Pour le personnel du Camp-Est, le report de la construction de la prison à Ducos est une mauvaise nouvelle.
La stratégie du gouvernement national est bien difficile à suivre. Jeudi 22 février 2024, Éric Dupond-Moretti, alors ministre de la Justice en visite sur le territoire, annonce le projet de construction d’un centre pénitentiaire en baie de Koutio-Kouéta à Ducos à Nouméa, relais attendu de l’épouvantable Camp-Est. Le budget, évoqué avec le seul soutien de l’État, est colossal : 60 milliards de francs pour une unité de 600 places sur une superficie totale de 18 hectares. « C’est le plus gros investissement de l’État en Nouvelle-Calédonie », s’était félicité le garde des Sceaux à l’époque.
Mercredi 19 novembre dernier, patatras. Devant la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, de retour d’un déplacement sur le territoire, confirme l’infaisabilité du projet à ce stade dont le coût pourrait grimper à plus de 90 milliards de francs, selon la locataire de la rue Oudinot. « Nous n’avons pas cet argent. » Le chantier nécessiterait, en outre, 7 ou 8 voire « 10 ans de construction », et « nous n’avons pas ce temps, compte tenu de la pression à l’intérieur ». Comprendre, la surpopulation « atteint des niveaux consternants », et les conditions de travail sont extrêmement difficiles.
RISQUE D’UNE MUTINERIE
Une bonne année et demie s’est donc écoulée, et l’engagement ne tient plus. Le projet est-il abandonné, décalé dans le temps, ou « redimensionné » d’après la présidente de la province Sud, Sonia Backès, lundi 10 novembre ? « Il n’est pas immédiat », explique le sénateur LR Georges Naturel, qui doit justement avoir une discussion jeudi 11 décembre avec le garde des Sceaux et la ministre des Outre-mer sur la justice dans l’espace ultramarin. Le propos de Naïma Moutchou ne rassure pas le personnel du Camp-Est. « La nouvelle prison est une extrême urgence » insiste Vincent Holopopo, responsable du secteur État au Soenc-CFDT et technicien au centre pénitentiaire. Les conditions de détention sont intolérables 2 avec cinq condamnés par cellule de 10 m2.
Une mutinerie encore plus violente que celle du 13 mai 2024 est redoutée. Trois agressions se seraient encore produites la semaine dernière. Dans l’attente de la réalisation d’une prison, la ministre envisage la mise en place d’un centre de semi-liberté. « C’est mieux que rien. Il va soulager le Camp-Est d’une centaine de places [sur 620 prisonniers] mais il ne va pas régler le problème de fond », pointe Vincent Holopopo, qui préconise une vraie politique de formation des détenus. Pour le futur, le sénateur Georges Naturel appelle à être « imaginatif », avec pourquoi pas la construction d’« une prison agricole ». D’après le député Nicolas Metzdorf, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, se rendra en Nouvelle-Calédonie au premier semestre 2026 « pour évoquer la question du Camp-Est » et « un projet de substitution ».
Yann Mainguet

