La sûreté maritime de nos États

Confrontées à des défis communs dans leur espace partagé de près de 2 millions de km2, la France, l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont réunies jusqu’à ce vendredi 23 octobre à la CPS en séminaire interministériel. Il s’agit de trouver des façons de mieux coopérer sur la défense des richesses et la protection des citoyens. Dr Virginie Saliou, conseiller pour la sécurité des espaces maritimes auprès de l’amiral Charles-Henri du Ché, coordonnateur pour le ministère de la Défense en matière de sûreté maritime, nous a fait part des objectifs et des enjeux.

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DNC : L’organisation d’un tel séminaire, imaginé il y a deux ans, est une première pour nos pays. Quel est l’objectif visé ?

Virginie Saliou : Le séminaire a pour fonction de nous faire mieux nous connaître et puis surtout d’améliorer la connaissance et la surveillance des espaces maritimes. Il s’agit de partager ensemble une vision des risques et des menaces et de trouver ensemble des moyens pour y faire face. Ça nous semble très difficile de faire autrement que de coopérer compte tenu des moyens, des ressources et de l’immensité de ce territoire. Nous avons en France une stratégie nationale qui doit bientôt sortir sur la sûreté des espaces maritimes et le constat a été le suivant : le Pacifique Sud est finalement très peu connu. Il reste encore beaucoup à découvrir et nos voisins sont des alliés.

DNC : Quels sont justement les risques et menaces auxquels nous sommes confrontés dans le Pacifique Sud ?

Virginie Saliou : Ils sont à la fois méconnus et très nombreux. Méconnus parce que l’espace est immense et que l’on n’a pas de surveillance partout. Ce que l’on sait, c’est qu’il existe des trafics de drogue qui traversent l’ensemble du Pacifique, de la pêche illicite, de l’exploitation illicite des ressources marines et sous-marines, dans la colonne d’eau, les grands fonds. Il existe aussi potentiellement des menaces en termes de terrorisme. Même si on est dans des endroits qui sont peut-être moins ciblés que d’autres parce que moins médiatiquement exposés, cela ne veut pas dire, compte tenu de l’explosion du croisiérisme, qu’il n’y a pas de risques à prendre en compte et au moins à anticiper.

DNC : Ce séminaire a l’originalité d’associer des intervenants privés, industriels ou du monde de la recherche. Qu’attendez-vous de leur part ?

Virginie Saliou : Les partenaires privés sont un atout. Ils sont à la source d’innovations technologiques qui sont extrêmement importantes pour la surveillance des espaces maritimes. Je pense aussi au monde de la recherche qui a des savoirs extrêmement utiles également, une connaissance du milieu qu’il convient de partager, car malheureusement, on se rend compte que les secteurs sont souvent trop cloisonnés. Nous avons aussi intégré les savoirs locaux qui nous semblent extrêmement importants pour ne pas imaginer depuis Paris des solutions qui n’auraient rien à voir avec le terrain.

DNC : On note la présence d’Airbus Defense and Space ou encore de Hawker Pacific. Vous souhaitez trouver de nouveaux outils de surveillance, de partage d’information ?

Virginie Saliou : Il faut savoir que nous sommes des voisins dans cette zone et des voisins avec souvent des moyens contraints. Nous cherchons donc aujourd’hui à développer des partenariats avec le secteur privé pour améliorer et optimiser l’utilisation de nos moyens et notamment, effectivement, par l’amélioration de la surveillance satellitaire et du partage de l’information.

Notre objectif en tant qu’étatiques ne va pas être de présenter ces solutions. Nous comptons sur les industriels pour faire le lien entre les sujets que nous allons exposer et les solutions qu’ils ont à nous proposer. Je pense à des drones longue distance qui peuvent, par exemple, suppléer à des interventions humaines, à des réseaux sécurisés qui permettent de communiquer entre États ou à des outils qui détectent des comportements suspects en mer qui peuvent aussi être extrêmement intéressants.

Propos recueillis par C.M 

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La protection des ressources maritimes, une des priorités

Dans des territoires comme l’Australie ou la Nouvelle-Calédonie où les richesses maritimes sont exceptionnelles, tout le monde s’accorde à dire que le risque d’atteinte à l’environnement et d’atteinte à nos ressources maritimes est un enjeu primordial. Sans compter qu’il y a un potentiel important de richesses dans les fonds sous-marins et donc un risque d’un pillage illégal ou incontrôlé de ces richesses.

« Ce séminaire doit aborder les questions environnementales par le biais de la conciliation entre les richesses exceptionnelles et le développement économique ou l’exploitation nécessaire des ressources de l’espace maritime », a commenté le haut-commissaire Vincent Bouvier. La même logique de protection et de conciliation qui pourrait, dit-il, aussi alimenter les débats qui se tiendront dans le cadre de la COP21 en fin
d’année ou du Sommet Océanie.

Le président du gouvernement, Philippe Germain, s’est aussi attardé dans son discours sur les questions environnementales, soulignant « l’extrême vigilance du gouvernement » sur les ressources marines bordant la Nouvelle-Calédonie. « Aujourd’hui, aucune phase d’exploration, ni a fortiori d’exploitation du plateau continental, n’est à l’ordre du jour », a-t-il déclaré ajoutant que toute demande de campagne de recherche marine et sous-marine était examinée avec attention. Il a rappelé que notre pêche était « particulièrement restrictive » et que la réglementation, déjà exigeante pour les entrées et les sorties de navires étrangers en transit dans nos eaux, serait renforcée. Philippe Germain a annoncé la réalisation d’un atlas des risques maritimes par les services publics avec le concours de la marine nationale qui permettra notamment d’ajuster la loi aux besoins concrets du terrain.

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