La Nouvelle-Calédonie réussit-elle sa transition énergétique?

Les élus du Congrès de la Nouvelle-Calédonie ont examiné, le 7 mai, le rapport sur la transition énergétique. L’ensemble des groupes s’est félicité des avancées du territoire en la matière. Si certains dossiers ont considérablement évolué, d’autres sont restés au point mort.

La transition énergétique est en marche. C’est ce que montre le rapport de présentation de la Dimenc, Direction de l’industrie, des mines et de l’énergie de la Nouvelle-Calédonie, présenté aux élus du Congrès, le 7 mai, concernant la mise en œuvre du schéma pour la transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie. Pour mémoire, ce schéma, adopté en juin 2016, fixe les orientations et objectifs en matière énergétique pour le territoire à l’horizon 2030. S’inscrivant dans le cadre de l’adaptation au changement climatique, il constitue la contribution de la Nouvelle-Calédonie à l’occasion de la 21e conférence de Nations unies sur le climat, qui s’est déroulée à Paris, en décembre 2015.

Ce schéma s’articule autour de trois grands volets : la réduction des consommations d’énergie, le développement des énergies renouvelables visant à réduire la dépendance du territoire vis-à-vis des combustibles fossiles ainsi que la réduction significative des gaz à effet de serre. C’est l’avancée de la mise en œuvre de ce schéma qui a été présentée, suscitant un large consensus au sein de l’hémicycle du boulevard Vauban.

S’il y a bien un point sur lequel le sujet a progressé, c’est celui de la production d’énergies renouvelables. L’objectif était de parvenir à couvrir toute la distribution électrique publique à l’horizon 2030 concernant la consommation des particuliers et des entreprises. Cette distribution représente 24 % de la consommation totale, les 76 % restants relevant de la métallurgie et de la mine. Les objectifs devraient être atteints et même dépassés d’ici 2025 si les projets prévus se réalisent en suivant la future programmation pluriannuelle des investissement (lire notre article de l’édition 679).

131,3 MW de photovoltaïque en quatre ans

Depuis 2016, plus de 109 MWc de panneaux photovoltaïques ont été installés pour 21 centrales solaires auxquels il convient d’ajouter 22,3 MWc pour 2 295 installations sur toiture. Pour les îles Loyauté, l’objectif de produire 100 % d’énergies renouvelables devrait être atteint selon le calendrier prévu et à Lifou, ce sera dès cette année. À titre de comparaison, la centrale au charbon Prony a une capacité de production de 100 MW. Reste que l’explosion de la production d’énergies renouvelables est sensiblement déséquilibrée. Pour 131,3 MWc de photovoltaïque, on compte un seul projet hydraulique de 3 MW, une ferme éolienne de 20 MW et une unité de biomasse de un MW. Ces énergies étant intermittentes, l’idéal étant de pouvoir disposer d’un « mix » capable de lisser les variations de production résultant de celles de la météo.

Mais comme le souligne Bastian Morvan, le chef du service énergie de la Dimenc, l’essor prépondérant du photovoltaïque correspond à la baisse drastique du prix des équipements, donc du prix de revient du kilowatt produit, aujourd’hui en dessous des 10 francs. Cela ne va pas sans poser de question, en particulier en matière d’installation sur les toitures des particuliers et des entreprises. Comme le souligne André Boudart, l’ancien conseiller énergie de Christopher Gyges et actuel directeur de l’Agence calédonienne de l’énergie, des discussions sont en cours pour revoir les tarifs de rachat qui pourraient s’avérer aujourd’hui trop généreux.

Enercal rachète actuellement chaque kilowatt injecté sur le réseau 21 francs, ce qui permet d’amortir les installations sur une durée de l’ordre de six ou sept ans. Ce tarif, qui a des conséquences sur le prix global de l’électricité, peut générer des effets d’aubaine notamment parce que les contrats sont conclus sur vingt ans.

Mais s’il est important de décarboner la production électrique, il est tout aussi primordial de réduire les consommations par habitant, qui est d’ailleurs l’un des axes principaux du schéma. Afin d’assurer la stabilité du réseau, le développement des énergies renouvelables doit être adossé à des installations de stockage pour restituer l’énergie quand les énergies intermittentes ne produisent pas ou à des unités de production fonctionnant avec des combustibles fossiles. C’est toute l’idée de la future centrale électrique de Doniambo.

D’une certaine manière, c’est donc la consommation qui fixe le niveau de stockage ou d’énergie d’origine fossile nécessaire. Sans baisse des consommations, on peut donc réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais sans forcément réduire les coûts de production de l’énergie qui nécessitera des capacités des unités de production à base de combustibles fossiles massives pour assurer la fourniture d’électricité en permanence sur le réseau.

Les émissions de CO2 en augmentation

Sur ce point, le représentant de la Dimenc a rappelé les mesures engagées, qui ont consisté à interdire les ampoules à incandescence et halogènes au 1er janvier dernier, l’importation d’équipements contenant des substances appauvrissant la couche d’ozone, à mettre en place la performance énergétique sur les équipements électroménagers, à obliger l’affichage de la mention « Construisons notre pays, économisons l’énergie » sur les publicités ou encore à revoir les normes sur l’efficacité énergétique des bâtiments et les chauffe-eau solaires. Autant de dispositifs qui n’ont malheureusement pas réellement produit les effets escomptés.

Comme le souligne le document présenté aux élus, la consommation a baissé par rapport à la tendance avant l’adoption du schéma en 2016, mais elle reste loin des objectifs de réductions prévus. Selon la Dimenc, les évolutions de la réglementation se feront sentir progressivement. À noter que certains leviers de poids n’ont pas encore été actionnés. C’est, par exemple, le cas d’une révision de la tarification de l’électricité en fonction des heures (pleines et creuses) ou encore une tarification progressive, comme cela a été fait pour réduire les consommations d’eau.

Concernant le troisième volet, celui de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la Nouvelle-Calédonie ne tient cette fois clairement pas les objectifs. L’idée était de les réduire de 10 % pour la mine et la métallurgie, 15 % pour le transport et 35 % pour le résidentiel et le tertiaire. Elles ont sensiblement augmenté ces dernières années dans la mine et la métallurgie. De la même manière, le transport ne laisse pas apparaître de baisse, sans compter que les chiffres ne prennent pas en compte le transport aérien, un important émetteur de gaz à effet de serre. Une situation qui place le territoire à la sixième place des pays émettant le plus de CO2 par habitant. Le chemin pour la transition énergétique sera donc encore long en Nouvelle-Calédonie.

M.D.

 

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