La loi sur l’urgence sanitaire agite nos politiques

L’actualité politique s’est focalisée, ces derniers jours, autour de la loi de prorogation de l’état d’urgence sanitaire adoptée par le Parlement et des décisions du Conseil constitutionnel qui en a censuré certaines dispositions. Calédonie ensemble est monté au créneau, l’État et le gouvernement ont mis fin à la récréation et l’UC en a profité pour demander le renvoi du haut-commissaire, Laurent Prévost, qui lui a répondu fermement.

Profitant de la loi sur l’urgence sanitaire, Calédonie ensemble et l’UC ont accusé, de concert, l’État et le gouvernement de la Nouvelle- Calédonie de vouloir modifier les règles de la quarantaine allant jusqu’à affirmer que la protection des Calédoniens était menacée. L’État a-t-il empiété sur ces compétences sanitaires ? Non et les pendules ont vite été remises à l’heure par un communiqué laconique conjoint du haut-commissariat et du gouvernement. Il précise que « la loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire ne remet pas en cause les dispositions relatives aux contrôles sanitaires aux frontières qui relèvent de la Nouvelle-Calédonie » et que, dans ce cadre, « le dispositif va continuer d’être mis en œuvre, sous le contrôle du juge des libertés et de la détention ».

Les mesures de confinement strict pour les personnes arrivant en Nouvelle-Calédonie sont donc confirmées, un dispositif qui est désormais contrôlé par l’autorité judiciaire pour se conformer à la décision récente du Conseil constitutionnel.

Communiquer oui, mais

L’agissement de nos parlementaires n’a pas plu à l’Avenir ensemble. Dans un communiqué, la liste non indépendantiste rappelle tout d’abord que si « les parlementaires Calédonie ensemble ont jugé dangereuse pour notre pays » la loi prorogeant l’état d’urgence sanitaire, ils ont « simplement oublié de préciser qu’ils n’ont rien fait pour adapter cette loi dans les assemblées où ils sont encore censés représenter les Calédoniens ». Et de rajouter : « Comble de l’ironie, c’est le gouvernement français qui a déposé un amendement pour autoriser le haut-commissaire à déterminer le lieu de quarantaine pour les futurs arrivants ». Pour l’Avenir en confiance, « le fait d’être dans l’opposition n’exonère pas d’un minimum d’esprit de responsabilité et de solidarité avec les Calédoniens ».

Du spectacle

Dans le fond, il ne s’agissait que d’un mélange de provocation et de spectacle de la part de nos parlementaires, ceux-là mêmes, effectivement, qui ont saisi le Conseil constitutionnel pour dénoncer une loi qu’ils venaient d’approuver les jours précédents. Une tentative supplémentaire de Calédonie ensemble pour déstabiliser le gouvernement Santa, accompagné dans la foulée par certains indépendantistes qui, depuis le début de la crise, cherchent à minimiser le rôle du gouvernement et celui de l’État en vue du deuxième référendum.

Cela s’est confirmé, ce lundi, par une lettre ouverte de Daniel Goa. Le président de l’Union calédonienne, jugeant la loi sanitaire contraire aux principes de l’Accord de Nouméa, demande ni plus ni moins le renvoi du haut- commissaire, ce qui n’est pas nouveau, ainsi que celui du commandant des forces armées de Nouvelle-Calédonie. Selon le leader indépendantiste, ce dernier aurait « laissé clandestinement rentrer et sortir ses militaires, ses gendarmes, son équipage en partie infesté et ces 62 hommes.» Pour Daniel Goa, « à ce niveau hiérarchique, ces faits sont graves et ne peuvent pas être le fait d’un excès de pouvoir maladroit ou d’une faute, ils relèvent plus d’une volonté dont on cherche à comprendre les aboutissements ».

L’UC en a profité pour réclamer également la suspension de « toutes les dérogations de vol en provenance de l’étranger et de Métropole tant que le corpus de lois prises dans le cadre de l’urgence sanitaire en Métropole n’était pas retiré pour la Nouvelle-Calédonie ». Et comme si cela ne suffisait pas, le président de l’UC a aussi invectivé le secrétaire général du haut- commissariat, Laurent Cabrera, sur la gestion de la crise sanitaire, sur l’autorité judiciaire, qui n’a pas apprécié publiant, en retour, un communiqué de réprobation. Une lettre qui a finalement permis au haut-commissaire de répondre (lire plus loin) en remettant Daniel Goa dans ses 22 mètres, en tout cas en faisant passer le message indiquant que l’État tenait son rôle en Nouvelle-Calédonie.

Après cette histoire liée directement à la loi sanitaire, qui peut encore prendre au sérieux les propos de nos parlementaires et de ceux du président de l’UC qui, on le sait, cherche à tout prix à déstabiliser l’opinion publique et internationale dans le cadre de sa campagne pour le deuxième référendum. Pour Daniel Goa, tout est permis et tout devient prétexte à rabaisser l’État, comme le prouve cette histoire des 62 militaires.

Pour rappel, cette arrivée de contingent encadrée par les normes sanitaires de la Dass (21 jours de quarantaine stricte et tests à l’issue) était programmée depuis des semaines. Mais le plus fort, c’est qu’elle a surtout été validée par Gilbert Tyuienon, le vice-président du gouvernement lui-même, en charge des transports et… membre de l’UC. Au moins, on est sûr que Daniel Goa, lui qui est resté si muet pendant la gestion de la crise, s’est réveillé de sa torpeur, égal à lui même et ses propos n’ont pas évolué.


Laurent Prévost répond à Daniel Goa

C’est à souligner, car il est rare qu’un haut-commissaire fasse une telle démarche. Intitulé « Rétablir les faits », c’est par un communiqué de deux pages que Laurent Prévost a tenu à répondre, point par point, aux multiples accusations et positions du président de l’UC. Un communiqué qui a confirmé aux composantes politiques du territoire la position de Paris sur le contexte calédonien et la gestion de la crise du Covid-19 sur le territoire. Si le haut- commissaire s’est montré ferme dans son écrit, il indique pour autant être toujours ouvert au dialogue et regrette les propos de Daniel Goa avançant qu’il a « manifestement mal été informé », précisant que « le seul but politique ne peut suffire à justifier les excès et contre- vérités ».


Interpellé, le Premier ministre a répondu

©AFP 

Édouard Philippe a été questionné mercredi, à l’Assemblée nationale par la députée UDI Patricia Lemoine au nom des parlementaires, Philippe Gomès et Philippe Dunoyer, sur la loi d’urgence sanitaire et le cas spécifique de la Nouvelle-Calédonie. Le Premier ministre, qui a indiqué avoir eu des discussions sur la question avec les parlementaires calédoniens, les présidents du gouvernement et du Congrès, les présidents des provinces Nord et Sud et le président de l’Union calédonienne, s’est félicité des mesures prises jusqu’alors en Nouvelle-Calédonie, conjointement par le haut-commissaire, au titre des entrées sur le territoire, et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, s’agissant de la politique sanitaire. Saluant le travail réalisé localement, il a reconnu que la loi nationale sur l’urgence sanitaire rendait plus difficile l’application d’une telle quarantaine en Nouvelle- Calédonie, tout en précisant qu’elle ne l’interdit pas. Édouard Philippe a indiqué qu’une évolution de la loi d’urgence sanitaire nationale pour le territoire serait donc prochainement évoquée au Sénat.

C.S.

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