Menée par le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, la mission transpartisane séjourne cette semaine à Paris dans le but de décrocher près de 70 milliards de francs. Du côté de l’État, des incertitudes planent.
Le programme est minimal, mais l’en- jeu est maximal. Les neuf membres de la délégation transpartisane d’élus de la Nouvelle-Calédonie – le président du gouvernement Milakulo Tukumuli, la présidente du Congrès Virginie Ruffenach, les membres du gouvernement Christopher Gygès et Billy Forest, la prési- dente de la province Sud Sonia Backès, ainsi que l’élu de la province Sud Xavier Rossard, les députés Nicolas Metzdorf et Emmanuel Tjibaou, le sénateur Georges Naturel – ont commencé, en début de semaine, une série de rencontres à Paris, avec les institutions politiques de l’État.
À l’agenda sont inscrits des rendez-vous, mardi 1er septembre, avec le président du Sénat, Gérard Larcher, et des représentants des groupes sénatoriaux, puis avec le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, accompagné de sa directrice du cabinet, l’ancienne directrice de la délégation interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie, Claire Durrieu.
Le lendemain, mercredi 2 septembre, la délégation devait s’entretenir à Matignon avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu – ce sera le moment-clé de ce périple hexagonal – avant de rencontrer dans l’après- midi la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et les représentants des groupes politiques. Enfin, jeudi, elle devait déjeuner rue Oudinot avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou.
Un programme pour le moins resserré – même s’il n’était pas exclu que le chef de la délégation, Milakulo Tukumuli, s’entretienne en privé avec le président de la République, Emmanuel Macron. Matignon avait fait savoir aux élus calédoniens que l’ensemble des ministres et leurs administrations se tenaient à leur disposition s’ils le souhaitaient. Du côté calédonien, on a volontairement voulu concentrer la teneur des entretiens sur le volet financier et budgétaire, pour mieux mettre l’accent sur la demande immédiate et à court terme de subsides de l’État pour parvenir à passer les échéances de la fin d’année et boucler l’exercice budgétaire 2027.
RISQUE DE RÉCESSION
Avant même que la délégation ne pose le pied sur le sol francilien, les demandes ont été transmises aux autorités hexagonales. Elles tiennent en trois chiffres : 11 millions d’euros (1,3 milliard de francs) pour finir l’année 2026 ; 50 millions d’euros (6 milliards de francs) pour passer janvier 2027, mais qui devraient être mobilisables dès décembre 2026, et 500 millions d’euros (60 milliards de francs) pour couvrir l’année 2027. Hors dépenses nickel et autres aléas.
Les demandes sont posées, reste à savoir si l’État est disposé à y répondre et ce n’est pas la moindre des interrogations, s’il en a les moyens. Car, au même moment, l’État est lui-même confronté à un risque de récession, à une dégradation des indicateurs économiques, à un déficit croissant et un alourdissement de la dette. Une disette économique qui se conjugue avec un contexte politique déterminé par la prochaine élection présidentielle, au printemps métropolitain 2027.
Jusqu’à quel point l’actuel gouvernement de Sébastien Lecornu, fragilisé par l’absence de majorité à l’Assemblée nationale et exposé au risque de censure, peut-il s’engager pour répondre aux besoins de la Nouvelle-Calédonie, dont il n’est pas certain, loin de là, qu’ils soient considérés comme prioritaires par l’électorat français et, par voie de conséquence, par sa représentation politique ? Même si tant le Rassemblement national de Marine Le Pen que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon s’évertuent à attiser les brandons de la crise calédonienne en espérant en retirer des dividendes.
FRAGILITÉ
Alors que les discussions ne font que commencer au moment où nous rédigeons cet article, il est bien improbable d’en dessiner les conclusions. À l’équation budgétaire se surajoutent les considérations politiques. Après des mois d’incertitude politique dominée par les enjeux institutionnels, l’État préfère discuter et négocier avec un interlocuteur stable légitimé par les élections provinciales du 28 juin, même s’il est bien conscient que les rapports de force et l’accord de gouvernance qui en est issu restent fragiles.
Très clairement, le gouvernement Lecornu n’a pas envie de laisser tomber les projets de réforme annoncés par le gouvernement Tukumuli. Actuellement, il fait tourner les moyens de Bercy pour évaluer les différents scénarios de réforme qui pourraient être mis en œuvre par le gouvernement local. Ensuite, compte tenu des incertitudes qui pèsent sur l’adoption d’un budget pour 2027, il pourrait être décidé d’utiliser le projet de loi de fin de gestion de l’exercice 2026 pour faire passer les mesures budgétaires les plus urgentes.
Pour ce qui concerne l’année 2027, ce gouvernement, dont l’échéance est programmée, peut difficilement prendre des engagements liant son successeur. Autrement dit, pas de promesses fictives. Mais, comme le résume l’entourage du Premier ministre, « on a intérêt à ce que Milakulo Tukumuli ne reparte pas avec rien, à continuer avec un interlocuteur valable ». En quelque sorte, il faut sauver le soldat Mila…
À Paris, Patrick Roger

