La fanfare Malawi, 20 ans à faire vibrer l’archipel

Lors des Jeux du Pacifique, en 2011, au vélodrome de Magenta (©La fanfare Malawi)

Depuis deux décennies, la fanfare Malawi fait résonner ses cuivres sur tout le territoire, jusqu’à peu à peu se forger une place dans le paysage culturel calédonien. Une aventure musicale devenue, au fil du temps, une histoire de famille.

Si on lui avait dit que la fanfare dans laquelle il jouait en 2006 fêterait un jour ses 20 ans, Jérôme Seguin ne l’aurait sans doute pas cru. « L’objectif était simplement de regrouper des gens qui faisaient de la musique pour s’amuser et donner du plaisir aux gens », décrit le trompettiste. Et pourtant. Voici deux décennies que la fanfare Malawi sillonne le pays, reconnaissable à ses instruments imposants et ses tee-shirts orange, suscitant curiosité et émerveillement.

Comptant parmi ses premiers membres, Jérôme Seguin se souvient avec précision de sa création. Une réunion avait été organisée à Yahoué, chez Arnaud Vazeille, à l’origine du projet. C’était fin 2005. Plusieurs musiciens, amateurs ou professionnels, qui se connaissaient de près ou de loin, étaient réunis autour de la même envie : constituer un répertoire commun et jouer ensemble.

Le nom, lui, n’a pas tardé à être trouvé, presque naturellement. « Arnaud nous a dit : « Moi, cette fanfare, je veux l’appeler la fanfare Malawi. » Parce que tous les jours, il avait la vue sur le pic Malaoui ». La boîte était lancée.

L’une des premières répétitions de la fanfare, en 2006. La troupe était alors composée d’une dizaine de musiciens. Le premier concert s’était tenu au kiosque à musique, à Nouméa en journée. « Il n’y avait personne, ça a été un grand moment de solitude. Mais bon, il fallait bien un début », sourit Jérôme Seguin. (©La fanfare Malawi)

UNE CENTAINE DE MUSICIENS

Au fil des années, « entre 100 et 150 » musiciens sont passés par la fanfare. Loin d’être un frein, ce turn-over a permis à la troupe de perdurer, estime Jérôme Seguin. « C’est un mal pour un bien. Si on avait uniquement gardé les musiciens du début, elle n’existerait plus. Les gens qui arrivent apportent une énergie nouvelle. Nous, les anciens, ça nous permet d’avancer avec des personnes qui ont de nouvelles idées, de nouvelles perspectives. »

Tous – ou presque – ont leur petit surnom, attribué généralement par la troupe au bout de quelques semaines. « Ce n’est pas la personne qui choisit son surnom, ça lui tombe dessus », explique Hélène Corenflos, qui a rejoint la fanfare il y a dix ans avec son mari. La clarinettiste a pour sa part été surnommée « Reine mère », pour des raisons qu’elle ne définit pas clairement. Peut-être parce que « j’aime mon confort et les belles choses, je ne sais pas trop ». Jérôme Seguin, lui, a hérité du surnom « Tiger », en référence à Tiger Woods, pour sa pratique du golf. « Au final, les gens te connaissent plus sous ton surnom que sous ton nom ! », sourit-il.

Ensemble, ils ont joué dans toute la Nouvelle-Calédonie. D’abord à Nouméa, dans des bars et restaurants comme La Fiesta, l’ancien club de squash le Galapagos ou encore lors des carnavals et de la fête de la Musique, devenus des véritables « institutions » pour la fanfare. Mais aussi, sur la Grande Terre et dans les Îles. Les souvenirs sont nombreux. Jérôme Seguin se souvient notamment d’une tournée autour de la Grande Terre, organisée à l’occasion des cinq ans de la troupe. Alors que les joyeux fanfarons s’apprêtaient à se rendre jusqu’à Poingam, à Poum, ils se sont retrouvés nez à nez avec un radier inondé. Impossible de traverser. « À ce moment-là, on se regarde tous et on se dit : « Qu’est-ce qu’on fait ? »… Puis nous avons sorti les instruments et joué », raconte Tiger. De quoi faire le bonheur des personnes présentes.

Pour la fanfare, même un radier inondé est une occasion de plus de sortir les instruments. (©La fanfare Malawi)

Sur le Betico à destination des îles, dans un magasin au milieu des rayons, sur le haut du pic Malaoui… Aucun lieu n’est trop insolite pour sortir les instruments et jouer. « En général, les gens sont contents de nous voir jouer parce que ce n’est pas commun des troupes comme la nôtre, surtout en dehors de Nouméa », souligne Hélène Corenflos.

APPORTER LA JOIE

Régulièrement, des tournées en tribu sont organisées. L’occasion d’apporter de la joie aux habitants, mais aussi de faire découvrir les instruments aux enfants. « Lors des coutumes d’au-revoir, on sentait que l’ambiance avait changé. Ils étaient touchés par ce qu’on leur avait apporté. Et ça, c’était très fédérateur pour nous », relate Tiger.

Au fil des années, la fanfare Malawi a marqué plusieurs générations. Dernièrement, « nous étions à l’aéroport et un monsieur est venu nous voir et nous a dit : « Je me souviens de vous, lorsque vous étiez venus jouer à l’école à Lifou ! » Ça nous a fait plaisir », raconte Jérôme Seguin.

Rencontre avec des écoliers de Maré, en 2019. (©La fanfare Malawi)

L’un des rituels de la fanfare est d’organiser chaque année un week-end à l’île des Pins. Là-bas, chaque nouveau fanfaron doit exécuter une sorte de rituel d’initiation : monter sur une table et chanter seul une chanson. « Un jour, l’une d’entre nous a chanté J’entends le loup, le renard et la belette. Son surnom a été vite trouvé, depuis on l’appelle la belette ! »

Ils ont également voyagé ensemble dans d’autres pays. D’abord au Vanuatu, puis à Tahiti et dernièrement à Brisbane, en Australie, pour participer au French Festival. « Les organisateurs ont adoré et nous ont demandé de revenir ! »

À force de concerts, de semaines de cohésion et de voyages, la fanfare Malawi est devenue une grande famille. Très peu ont par ailleurs des parents sur le territoire, ainsi, petit à petit, la fanfare a joué ce rôle. « À Noël, la tradition, c’est de tous nous rassembler. Chacun apporte un plat de sa région et on organise des concours culinaires », décrit Hélène Corenflos, qui fait partie de la team Ch’tis, avec deux autres musiciens. « Il y a quatre ans, on les a ratatinés. Du coup, ça leur a mis la gnaque pour les années suivantes ! », plaisante-t-elle.

La fanfare a participé cette année au French Festival, à Brisbane, en Australie. (©La fanfare Malawi)

Certains, comme Charlotte et Manon, ont grandi au rythme des répétitions et des concerts de la troupe, leurs parents ayant intégré l’équipe à ses débuts. Aujourd’hui professeur de violon, Charlotte fait toujours partie de la troupe. « Pour elle, la fanfare, c’est une histoire de cœur », souligne Tiger.

Entre 2006 et aujourd’hui, le répertoire a évidemment évolué, même si certaines chansons, comme « Mon amant de Saint-Jean », « Emmenez-moi », de Charles Aznavour, ou La Pitchouli, restent des marques de fabrique de la joyeuse fanfare, qui en joue plus de 80 au total. Autant de morceaux que le public aura encore l’occasion d’écouter dans les années à venir. Avec un objectif bien défini : « Continuer à faire plaisir aux gens ».

Nikita Hoffmann

Rendez-vous samedi 10 octobre

La fanfare Malawi fêtera ses 20 ans samedi 10 octobre, au restaurant Le Bout du monde, de 14 heures à minuit. Pour l’occasion, le groupe australien Hot Potato Band sera également présent. Les billets sont en vente sur eticket.nc