La sécurité, thème central de campagne, vue sous différents prismes

Les uns penchent pour la répression, les autres insistent sur la prévention. Photo Theo Rouby / AFP

En lien direct avec le quotidien des habitants et le rôle du maire, garant de l’ordre public local, la sécurité s’impose comme un enjeu majeur du scrutin municipal, encore plus prégnant dans l’agglomération depuis les émeutes de 2024. Longtemps porté par les loyalistes, le thème est abordé par des centristes et des indépendantistes, sous un biais différent.

« Sans sécurité, il ne peut y avoir de perspective de vie dans la commune », affirme Nina Julié, candidate Générations, soutenue par Les Loyalistes au Mont-Dore sous le slogan « Il est temps ». Elle veut en finir avec le « laisser-faire » et poser un « cadre ». Elle promet, dans les trois mois suivant son élection, une augmentation des effectifs de la police municipale, une « tolérance zéro » pour les mineurs délinquants – « à l’origine de 45 % des actes de délinquance » – avec « convocation systématique des parents » et « suspension des aides communales en cas de récidive », ainsi qu’un couvre-feu pendant les vacances.

Pour Nina Julié, l’insécurité n’est pas qu’un sentiment : une consultation menée en septembre dernier place la sécurité en tête des priorités des administrés. « Les habitants ont montré une grande résilience et ont malgré tout une volonté de vivre ensemble, estime- t-elle, mais cela passe par des décisions qui n’ont jamais été prises jusqu’à présent. »

UNE POPULATION « TRAUMATISÉE »

À Dumbéa, Cynthia Jan (Générations, soutenue par Les Loyalistes), tête de liste « Unir pour l’avenir », dresse le même constat : la sécurité est un « prérequis, sans lequel rien n’est possible ». Là aussi, une consultation révèle une inquiétude partagée « quel que soit l’âge, le genre, le quartier ». « Dumbéa a beaucoup souffert, la population est traumatisée, souligne-t-elle. Vous ne laissez pas vos enfants aller à pied à l’école ou au sport, vous ne vous promenez pas en poussette dans les rues. » Elle refuse toutefois « d’allier jeunesse et délinquance de façon systématique. Pendant les émeutes, la majorité n’était pas jeune du tout ! »

La candidate plaide pour un reclassement de Dumbéa en zone police, « conformément à sa structure urbaine ». « Nouméa compte 600 policiers nationaux, dont 300 de terrain, nous avons 49 gendarmes pour 35 000 habitants ». Elle souhaite également armer la police municipale.

Antoine Romain (Les Loyalistes), pour « Païta, j’y crois », fait de la sécurité l’un des deux piliers de son programme. Avec moins de 20 policiers municipaux pour 28 000 habitants répartis sur 700 km2, les effectifs sont jugés insuffisants. Il plaide pour une police de terrain présente « jour et nuit », tout en défendant une approche « très large » dépassant « le seul côté répressif ». « Un quartier mal éclairé, où il y a des poubelles qui débordent, des fossés pas entretenus, des tags, même sans agression, ne donne pas un sentiment de sécurité. Qualité de vie et sécurité vont de pair. »

MÊMES SCHÉMAS

À Nouméa, Philippe Dunoyer aborde la sécurité par le prisme de l’égalité dans une ville « déséquilibrée ». « Aucun quartier ne mérite d’être écarté. Aujourd’hui à Rivière-Salée, Tuband ou encore Montravel, il n’y a plus de présence policière et les gens en souffrent. » Il défend la création d’antennes de police municipale, couplées à des actions de prévention et d’accompagnement.

À Nouméa toujours, la liste Unité pays du FLNKS « La voie des quartiers popu- laires » veut traiter cette thématique dans la profondeur. « On ne va pas mettre des millions dans de la vidéosurveillance ou des dispositifs sécuritaires classiques, expose Aude Forrest, directrice de campagne. Ça fait des années qu’au sein du conseil local de prévention de la délinquance (CLSPD), il y a des millions de francs qui sont utilisés, sur des dispositifs peu évalués, avec peu d’amélioration. »

Selon elle, « la jeunesse est stigmatisée et diabolisée, mais on propose peu de perspectives et de dispositifs pour l’occuper ». Aude Forrest défend un temps de reconstruction qui puisse permettre de « diagnostiquer la santé mentale et retisser des liens », préconise des dispositifs comme les « grands frères », les « référents santé », ainsi que des activités de quartier.

Même état d’esprit pour Tania Ouaka, au Mont-Dore, tête de liste « Notre ville pour une nation souveraine » (FLNKS). « On n’en fait pas un slogan de campagne, mais c’est un sujet qu’on veut traiter avec sérieux, sans dramatisation ni naïveté. » La priorité est donnée à la médiation, avec une présence « visible et accessible » d’auxiliaires de proximité et à la prévention par le sport, la culture, le repérage du décrochage scolaire, l’accompagnement à la parentalité.

Pour les indépendantistes, l’approche est beaucoup plus globale, moins compartimentée. « On cherche les causes plutôt que de traiter les symptômes. Ce n’est pas immédiat, mais plus durable. » Une vision à laquelle les candidats les plus sécuritaires n’adhèrent nullement, estimant que le temps de la prévention est passé.

Chloé Maingourd