L’audit de la décolonisation met tout le monde d’accord

Après trois référendums soldés par la victoire du Non, l’État va organiser un audit de la décolonisation dans le cadre des discussions sur l’avenir institutionnel du territoire. Les différentes sensibilités politiques saluent la démarche.

Les différents groupes politiques ont définitivement acté son cahier des charges, vendredi dernier. Après un appel d’offres du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, un cabinet privé devrait démarrer l’audit de la décolonisation. L’idée figurait dans la déclaration réalisée à la fin des échanges sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie à Paris, en juin 2021. Les participants s’étaient accordés pour réaliser un audit prévu par le comité des signataires du 2 novembre 2017 et dont les grandes lignes avaient été validées en 2019.

Le FLNKS réclamait depuis plusieurs années un tel audit, mais souhaitait que l’Organisation des Nations unies (ONU) s’en charge. Ne relevant pas des prérogatives de l’ONU, il sera finalement confié à un grand cabinet international et extérieur à la Nouvelle-Calédonie pour assurer, selon l’État, la « neutralité » du procédé. « L’audit va consister à faire un point de situation sur les avancées de la Nouvelle- Calédonie au regard des grands textes des Nations unies en matière de décolonisation (…) après 30 ans de dialogue politique et de passage par différents statuts », a déclaré à l’AFP Rémi Bastille, secrétaire général du haut-commissariat.

Plusieurs critères seront examinés : l’accès aux responsabilités des populations locales, l’accompagnement vers l’indépendance, les inégalités sociales et économiques ou l’immigration. Le cabinet d’audit proposera sa propre méthode de travail. Un nouveau bilan de l’Accord de Nouméa (1998) est également au programme. Deux rapports similaires ont été rédigés en 2011 et 2018. Le prochain devra être plus « critique », indique le haut- commissariat de la République, alors que l’Accord arrive à son terme. Il sera orienté sur l’efficacité des politiques publiques menées depuis une vingtaine d’années.

Unanimité

Des deux côtés de l’échiquier politique, indépendantistes et loyalistes saluent la démarche. « Nous exploiterons ces documents pour discuter avec l’État, assure Aloisio Sako, président du Rassemblement démocratique océanien (RDO) à l’animation du FLNKS. Il s’agissait d’un processus d’émancipation et de décolonisation pour que les Calédoniens soient de plus en plus responsables. Il est bon de vérifier où nous en sommes, de savoir ce qui a été réalisé et ce qui ne l’a pas été. »

L’UNI, absente à la session parisienne l’année dernière, a participé à la validation du cahier des charges. La formation espère en tirer une nouvelle « grille de lecture » des accords passés et du processus à travers les critères de l’ONU. « La présence des différents groupes politiques permet de garantir l’élaboration des travaux, explique Boris Ajapuhnya, son représentant sur le sujet. La question n’est pas de savoir si l’État a fait le job, mais si le pays est capable de se gérer lui-même. » Les indépendantistes n’en doutent pas.

Si les non-indépendantistes n’étaient pas à la manœuvre au départ, la confédération loyaliste Ensemble, qui représente la majorité présidentielle en Nouvelle-Calédonie, s’en satisfait aussi. « Ce n’est pas inintéressant, cela va permettre de faire un bilan à la fois de l’Accord et de la décolonisation, assure Philippe Michel, le président du groupe Calédonie ensemble au Congrès. Il va confirmer que la décolonisation est actée, mais qu’il reste des progrès à faire. » Gil Brial, porte-parole du groupe Les Loyalistes au Congrès, se réjouit que l’audit « reste factuel ». « Il prend en compte la doctrine [de l’ONU], en regardant si les Calédoniens ont choisi librement leur avenir, sans contrainte, de manière éclairée et sans utilisation de la force. »

L’organisation de l’audit et du bilan de l’Accord de Nouméa font maintenant l’unanimité. Chacun aura ensuite sa propre analyse des conclusions attendues en fin d’année et en février 2023. Quoi qu’il en ressorte, une chose est sûre : les résultats serviront aux deux sensibilités et nourriront les discussions sur l’avenir institutionnel. Qu’elles soient bilatérales ou à trois.

Brice Bacquet

Photo : Le dernier référendum, le 12 décembre 2021, avait été marqué la non-participation des indépendantistes /

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