La marge de manœuvre chiffrée à 8,745 milliards de francs au budget supplémentaire 2026 a rallumé le débat sur les choix de la province Sud dans le domaine de l’aide sociale.
Pour les uns, les comptes traduisent « un décalage avec la réalité ». Pour les autres, une « gestion rigoureuse ». L’exécutif de la province Sud a présenté, vendredi 24 avril, un résultat de clôture positif de 9,591 milliards de francs tiré du compte administratif 2025. Somme de laquelle 847,4 millions sont ôtés pour financer l’équilibre des reports de crédits. « La collectivité dispose donc d’une enveloppe de fonds libres de 8,745 milliards qui constitue sa principale marge de manœuvre pour équilibrer le budget supplémentaire », a écrit l’institution.
Le budget 2026 est porté à 57,5 milliards. Le fonds de roulement, c’est- à-dire le capital disponible, est « rehaussé ». Avec un ajout de 3,29 milliards, le soutien à l’investissement et au tissu économique local atteint 13,7 milliards, « un haut niveau » dans le but de « maintenir une dynamique », se félicite l’exécutif.
Applaudie par l’hémicycle – seul le groupe Calédonie ensemble s’est abstenu lors du vote –, cette comptabilité surprend toutefois par son ampleur. Parce que, dans un contexte financier qualifié de catastrophique au lendemain des émeutes de mai 2024, une série de restrictions d’ordre social a été adoptée : suppression de l’allocation de rentrée scolaire, réforme de l’aide médicale gratuite, instauration d’un ticket de bus unique à 500 francs…
L’élu, désormais ex-CE, Philippe Dunoyer a pointé la semaine passée « une décorrélation » entre les réalités de familles et l’action publique. « Il y a un décrochage ». Vaimu’a Muliava, de l’Éveil océanien, a souligné que ces fonds ont manqué à des foyers ces derniers temps. Les associations caritatives sont confrontées à une augmentation de la pauvreté dans le Grand Nouméa.
« PAS DE VISIBILITÉ SUR CINQ ANS »
« L’argent de l’État [à travers le prêt garanti] est arrivé tardivement en 2025 », a justifié la présidente de la province, Sonia Backès, qui a relevé une « difficulté : à chaque fois, nous avons des recettes exceptionnelles, nous n’avons donc pas la visibilité sur cinq ans ». Ce qui handicaperait la mise en place de « dispositifs pérennes ».
La cheffe de file des Loyalistes promeut, en revanche, ses programmes SudPro, Sud Jeunes, SudSécurité… qui peuvent apparaître trop larges et superficiels. Lundi 27 avril, SudSolidarité était dévoilé, une aide de 6 000 francs par enfant, de la crèche à la terminale, sans condition de ressources. Une initiative inscrite dans le cadre de la solidarité républicaine, financée par l’État.
Ce débat autour de l’adoption du budget supplémentaire de la province Sud pour l’exercice 2026 fait émerger au moins deux réflexions. Il ne s’agit pas tout d’abord de critiquer la gestion comptable de l’institution : la preuve, les résultats financiers sont positifs. Mais il est davantage question de choix. Des élus provinciaux se sont étonnés, par exemple, de l’acquisition pour 450 millions de francs des locaux de la pépinière d’entreprises Centre Sud appartenant à la SAEM Promosud. Ces mêmes personnalités se sont interrogées de façon légitime sur le degré d’urgence de l’opération, tout en soulignant qu’en période de crise, l’arbitrage aurait sans doute pu être effectué différemment.
Ces échanges sur les orientations de la Maison bleue ouvrent enfin toute une thématique qui sera abordée à coup sûr lors de la campagne des élections provinciales : quel niveau d’intervention dans le champ social ? Après les événements violents de 2024, des leaders politiques plaidaient la fin de l’assistanat. D’autres y ont décelé une politique de représailles. Beaucoup s’inquiètent aujourd’hui de voir des familles plonger dans la faim.
Yann Mainguet
PRIORITÉ À LA RÉUSSITE SCOLAIRE
« Face à la dégradation des résultats scolaires et aux retards langagiers dès la maternelle, révélateurs d’une crise à la fois sociale, éducative et sanitaire, la collectivité propose une réponse globale et coordonnée avec le projet Bien dans mon école », a noté la province Sud.
Placé sur 23 écoles prioritaires, ce programme s’intéressera aux activités périscolaires, aux ateliers de remédiation, aux projets culturels et sportifs, mais aussi à l’accompagnement pédagogique, à la santé ou encore à l’implication des familles. Sonia Backès a annoncé le déploiement de 33 éducateurs, orthophonistes, médecins, dentistes, enseignants supplémentaires pour permettre aux enfants « d’avoir les meilleures conditions d’apprentissage ». Et ce, avec le soutien financier de l’État.
Selon Nina Julié, de Générations NC, « il faut sanctionner les parents s’ils ne respectent pas leurs devoirs ». Cette phrase a véritablement irrité Vaimu’a Muliava, de l’Éveil océanien. « Va-t-on faire un centre de redressement pour les parents ? Il faut être sérieux ! Les questions doivent être posées différemment. »

