Le bio ne demande qu’à pousser

Le bio, c’est bon pour l’environnement et notre santé. Ce mode de culture protège aussi le goût de nos aliments qui a tendance à s’effacer avec l’agriculture conventionnelle. Phénomène de mode, mystification… Le bio a autant de supporters que de détracteurs. En Calédonie, depuis quelques années, des associations essayent d’en faire la promotion. La production reste toutefois très en deçà de la demande des consommateurs.

Pour faire simple, l’agriculture biologique est un mode de production qui refuse tout intrant chimique ou d’organisme génétiquement modifié. Les produits issus de ce mode de culture respectent de fait l’environnement et les hommes. Véritable phénomène de mode, le bio a surfé sur la volonté des consommateurs de manger plus sainement et s’est développé très rapidement dans le monde entier. La région Pacifique ne fait pas exception à la règle et de nombreux producteurs chez nos voisins australiens et néo-zélandais se sont lancés dans les cultures « organic ».
En Calédonie, la vague est arrivée quelques années plus tard. Créée en 2009, Biocaledonia est la toute première association à se pencher spécifiquement sur la question du bio. Son objectif, à l’époque, était d’instaurer le label de qualité Bio Pasifika, un signe de qualité dont le cahier des charges est le même dans l’ensemble des pays du Pacifique, afin de valoriser la production vis-à-vis des productions conventionnelles et raisonnées. « Les premières certifications datent de 2011 », rappelle Hélène Moquet, la directrice de l’association. Malgré ses quatre ans d’existence, la directrice reconnaît que le logo manque encore de notoriété auprès du grand public.

Une production qui peine à se développer

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce déficit d’image, à commencer par la faiblesse de la production, estime Hélène Moquet. En 2013, les producteurs de l’association ont mis sur le marché 95 tonnes et ont atteint la barre des 100 tonnes en 2014 (chiffres toutes productions confondues. Biocaledonia regroupe quatre ateliers : production végétale, production animale, produits transformés, apiculture et produits dérivés). Une goutte d’eau dans l’océan de la production calédonienne. Uniquement pour les fruits et légumes, la production représentait plus de 20 000 tonnes pour l’année 2014.

Un gros travail reste encore à mener sur cette question des volumes, un objectif partagé par le groupement des agriculteurs biologiques de Nouvelle-Calédonie (GABNC). Selon Laurent Kojfer, animateur du groupement né en 2014, une dynamique semble toutefois se mettre en place.

Les chiffres de l’association Biocaledonia confortent cette idée. En 2009, l’association comptait 19 producteurs certifiés dans ses rangs. Fin 2014, ils étaient 66 et ils étaient plus de 77 en 2015. Reste une problématique à régler et à laquelle tout le monde est confronté : l’approvisionnement en semences (lire par ailleurs). L’équation est simple, sans semence, pas de production. Les associations ont engagé un important travail sur cette question et en l’espace de deux ans, deux banques de semences ont été créées, celle du GABNC ainsi que celle de l’association Malé’va (la maison de la semence n’est pas une banque à proprement parler mais une sorte de groupement d’échange de semences pour jardiniers passionnés).

Un besoin de soutien

Augmenter la production permettrait de satisfaire une demande qui ne cesse de croître. Pour recevoir un panier de légumes bio, il faut s’armer de patience. On peut rester sur liste d’attente pendant près de six mois. La demande est bien là et certains distributeurs, en dehors des magasins spécialisés tel que Biomonde, l’ont bien compris. La chaîne des grandes surfaces Simply Market a notamment sollicité l’association Biocaledonia afin de distribuer les produits labellisés.

Ce décalage entre offre et demande aiguise bien des appétits et il n’est pas rare de voir des utilisations frauduleuses du bio. Cela a notamment été le cas d’un café « bio » commercialisé récemment. Le torréfacteur utilisait frauduleusement un label australien et son café était surtout traité chimiquement… Biocaledonia s’est rapproché de la DAE, Direction des affaires économiques, de façon à ce que les inspecteurs puissent débusquer plus facilement les fraudeurs.

De manière plus générale, il n’existe toutefois aucune réglementation sur le bio. L’utilisation frauduleuse relève donc uniquement de la tromperie sur la marchandise. En France et en Europe, une réglementation a été mise en place afin de définir légalement ce qu’est le bio avec les sanctions en cas de tromperie. Mais avant de définir les contours de cette pratique, les institutions devraient peut-être inciter davantage les agriculteurs à se mettre au bio, pourquoi pas au travers d’incitations fiscales permettant par exemple de compenser les surcoûts liés à une main-d’œuvre plus importante.

M.D.

Pour plus de renseignements et savoir où acheter des produits bio, rendez-vous sur les sites Internet de l’association Biocaledonia (www. biocaledonia.nc et du GAB NC (http://gabnc.blogspot. com/). Vous pouvez également suivre la page Facebook des Amap en Nouvelle-Calédonie (https://www. facebook.com/amapnouvellecaledonia.nc/?fref=ts).

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Un label participatif

Pour la Calédonie, c’est le label Bio Pasifika qui s’applique, un label porté par The Pacific Organic and Ethical Trade Community (POETcom) qui gère le cahier des charges et assure la coordination entre les différents territoires concernés par le bio. Ce signe de qualité, qui a vocation à valoriser les produits, se retrouve en concurrence avec de nombreux labels créés récemment pour valoriser les autres modes de production (agriculture intégrée, agriculture responsable, qualité supérieure, certifié authentique et le dernier-né, pêche responsable). Autant de labels qui ne simplifient pas forcément la lisibilité pour le consommateur.

Le label Bio Pasifika est particulier dans le sens où ce n’est pas un bureau de certification qui inspecte les installations mais les membres eux-mêmes de l’association. Autrement dit, ce sont les membres de l’association qui après formation, s’occupent des certifications. Cela ne signifie pas pour autant que le certifié se certifie lui-même, bien au contraire.

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Un groupement des producteurs

Depuis octobre 2014, le GABNC regroupe les producteurs bio. Il s’agit en réalité d’un syndicat professionnel né d’un besoin des producteurs en conseils et autres partages pour produire mieux. Le GAB regroupe aujourd’hui 13 agriculteurs professionnels mais a également deux autres collèges en son sein, un de 23 personnes qui sont agriculteurs à titre secondaire ou jardiniers amateurs et un autre de sympathisants (7 personnes). Le groupement organise des journées de rencontres de l’agriculture biologique. L’idée est de se regrouper chez un producteur et d’aborder un thème particulier. Ces journées touchent principalement le grand public et le GAB cherche à mettre en place des journées similaires mais pour les professionnels de manière à ce qu’ils puissent visiter les exploitations de leurs confrères et d’aborder des thématiques précises. Il existe également d’autres groupements dans les îles, Bio D’Zyl à Lifou, Bionode à Maré et Bio Iaaï à Ouvéa.

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