La sylviculture, une filière d’avenir ?

Pour Sud reboisement, la question ne se pose pas. La société créée en 2010 est aujourd’hui à un tournant après avoir ouvert son capital à Promosud. L’importante capacité de ses serres de la société du Sud et ses nouvelles méthodes de travail visent à tirer l’ensemble de la production vers le haut. Et les élus y croient aussi puisqu’il y a un mois à peine, Sud reboisement a reçu le prix 2015 des entreprises publiques.

L’ exploitation massive du bois pendant la période coloniale et pénale pèse encore lourdement sur les forêts calédoniennes. Au point qu’aujourd’hui, elle soit totalement proscrite dans le peu de forêts naturelles qu’il reste. Peu à peu, les scieries ont fermé sans pour autant que les besoins en bois ne diminuent – il en reste deux aujourd’hui, une à Netchaot, à proximité de Koné, et l’autre à Sarraméa, au col d’Amieu. Ces dernières années, la production de bois local permettait à peine de couvrir 25 % des besoins.

Mais si une certaine volonté est affichée par les élus depuis trois à quatre ans, le chemin sera encore long d’ici la création d’une véritable filière qui emploie environ 300 personnes pour le moment. Le bois compte toutefois des promoteurs motivés dont certains se sont notamment regroupés dans une grappe d’entreprises Bois et développement. Pour monter une filière, une chose est également indispensable : la matière première. C’est précisément ce sur quoi Sud reboisement a choisi de se concentrer.

En 2009, « les vieux de la SAS Goromines nous ont demandé de travailler sur le projet », se souvient Siléva Mapou, le directeur de la structure créée en 2010. C’est ce que le jeune homme fait non sans mal. Car monter une entreprise comprenant six serres de capacité maximum de près 80 000 plants chacune n’a pas été une mince affaire.

De simple entreprise sous-traitante de Vale pour revégétaliser les sites miniers dégradés, la société s’est servie du pacte pour le développement durable et du budget de 2,4 milliards de francs dédié à la sylviculture comme tremplin. Personne n’y croyait véritablement, ce qui n’a finalement pas empêché le projet d’aboutir. C’est d’ailleurs ce volet sylviculture et réhabilitation qui est au cœur des tensions actuelles entre l’industriel et Rhéébù nùù. Si Sud reboisement est une société privée ayant vocation à produire des plants pour le reboisement et la réhabilitation de sites dégradés, pour Siléva Mapou elle est avant tout un prolongement du combat du comité pour la mise en place du code minier.

Mais ce que vise Sud reboisement, ce n’est pas simplement le reboisement prévu par le pacte, aussi important soit-il. La société entend bien répondre à une partie des besoins du programme de reboisement de la province Sud, porté par la société d’économie mixte Sud Forêt. Pour y parvenir, c’est un changement complet de paradigme qui a dû être opéré au sein de la structure. Trois ans et demi d’instruction, une double défiscalisation et un important programme d’investissements, doivent faire passer l’entreprise du petit artisanat à la production industrielle.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’ici 2016, Sud reboisement espère pouvoir sortir annuellement près de 500 000 plants de ses serres. Mais plus que de la quantité, ce que cherche l’équipe installée aux abords du lac de Yaté, c’est la qualité. Un plant de mauvaise qualité meurt prématurément et rend inopérant le reboisement. L’idée est donc d’atteindre un taux de perte compris entre 0 et 5 %.

La pépinière s’est donné les moyens de ses ambitions en s’attachant les services d’experts canadiens de la société Forchemex du groupe Roche, mondialement reconnue pour son expertise. Les ingénieurs ont notamment accompagné toute la phase de montage du projet et de dimensionnement. Un dimensionnement relativement modeste d’ailleurs, en comparaison des pépinières canadiennes qui produisent rarement moins d’un million de plants. Mais à la différence du Canada, les Calédoniens doivent travailler sur différentes essences qui présentent l’inconvénient de ne pas être parfaitement connues. Il y a donc une phase importante de recherche et développement en cours et qui durera de 5 à 10 ans, de façon à constituer une base de données sur les essences mais aussi sur les substrats. Un chantier qui demandera probablement des synergies entre les différents acteurs et notamment de la recherche comme l’IAC* ou l’IRD*, mais aussi Sud forêt.

Ces synergies seront également à trouver entre les pépiniéristes eux-mêmes. Certains redoutent que Sud reboisement n’écrase toute concurrence, mais « notre but n’est pas de casser le marché », insiste Siléva Mapou, qui met en avant les besoins considérables de plants. Entre les besoins liés au pacte et ceux du programme de Sud forêt, près d’un million de pieds seront nécessaires chaque année (environ 500 000 chacun). « Ce que nous voulons, c’est construire notre pays et montrer que l’on peut faire autre chose que la mine. Si quelqu’un veut reproduire ce que nous faisons, nous lui disons « venez voir, on va vous aider » », explique encore le directeur de la société du Sud qui précise que son équipe travaille toujours sur le volet « produire un bon plant. » Si les serres abritent près de 350 000 plantules qui seront prêts l’année prochaine, ce sont des tests qui permettront d’en apprendre davantage et de former l’équipe, ce qui est une autre des missions des Canadiens.

« On a longtemps pris la sylviculture pour un passe-temps, comme si ce n’était pas vraiment un métier à part entière », note Siléva Mapou. À voir le nombre de CV que l’entreprise a reçus en huit mois, il semblerait que les choses aient changé. Les 30 à 40 curriculums sur le bureau du directeur lui font dire que si les jeunes vont à la mine, c’est qu’il n’y a rien d’autre à faire. Cette ressource nouvelle ouvrira demain de nouvelles perspectives, dans la production de papier par exemple, ou encore la cosmétologie mais aussi le bois d’œuvre.

 

 

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