La fin d’années de violence

La poignée de main du 26 juin 1988 marque la fin des Évènements, de 1984 à 1988, une quasi-guerre civile qui a abouti à la prise d’otages meurtrière d’Ouvéa, un électrochoc.

Les tensions se font sentir dès le début des années 1980, avec l’élection de François Miterrand, l’assassinat du secrétaire général de l’UC, Pierre Declercq, en 1981, et l’arrivée à la tête du gouvernement de Jean-Marie Tjibaou en 1982. La table ronde de Nainville-les-Roches, en 1983, ne calme pas les esprits. Jacques Lafleur refuse de signer la déclaration commune qui reconnaît le fait colonial, « le droit inné et actif à l’indépendance » du « peuple kanak, premier occupant », et acte le concept de « victimes de l’histoire ».

En 1984, le statut Lemoine dote la Nouvelle- Calédonie d’une large autonomie et prévoit un référendum en 1998, suscitant une forte opposition. Éphémère, il est suivi des statuts Fabius-Pisani en 1985 et Pons en 1986, avec un scrutin d’autodétermination fin 1987. Les indépendantistes le boycottent, et la quasi-totalité des votants s’exprime en faveur du maintien du territoire dans la France.

Un long cheminement

Parallèlement, l’île sombre dans les Évènements. État d’urgence, couvre-feu, assassinat d’Éloi Machoro en janvier 1985, attentats, milices, barrages et, point culminant de cette période tragique, la prise d’otage d’Ouvéa en 1988.

Après avoir attaqué une gendarmerie, faisant quatre morts, des indépendantistes se retranchent dans une grotte avec 23 otages. L’affaire, entre les deux tours de la présidentielle, est éminemment politique. L’assaut de la grotte est ordonné par le gouvernement Chirac. Bilan : 21 morts, dont 19 Kanak et deux militaires. Ce funeste épisode marque une prise de conscience. Le conflit doit cesser.

En mai, le nouveau Premier ministre, Michel Rocard, désigne une mission du dialogue en Nouvelle-Calédonie. S’ensuivent des jours et des nuits d’âpres négociations à Matignon, à Paris.

« Ça prendra le temps que ça prendra, mais vous resterez là », assène Michel Rocard, à l’adresse de Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou. Enfermés dans une pièce, la veille du 26 juin, les deux hommes déterminent, entre autres, les frontières des futures provinces et finalisent les accords de Matignon.

Ils en sortent à l’aube, vers 6 heures du matin. Et se serrent la main. Une poignée symbolique de la paix retrouvée qui ne sera pas comprise par l’ensemble de leur camp respectif. Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné seront assassinés en 1989.

Anne-Claire Pophillat (© Georges Bendrihem/AFP)

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