La Nouvelle-Calédonie se prépare au pire

Après cinq mois d’une situation Covid-Free, un troisième confinement a été décrété en Nouvelle-Calédonie. Cette fois, les enjeux sont tout autres : le variant Delta circule activement et pour la première fois le virus touche les Loyauté. Pour l’heure, la couverture vaccinale est insuffisante pour amortir la crise dans les hôpitaux. L’état d’urgence national, prolongé pour les outre-mer, va être étendu au territoire.

Un rappel douloureux à la réalité pour les Calédoniens. Exempte de cas locaux de Covid-19 depuis le début de la pandémie mondiale, confrontée à deux confinements quand d’autres en ont déjà connu six, la Nouvelle-Calédonie est rattrapée par le variant Delta auquel aucun sas ne saurait résister. Les autorités sanitaires et économiques tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs semaines et les politiques ont compris l’urgence en votant l’obligation vaccinale en fin de semaine dernière, face au constat d’un processus bien trop lent. Mais les virus ne connaissent pas de calendrier. Lundi, le président du gouvernement, Louis Mapou, et le haut-commissaire de la République, Patrice Faure, ont annoncé un confinement quasi immédiat de deux semaines après la confirmation de trois premiers cas autochtones du variant Delta sans rapport les uns avec les autres, éloignés géographiquement, et n’ayant pas voyagé. Mercredi, 16 cas étaient recensés dans les trois provinces signifiant que le virus circule à bas bruit depuis plusieurs semaines. Il est probable, comme l’ont indiqué les autorités sanitaires, que des symptômes aient fait penser à une dengue ou une grippe. Pour la première fois, l’inquiétude gagne les Loyauté et plus particulièrement Lifou, où plusieurs cas ont été recensés, ainsi que Maré.

Isabelle Champmoreau, vice-présidente du gouvernement, lors du point presse quotidien du gouvernement mardi 7 septembre.

Problème de sécurité

Dans ce contexte, les informations évoluent d’heure en heure. Les séries de tests sortent quatre fois par jour. Le Dr Sébastien Mabon, médecin de la Dass, a évoqué mardi les profils des premiers malades : les cas symptomatiques concernent essentiellement des non-vaccinés et des personnes présentant des polypathologies avec des âges différents. Mercredi, les six personnes en réanimation étaient non vaccinées. La donne a changé dans le cadre des investigations. Les cas contact sont difficilement quantifiables, même si les passagers du vol Nouméa-Wallis qui s’apprêtaient à embarquer, les voyageurs du Bético qui ont fait rotation de Lifou vers Nouméa et les salariés de la SLN ont été ciblés suite à la détection de cas positifs. Désormais, seuls les cas contact proches et présentant des symptômes sont dirigés vers l’unité Covid-19 du Médipôle. Les autres sont confinés à l’hôtel ou à domicile. Les personnes présentant des symptômes (toux, nez qui coule, fièvre…) doivent s’auto- isoler et contacter leur médecin traitant. Le territoire est en train de déployer dans la mesure de ses capacités des centres de tests avec les premiers drive-in. L’urgence, finalement, n’est déjà plus de savoir comment le virus est arrivé, mais plutôt qui sont les personnes positives, les cas contact et comment on les traite.

Dr Sébastien Mabon, médecin de la Dass.

Limiter les dégâts

Le confinement décrété par les autorités affiche deux objectifs : contrôler et freiner la contamination pour protéger le système hospitalier, déjà en déficit criant de soignants spécialisés, et accélérer la vaccination. Ce confinement se veut d’ailleurs plus strict que le précédent. « On n’est pas dans la même situation qu’en mars. Il faut être conscient que la contamination peut être importante », a étayé mardi la vice-présidente. Dans son allocation lundi, le haut-commissaire avait d’ailleurs annoncé la couleur : dans les circonstances actuelles, « la restriction demeure la règle et la liberté, l’exception ». L’arrêté du gouvernement et de l’État régissant les obligations sanitaires et les restrictions des libertés publiques a été publié lundi. Les mesures, déjà en vigueur en mars 2020 et mars 2021, s’appliquent de nouveau, mais les contrôles risquent d’être plus sévères. L’accueil des enfants de professionnels moins généralisé. Les transports locaux de personnes ont été suspendus sans attendre mardi soir (à l’exception de Tanéo), les vols internationaux également. Ces derniers ne concernent plus que le fret, l’acheminement des soignants et les evasan. La vaccination va être déployée largement pour un premier objectif sous quinze jours de 50 % de couverture contre 27 % actuellement afin d’amortir le choc pour le système hospitalier. « C’est tout l’enjeu des prochains jours », a signifié Louis Mapou. Le pays dispose de suffisamment de doses. Et la solidarité nationale « continuera à jouer à plein », a souligné le haut-commissaire sur l’approvisionnement des vaccins, mais aussi les renforts en soignants qui ont d’ores et déjà été demandés.

 


Les règles du confinement

L’arrêté de l’État et du gouvernement impose l’interdiction des déplacements sauf pour se rendre au travail si la présence est indispensable, pour l’achat de produits de première nécessité, de médicaments ou pour des soins avec le retour des attestations et des déplacements selon la règle d’une heure dans un rayon d’un kilomètre. Il instaure la fermeture des commerces non essentiels (lire p. 8) et des établissements et installations accueillant du public, des établissements scolaires, le port du masque à partir de 11 ans, l’interdiction des rassemblements, une jauge à 10 personnes pour les enterrements et crémations. À l’exception des évacuations sanitaires, le transport par voie aérienne et maritime est suspendu entre les Îles et la Grande Terre, tout comme le trafic du réseau Raï. La navigation, la pêche de loisir et la baignade sont interdites. L’interdiction de la chasse et de la pêche pour se nourrir ne figurent plus dans le texte.

L’état d’urgence déclaré sous peu

Les députés ont adopté mardi en urgence la prorogation de l’état d’urgence dans certains territoires ultramarins jusqu’au 15 novembre, avec une extension par amendement à la Nouvelle-Calédonie. Ce dispositif permet d’instaurer ou de maintenir les mesures telles que le couvre-feu ou le confinement. Les députés ultramarins ont insisté sur la nécessité de répondre plus largement aux problématiques locales de moyens sanitaires et économiques. Le projet de loi doit être débattu au Sénat jeudi avant une adoption parlementaire le jour même. L’état d’urgence sera décrété au lendemain de la publication de la loi.

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