La musique en partage

Musiciens, organisateurs de concerts, enseignants, vendeurs d’instruments... se battent pour faire vivre les belles notes en une période pas si simple.

Tous taperont du pied et hocheront la tête en cadence, ce week-end. Devant comme sur la scène. La fête de la Musique investira ce samedi à Nouméa par exemple la place des Cocotiers, le parc urbain de Sainte-Marie ou encore la cathédrale Saint-Joseph. Les instruments et les voix se mêleront partout sur la Grande Terre et les îles Loyauté. Parce que le son et les vibrations sont gravés dans l’ADN de l’archipel.

Depuis toujours, dans les moments de joie comme aux heures tristes. Le journal Demain en Nouvelle-Calédonie est allé à la rencontre de musiciens, chanteurs, compositeurs, bref de passionnés qui, quel que soit leur champ d’exploration, réveillent les notes et livrent un savoir bienvenu. Sans jamais céder à la facilité.

Il y a toujours des pratiquants, plus ou moins amateurs, plus ou moins expérimentés. Mais le cadre a changé. « Il n’y a pratiquement plus de disques, plus vraiment de production, plus beaucoup de lieux de vente. C’est pourtant une part importante en termes de rémunération mais aussi de visibilité » explique Christophe Ventoume, directeur du Mouv’. « Les cinq dernières années ont plutôt été moroses » pour la profession, confrontée à la récession économique, la crise Covid, puis les émeutes de 2024… « Le secteur survit sans électrochoc ».

Alain Lecante, directeur de la société Mangrove Productions, l’observe, « il n’y a plus l’organisation professionnelle d’avant ». Les méthodes, de gré ou de force, ont évolué. Illustrations, les studios ont quasiment disparu, tout se construit chez soi. Et les campagnes de promotion sont rares désormais. La publicité s’opère sur les réseaux sociaux.

« LE NIVEAU A MONTÉ »

Conséquence de la chute du pouvoir d’achat ou évolution d’une pratique – peut-être aussi les deux raisons cumulées -, des amoureux du son s’orientent vers la création numérique avec des logiciels, à la maison. Ainsi, dans la clientèle, « nous avons moins de débutants, notamment d’enfants » relève Teddy, cogérant du magasin d’instruments La Clé de Sol à Nouméa, qui insiste beaucoup sur l’accompagnement du client et le service après-vente. « Il y a toujours des passionnés, mais il y a moins d’affluence », parce que le nombre de concerts ou de projets culturels a baissé. Néanmoins, selon Alain Lecante, « le niveau musical a monté », en raison de la présence d’écoles ici et là.

Pour des raisons budgétaires, l’Association de formation des musiciens intervenants a dû fermer. Le Conservatoire des arts accueille 1 050 élèves aujourd’hui à Nouméa, Païta, au Mont-Dore et à Koné.

Contre 1 300 auparavant avec toutes les antennes. Quatre ont baissé le rideau. Mais une va bientôt rouvrir. L’annonce doit tomber la semaine prochaine. Malgré les épreuves, « nous avons toujours un vivier d’un peu plus de mille élèves, c’est beau, cela montre qu’il y a encore des enfants et des adultes qui ont envie de faire de la musique » se félicite Pascale Doniguian, directrice du Conservatoire, un « lieu destiné à la pratique amateure dans un premier temps, pour des jeunes de 5 à 75 ans ».

La période impose d’être davantage proactif pour faire connaître l’école, ses enseignements, mais aussi sa programmation d’animations et de concerts. Selon Pascale Doniguian, avec la quarantaine d’enseignants, « on est tous aujourd’hui des promoteurs de la musique ».

Yann Mainguet