La petite reine au royaume du pick-up

Et si on troquait sa voiture contre une bicyclette pour circuler dans la capitale ? C’est l’ambition de l’association Droit au vélo qui, depuis 2014, milite pour que ce mode doux soit privilégié. Une affaire qui ne roule pas toujours comme sur des roulettes.

LES GALÈRES DES CYCLISTES

Circuler à vélo dans l’agglomération relève souvent du parcours du combattant. Manque de sécurité, manque d’aménagement. Pour les membres de l’association Droit au vélo, c’est clair : Nouméa n’est pas une ville cyclable. « Si elle l’était, on pourrait laisser son enfant se déplacer à vélo », indique François Le Borgne.

Le président de l’association fait partie des rares Nouméens à pédaler pour se rendre au travail. Beaucoup de personnes sont encore réticentes pour des raisons de sécurité. « Tout est dangereux à Nouméa. Tous les grands axes principaux et les ronds-points. »

Les cyclistes n’arrivent pas à se faire une place là où le 4×4 est roi. Ils regrettent le manque de pistes dans la capitale. « On a 18 kilomètres de pistes cyclables, hors bandes cyclables, mais rapporté à 100 000 habitants, c’est très faible comparé à des villes françaises comme Grenoble ou Strasbourg », annonce le président. « Dedans, on compte 10 km sur la promenade Pierre-Vernier, mais c’est pour du loisir », souligne Pascale Delrieu, bénévole. Quant aux bandes cyclables, elles ne sont plus adaptées selon l’association. « On est trop près de la route. Soit on risque la portière, soit on risque une voiture. »

LES PISTES POUR S’AMÉLIORER

Pour François Le Borgne, développer la pratique nécessite la mise en place d’un « système vélo ». L’association milite pour la création d’un réseau de pistes cyclables connectées. Elle demande un abaissement du trafic, des zones limitées à 30 km/h et des rues réservées.

Il faudrait également prévoir plus de places de stationnement sur le lieu de travail, à son domicile et sur les lieux publics. « Il n’y a aucun stationnement prévu sur la place des Cocotiers, il faudrait des arceaux partout pour garer son vélo », insiste le président.

La semaine de l’écomobilité était l’occasion pour les habitants du Grand Nouméa de tester de nouvelles façon de se déplacer

Inciter la pratique passe aussi par la mise en place de douches dans les entreprises ou d’un forfait kilométrique pour les travailleurs qui viennent travailler à vélo. Enfin, associer plusieurs moyens de déplacement (vélo et bus par exemple) pourrait être une solution. « Les habitants de Païta pourraient emporter leur vélo dans leur voiture et se garer dans des parkings relais à Koutio », propose Pascale Delrieu.

Moins de voitures, moins de bouchons, moins de pollution… Sans parler des bienfaits sur la santé qui sont évidents. Pour encourager les débutants, le vélo électrique est la bonne alternative. « C’est un bon compromis car c’est vallonné et ça permet d’avoir une bonne vitesse pour se dégager rapidement sur les ronds-points », témoigne Pascale Delrieu. Électrique ou musculaire, le vélo est aussi un vecteur de lien social. « La cohabitation se passe bien. Ça permet de rencontrer les gens », assure la bénévole.

LES ATOUTS DU BICLOU

Les avantages ne manquent pas selon l’association. Elle met en avant la réduction de la dépense publique en termes d’entretien, de réfection et de création de voierie. « Le budget route des collectivités, c’est autour de 10 milliards par an », chiffre François Le Borgne.

En plus d’utilité publique et propre, le vélo apparaît comme une solution peu coûteuse pour se déplacer, à l’heure où le prix de l’essence frôle les 200 francs. En fouillant un peu sur les sites d’annonces, il est possible de trouver des bicyclettes à des prix très abordables. « Pour un plein d’essence, on peut trouver un vélo d’occasion », affirme François Le Borgne.

L’association les Vélos du cœur est aussi une bonne porte d’entrée pour trouver son bonheur. Philippe Thépinier remet en état des vélos qu’il vend ou qu’il donne aux familles défavorisées.

UN CHEMIN QUI SE DESSINE
MAIS QUI EST ENCORE LONG

S’il y a encore beaucoup de travail, Droit au vélo souligne les progrès qui ont été faits ces dernières années. « La promenade Pierre- Vernier est pratique du Ouen Toro jusqu’aux boucles de Tina ». « La prolongation baie de Sainte-Marie, c’est bien vers les quartiers Nord », ajoute Pascale Delrieu.

L’association a d’ailleurs proposé, l’an dernier, au budget participatif de la province Sud, de prolonger cette piste cyclable jusqu’au rond-point de Belle-Vie et de réaliser un rond-point hollandais donnant la priorité aux cyclistes. Un projet qui a été retenu.

Des ateliers de réparation de vélo sont régulièrement organisés à Nouméa.

Quant à la piste provisoire à Magenta, elle doit devenir définitive en 2023. Cette année, l’association a déposé un nouveau projet au budget participatif afin de transformer l’ancienne voie ferrée, qui relie Nouméa à Païta, en voie verte.

En parallèle, elle aimerait faire venir des spécialistes de l’aménagement cyclable pour plancher sérieusement sur le centre-ville de Nouméa. Et apporter des solutions concrètes.

Edwige Blanchon

Photo : Julien Tantot, vice-président, François Le Borgne, président, et Pascale Delrieu, bénévole de l’association Droit au vélo. / C.M.

À Nouméa, 81 kilomètres pour les vélos et les piétons d’ici 2040

Adopté en 2019, le schéma directeur de la ville de Nouméa vise à accompagner et à encourager la pratique des modes actifs (marche et vélo)
en tant qu’alternative aux déplacements en voiture. Il fixe comme objectif 81 kilomètres de voies réservées le long des 440 kilomètres de voirie communale, d’ici à 2040.

Le schéma directeur entend aussi étoffer le maillage du territoire communal afin de faciliter les déplacements à pied ou à vélo entre les différents quartiers. Un budget d’environ 200 millions de francs par an y est consacré.

Fin 2019, la ville comptait 27,1 km d’aménagement. Une passerelle pour relier Ouémo à Sainte-Marie a été inaugurée en 2021. Un projet de piste cyclable et piétonne, qui parcourra le Faubourg-Blanchot, se prépare pour 2023.

 

Dumbéa incite ses habitants à se déplacer autrement

La commune de Dumbéa a fait le choix de privilégier le déploiement d’une mobilité durable sur son territoire afin d’inciter les habitants à se déplacer autrement. Des aménagements ont été réalisés dans ce sens comme la rénovation de l’ancien pont de Dumbéa. Les piétons et les cyclistes peuvent aujourd’hui relier la promenade Jules-Renard au parc Fayard, puis à terme le parc provincial de la Dumbéa.

L’objectif de la municipalité est de relier la mer à la montagne en offrant une liaison, depuis le littoral jusqu’au parc provincial, qui favorise le développement écotouristique du secteur nord. Plusieurs projets sont en cours comme l’aménagement d’une voie verte d’environ quatre mètres de large, de l’échangeur de Koutio à celui des Érudits.

Elle a vocation à se prolonger jusqu’à l’échangeur d’Apogoti et de continuer jusqu’à la ZAC Panda. D’importants travaux sont également menés sur la route de Nakutakoin afin de sécuriser la voie et permettre d’y déployer un itinéraire dédié aux vélos et aux piétons. Des travaux de voirie sont aussi programmés fin septembre sur les abords de la RT1.

 

Une piste cyclable entre Pouembout et Koné

Le Grand Nouméa n’est pas la seule agglomération à s’ouvrir aux modes de transport plus écologiques. En province Nord, une piste cyclable relie les communes de Koné et de Pouembout.

Elle s’étend le long de la RT1 sur près d’une dizaine de kilomètres en reliant le lycée agricole, la future prison et le centre hospitalier. Un nouveau tronçon est envisagé l’an prochain entre le campus de Baco – Université de la Nouvelle-Calédonie et le lieu-dit des Cassis.

 

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