La société civile, moteur dans la nouvelle stratégie sanitaire

Vendredi dernier, à la Communauté du Pacifique et à l’initiative de la société civile, les premières assises du Covid ont réuni le corps médical, les partenaires sociaux, des représentants des services publics et politiques. Des recommandations ont été faites pour anticiper l’introduction du variant Delta et maîtriser ses conséquences.

« Tout le monde dans cette salle sera en contact avec le variant Delta. » Cette phrase prononcée en introduction par le  Dr Thierry de Greslan, président de la commission médicale du CHT, résume à elle seule ce qui se joue en Nouvelle-Calédonie. Le territoire, qui a bénéficié d’un statut enviable ces derniers mois, doit impérativement se préparer à l’arrivée du variant Delta auquel aucun sas sanitaire ne pourrait résister. L’inquiétude était d’ailleurs prégnante au sein de l’hémicycle de la CPS, chacun ayant à l’esprit la situation catastrophique vécue en Polynésie française. Et les similitudes entre nos territoires : un manque de moyens humains, une population fragile et faiblement vaccinée.

Modélisations

Les assises ont donné lieu à une restitution des travaux menés ces dernières semaines par les différents acteurs du monde médical et économique. Avec d’abord un état des lieux. En raison d’une période d’incubation plus courte ou d’une brèche dans le sas, il a été démontré pourquoi les chances étaient grandes de voir le Covid arriver. Les modélisations épidémiologiques ont ensuite montré, par exemple, qu’un Calédonien sur trois de 80-90 ans risquait l’hospitalisation en cas d’introduction. Et qu’un contaminé sur 10 à cet âge mourrait. Il a été confirmé que le vaccin Pfizer diminuait à 94 % les formes sévères et à 50 % les risques d’infection.

Avec un taux de vaccination de 30 %, l’hôpital serait saturé en un à deux mois. Une vaccination à 50 ou 70 % nous éviterait cet écueil. Globalement, l’hôpital est capable de proposer 49 places en réanimation, mais cela impliquerait 144 infirmiers qualifiés contre moins d’une trentaine actuellement.

Les représentants ont aussi rappelé le coût des mesures prises jusqu’ici : 34 milliards en 2020 pour le confinement strict, 28 milliards pour la fermeture des frontières. Par ailleurs, 900 postes ont été perdus dans le privé et les entreprises sont en situation de survie. Les finances publiques sont à la peine… Le territoire « ne survivrait pas » à un troisième confinement.

Préconisations

Les participants ont ensuite posé un certain nombre de recommandations. Ils préconisent l’obligation vaccinale, soutenue par une écrasante majorité de médecins, avec un ordre de priorité débutant par les personnes âgées et vulnérables, l’ouverture des centres de vaccination sept jours sur sept. Ils réclament une mobilisation immédiate des infirmiers, pharmaciens, vétérinaires et de la réserve sanitaire ; la communication quotidienne du taux de vaccination par rapport à l’objectif à atteindre, l’élargissement de la gamme de vaccins et l’autorisation de la vaccination en troisième dose. L’objectif est de monter à 60 % de vaccinés en un mois sur la population éligible, soit autant que ce qui a été fait depuis janvier à raison de 2 000 doses par jour contre environ 600 aujourd’hui. Il resterait 150 000 personnes à vacciner sur 231 000 et l’idée serait de le faire en quatre mois.

Pour préparer le contrôle épidémique, il faut également pouvoir augmenter les capacités de diagnostic de 800 à 3 000 tests PCR par jour, alors que les moyens sont très limités en la matière.

Il est par ailleurs proposé d’utiliser les capacités hôtelières pour isoler les cas contact ou peu malades et pour procéder à des recrutements massifs de personnel, notamment des infirmiers en réanimation.

Les partenaires réclament, enfin, la mise en œuvre d’un pass sanitaire généralisé d’ici un mois avec la délivrance d’un QR code au moment de la vaccination ou encore la création d’un groupe de travail pour modifier le droit du travail, notamment sur la responsabilité des entreprises en cas de contamination, et un autre pour établir de nouveaux protocoles dans les écoles. Les mesures contraignantes n’entreraient en application qu’en cas d’épidémie. « C’est à ce prix uniquement que nous serons prêts à faire face à l’épidémie », a souligné la présidente du Medef, Mimsy Daly.


Agir contre les « fake news »

Le Dr Joël Kamblock, représentant du collectif médical Calédonie Covid-19, s’est exprimé sur la désinformation. « La fake news se propage six fois plus vite que la vérité », a-t-il observé et la majorité subit son inaction en la matière, face à une minorité très bruyante. La désinformation trouve son terreau dans la défiance envers les institutions, le sentiment d’incertitude face à l’avenir. On y trouve « l’omniprésence de thématiques conspirationnistes, anti- vaccinales, souvent racistes. » Et selon lui, il ne faut pas sous-estimer cette menace pour la campagne vaccinale. Il préconise un gros travail de communication et appelle les ordres des médecins et pharmaciens « à prendre activement leurs responsabilités » pour faire respecter les codes déontologiques.


La population divisée sur la vaccination

Lors des assises du Covid, l’institut Quid Novi a présenté un sondage sur la perception de la population concernant la crise sanitaire et sa gestion. Une étude menée au mois d’août dans le Grand Nouméa sur un échantillon de 405 personnes avec la représentativité que cela implique.

Il ressort que 88 % des personnes jugent indispensables ou très importantes les mesures à l’entrée du territoire. 34 % sont favorables à la règle des motifs impérieux appliquée actuellement, 45 % sont en faveur d’une réouverture partielle de l’aérien. 69 % pensent que le système actuel des motifs impérieux n’est pas équitable et qu’il y a des passe-droits.

L’introduction du virus serait catastrophique, selon 64 % des gens. Ceux qui sont contre la vaccination sont les moins formels à ce sujet.

Le vaccin Pfizer emporte 50 % d’opinion favorable, contre 33 % pour les vaccins classiques. Les traitements précoces comme l’ivermectine ou l’hydroxychloroquine, 24 %. Chez les non-vaccinés, le vaccin Pfizer n’inspire pas confiance. Mais si un vaccin classique était proposé, 20 % d’entre eux pourraient potentiellement changer d’avis. La part des vaccinés est supérieure chez les retraités, CSP+, habitants de Nouméa Sud et Européens ; inférieure chez les employés, ouvriers, étudiants, chômeurs et Mélanésiens.

La population interrogée est totalement partagée sur la vaccination obligatoire : 51 % y sont favorables et 45 % opposés. Les personnes interrogées sont à majorité contre la vaccination des enfants de moins de 12 ans (60 à 70 %) et favorables à environ 60 % pour les plus de 12 ans.

C.M.

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