L’air nuit à la santé de certains Nouméens

L’association de surveillance de la qualité de l’air, Scal’air, vient de publier deux études concernant le quartier de la Vallée-du-Tir. Elles mettent en exergue des résultats inquiétants et confirment deux autres études, menées par des experts métropolitains en 2012. Les conclusions montraient que les pollutions avaient un réel impact sur la santé des Nouméens. Depuis, il ne s’est pas passé grand-chose.

Scal’air vient de publier deux études sur la qualité de l’air. La première a été réalisée à la suite de plaintes du personnel enseignant et d’usagers de l’école Griscelli, à la Vallée-du-Tir. La seconde concerne le suivi du trafic le long de la voie de dégagement Ouest. Les deux études ont été conduites à un an d’intervalle et mettent en évidence la répétition d’épisodes de pollution dans le quartier de la Vallée-du-Tir qui, face à l’usine SLN de Doniambo, accueille près de 2 500 personnes.

Scal’air a notamment mesuré des dépassements réglementaires pour trois polluants : le dioxyde de soufre, les poussières fines PM10 et le nickel. Les conclusions sont formelles : pour l’école Griscelli, les pollutions sont essentiellement d’origine industrielle. Celles provenant du trafic routier se retrouvent majoritairement le long de la VDO mais aussi, selon l’association, potentiellement au niveau des habitations, ainsi que des équipement sportifs ou sociaux à proximité.

Scal’air souligne encore que les dépassements observés de dioxyde de soufre peuvent trouver des solutions avec le changement de technologie de la centrale électrique, vieillissante et polluante. Le projet de centrale C a cependant pris beaucoup de retard et la centrale B risque donc d’être encore debout pour quelques années. Pour les experts, c’est surtout le niveau d’empoussièrement qui est inquiétant. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les liens entre exposition à des concentrations élevées en particules fines et taux de mortalité et morbidité de la population sont avérés et quantitativement proportionnels. Toujours selon l’OMS, l’exposition aux particules fines, même à de faibles concentrations a une incidence sanitaire, comme le rapporte Scal’air.

Une démonstration faite il y a huit ans

Le problème n’est pas nouveau et les élus sont parfaitement informés de la situation depuis des années. Pour mémoire, une étude de panels avait été réalisée sur les écoliers de CM1 et CM2 ainsi qu’une autre, plus générale sur l’impact sanitaire lié à la qualité de l’air dans les différents quartiers de Nouméa. La première, réalisée en 2012, montre les effets à court terme de la pollution sur les enfants. Les conclusions étaient sans appel. Les polluants aggravent les symptômes touchant les yeux et la sphère ORL et respiratoire. Pour les auteurs de cette étude, les conclusions montraient l’importance de réaliser l’autre étude.

Les résultats de l’étude sur la santé en relation avec la qualité de l’air à Nouméa (écologique géographique) vont dans le même sens et mettent en évidence un lien au seuil de la significativité entre les PM10 et la mortalité pour l’ensemble des causes respiratoires. Ce lien est significatif pour la hausse des hospitalisations pour l’ensemble des causes cardiovasculaires dans les quartiers défavorisés.

« Légers excès de mortalité »

Si les experts soulignent le besoin de mener des études complémentaires pour consolider les résultats, ils concluent toutefois que « les différences de concentration en polluants, en particulier en PM10 (particules fines NDLR), entre les quartiers de l’agglomération de Nouméa pourraient expliquer des différences constatées pour certains indicateurs sanitaires. En effet, de légers excès de mortalité et d’hospitalisation pour certaines causes, notamment cardiovasculaires, sont mis en avant dans les quartiers les plus pollués, et ce, malgré des teneurs inférieures aux seuils réglementaires européens ».

En près de dix ans, aucune étude complémentaire n’a pour autant été demandée par les autorités locales. Une loi sur la qualité de l’air a toutefois été adoptée en 2017. Elle imposait notamment aux métallurgistes un meilleur suivi de la qualité de l’air dans le périmètre d’influence de leurs sites industriels. Un arrêté est bien passé pour Vale NC, en juillet 2019, mais l’arrêté général a simplement été soumis à la consultation, en janvier dernier, sans qu’aucun texte ne soit ensuite adopté. Pire, la province Sud, qui avait adopté une délibération en 2014 visant à imposer une mise aux normes des équipements pour les producteurs d’énergie et notamment les centrales thermiques de Doniambo et de Prony Energies, envisage de reporter l’échéance de l’obligation des travaux. La nouvelle délibération pourrait ainsi permettre la poursuite de l’exploitation de la centrale de Doniambo dans l’état pendant encore cinq ans. Idem du côté du trafic routier, aucune amélioration n’est à prévoir à court ou moyen terme. Les habitants de Nouméa devraient donc continuer de tousser encore un peu.

Les deux études réalisées en 2012 sont consultables dans leur intégralité sur le site de Scal’air, de même que l’ensemble des études sur la qualité de l’air réalisées par l’association, (www.scalair.nc)

M.D.

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