commande publique soit au point mort. La plupart des projets mis en avant sont des projets privés et les projets publics peinent à être mis en œuvre. Comme le souligne la FCBTP, les investissements publics inscrits dans les budgets sont très rarement effectués dans leur totalité et, pour certains, reportés d’année en année.

Le BTP redoute donc le pire pour les mois à venir. L’un des indicateurs phare du secteur, la vente de ciment, connaît son pire niveau depuis 20 ans. Elles ont reculé de plus de 15 % par rapport à l’année 2003. Le nombre d’employeurs s’est également réduit, passant de 920 sociétés en septembre 2018 à 885 aujourd’hui. « Il faut arrêter de mentir aux gens et sortir la commande publique le plus vite possible, tonne José Aparisi, le président de la FCBTP. Il y a un gros manque de confiance et la Nouvelle-Calédonie n’avance plus. »

La fédération a ainsi identifié des freins qu’il conviendrait de lever au plus tôt. Des freins administratifs notamment, liés au plan d’urbanisme directeur de Nouméa, des freins économiques dus à la cherté du foncier et à la frilosité des banques qui ont considérablement durci leurs conditions d’accès au crédit pour les promoteurs. La conjoncture est par ailleurs peu porteuse, notamment du fait des multiples échéances électorales, et encourage l’attentisme des Calédoniens ainsi que des investisseurs potentiels. Le dernier frein identifié relève des nombreux recours « abusifs » déposés contre les promotions. Des discussions ont eu lieu avec le gouvernement pour appliquer une ordonnance métropolitaine pour punir ces recours abusifs, mais le gouvernement n’a pas été plus loin sur la question.

Quelques propositions

La saignée en matière d’emplois aura des conséquences, d’autant que selon la FCBTP, elle ne semble pas se traduire par un accroissement du nombre de travailleurs indépendants comme on l’observe généralement. De manière directe, les licenciements se traduiront par une baisse de la consommation qui se répercutera sur les autres secteurs d’activité et en particulier le commerce. De manière indirecte, le système de protection sociale risque d’être fortement secoué. Le financement de la Cafat étant déjà en difficulté, la perte de 1 300 cotisants pourrait amener à prendre des décisions radicales afin de sauver le fonctionnement du système.

De son côté, le BTP attend que les partis politiques mettent de côté leurs divergences afin de sauver ce qui peut encore l’être. Les acteurs ont fait quelques propositions dans ce sens. Ils demandent notamment à ce que les institutions accompagnent les communes pour assurer les financements des infrastructures nécessaires à la construction de logements sociaux. Ils demandent encore au gouvernement de faire aboutir des dossiers dans les cartons depuis trop longtemps comme le contrat de construction de maison individuelle qui est achevé depuis près d’un an et demi. Afin de privilégier les entreprises locales, la FCBTP propose également l’instauration d’une taxe sur les entreprises étrangères intervenant dans le cadre des marchés publics. Elle regrette par exemple que des sociétés étrangères aient été choisies pour dessiner le projet du futur hôtel cinq étoiles de Lifou.

M.D.

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