La Maison de l’étudiant en difficulté

La Maison de l’étudiant (MDE) de l’université de la Nouvelle-Calédonie a bien du mal à exercer ses missions sociales. Un quart de son budget est désormais alloué à la surveillance des résidences universitaires, une mission qui ne relève pas de ses compétences seule, estime l’équipe dirigeante.

Ce sera sans aucun doute LE thème du prochain conseil d’administration de la MDE, prévu fin juin, qui réunira le gouvernement – principal bailleur de fonds -, les trois provinces, l’État, l’université, la ville de Dumbéa et la SIC.

Si le groupement d’intérêt public (GIP) n’a pas, comme d’autres structures, vu ses subventions diminuer, il fait néanmoins face à des difficultés grandissantes.
À moyens constants, la MDE doit, en effet, s’occuper de gérer la seconde résidence universitaire, ouverte à Dumbéa Centre à la rentrée de février, avec 104 logements en plus des 540 de Nouville. Avec des moyens en matière de sécurité qui deviennent « trop lourds ». La MDE est d’ailleurs dans l’impossibilité d’assurer la surveillance sur cette nouvelle structure durant les week-ends.

Un quart du budget en sécurité

Pourtant les besoins sont là, à Nouville comme à Dumbéa. Il y a des problèmes d’alcool même s’il est interdit sur les campus, de violences conjugales, des disputes, des intrusions, des vols, des dégradations… La veille du long week- end de la Pentecôte, une « beuverie massive » a ainsi été organisée aux abords du campus de Nouville. Une cinquantaine de jeunes « ivres morts » se sont battus, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre. Récemment encore, une jeune femme a été mordue par son conjoint…

La résidence de Dumbéa, n’est pas non plus sans problèmes en raison, notamment, de la proximité du lycée du Grand Nouméa. Les débordements y sont fréquents. Sur les deux lieux, les vacances ne sont pas sans répit : des personnes extérieures profitent de la baisse de fréquentation pour commettre des vols.

Pour faire face à ces situations, la MDE compte cinq surveillants sur un total de 13 employés, ce qui n’est pas suffisant. Pour compenser, elle fait donc appel à une société de gardiennage. La structure dépense désormais 50 millions de francs par an pour ce volet sécuritaire (dont 16 millions en sous traitance), soit un quart de son budget total qui s’élève à 200 000 millions de francs, pour 104 millions de francs de subventions.

Le fonds d’aide aux étudiants déjà épuisé

Selon Yannick Lerrant, la nouvelle directrice de la MDE depuis le 5 mai, la sécurité ne peut plus reposer entièrement sur la Maison de l’étudiant. Car elle empiète largement sur son cœur de métier. « Nous sommes là pour contribuer à la réussite des élèves en post-bac par le biais des œuvres sociales, des bourses, de la couverture sociale, du logement, de la restauration, et l’animation », insiste-t-elle.

Mais avec le budget alloué à la sécurité, il devient impossible de proposer des choses et c’est souvent le « système D » qui prévaut. La petite équipe en est ainsi réduite à organiser des évènements « qui ne coûtent rien » comme les vide-greniers, un escape game ou de la sophrologie proposée en bénévolat…

Sauf que, là encore, les besoins sont bien réels. Yannick Lerrant et son équipe observent une détresse sociale grandissante. Le bureau de l’assistante sociale, uniquement ouvert le mercredi et le jeudi, ne désemplit pas et tout le monde ne peut pas être accueilli.

La crise sanitaire a aggravé la situation. « Même si nous n’avons eu que deux confinements et que la situation est loin d’être celle de la Métropole, nos étudiants ont été impactés et isolés », explique-t-elle. Les problèmes de revenus des familles se répercutent sur les jeunes, notamment sur ceux qui vivaient du tourisme international. Il devient aussi de plus en plus compliqué de trouver des « petits boulots ». Et contrairement à la Métropole, la plupart des étudiants doivent s’acquitter de la couverture sociale (46 400 francs). Seuls les boursiers dont les parents résident en Nouvelle-Calédonie sont exonérés. Beaucoup se tournent donc vers la Maison des étudiants pour une prise en charge Cafat et mutuelle ou des avances.

Toutes les aides, quelles qu’elles soient, sont les bienvenues comme les distributions de denrées alimentaires, organisées durant le confinement, ou encore le dispositif national du repas à 120 francs, financé localement par le Cnous* et la MDE et qui pourrait être maintenu au-delà du 31 juillet pour les boursiers d’État. La fréquentation tourne en moyenne autour des 250-300 repas par jour.

Tout cela est donc utile et nécessaire, mais en ce sixième mois de l’année, le fonds d’aide pour les étudiants (quatre millions), destiné au logement, au transport, à la santé, l’alimentation ou la couverture sociale, est déjà exploité.

Il est donc urgent, estime la direction, de revoir l’attribution de cette mission de sécurité. Le souhait est qu’elle soit soutenue également par les différents partenaires duGIP, comme la SIC ou la province Nord, afin que « la charge soit répartie ». Il s’agira donc fin juin d’alerter toutes les institutions « qui ne sont pas forcément conscientes des réalités ».

* Centre national des œuvres universitaires et scolaires.


Des locaux dégradés

Les locaux de Nouville ont déjà dix ans. On y observe des dégradations et également des dégâts sur le gros œuvre. Le cyclone Niran, en mars dernier, a notamment fait des siennes. La SIC est en charge d’assurer l’entretien, mais elle fait également face à des difficultés. Les locaux de Dumbéa ne sont pas en reste avec, déjà, des détériorations.


Quelles contributions pour la MDE ?

Le gouvernement contribue à hauteur de 59 % du budget total de la MDE, le Cnous 6 % (+ 12 % pour les repas subventionnés), l’université 5 %, la SIC et les mutuelles 3 %, les trois provinces, 3 %, la ville de Dumbéa 1 %, le remboursement des aides sociales 1 %. À cela s’ajoutent les recettes diverses (laverie, repas, location de salles) pour 8 %.


Yannick Lerrant, nouvelle directrice

Yannick Lerrant estime être un « pur produit de l’UNC ». Elle a été maître de conférences (physiologie animale, biologie moléculaire), chercheuse sur la santé et le mode de vie de la jeunesse en Océanie, puis vice-présidente de l’université (2007- 2011). Elle a ensuite occupé les fonctions de directrice de l’École supérieure du professorat et de l’éducation (2011-2021), avant d’être choisie pour diriger la Maison de l’étudiant en remplacement de Victor Lethezer.

C.M.

©C.M./ DNC – MDE

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