La démocratie à l’épreuve de la crise sanitaire

La crise du Covid-19 qui frappe le monde depuis maintenant plus d’un an n’a pas que des conséquences sanitaires. Elle s’est accompagnée d’une crise de confiance sans précédent envers les responsables politiques, amplifiée par un flot de fausses informations sur les réseaux sociaux. La Nouvelle-Calédonie, qui a été rattrapée par le virus, ne fait pas vraiment exception et la communication est devenue un enjeu particulièrement important, au même titre que la défense des libertés.

Un véritable climat de défiance s’est installé en Métropole à l’égard du gouvernement et de la classe politique de manière générale. La Nouvelle- Calédonie n’en n’est pas encore là, mais la privation des libertés avec le confinement suscite des oppositions bien au-delà des cercles complotistes.

Le masque a notamment été à l’origine de quelques réactions épidermiques. Les autorités tentent de responsabiliser la population en imposant le port du masque de manière très stricte, dès le premier jour de l’obligation, les amendes ont commencé à tomber et alors même qu’il était difficile de s’en procurer dans des commerces dévalisés. Sans compter que le gouvernement avait seulement communiqué la veille sur les types de masques autorisés ou non. Quelques mois plus tôt, c’était le même gouvernement qui votait le droit à l’erreur pour les entreprises, partant du principe bienveillant que tout le monde peut se tromper. Cette gestion très ferme et ce décalage nourrissent un certain ressentiment envers les responsables politiques et une partie de la population qui bénéficierait d’un traitement plus favorable. S’il n’est pas évident d’affirmer qu’il existe un régime de passe-droits, les innombrables commentateurs sur les réseaux sociaux ne prennent pas tant de précautions.

Des satisfecit pas nécessairement partagés

Une chose est sûre, de nombreux Calédoniens ne partagent pas les satisfecit que s’attribue le gouvernement sur sa gestion de la crise. Certains partis politiques indépendantistes, mais pas seulement, ont, dès le précédent confinement, formulé des critiques envers une gestion associant trop peu l’ensemble des partenaires. Le prêt de 28,6 milliards de francs, accordé par l’Agence française de développement et les clauses qui lui étaient assorties ont suscité de vives réactions et poussé des élus du Congrès à demander l’ouverture d’une commission d’enquête. Plus consensuel, le président de l’institution aura préféré la création d’une mission d’information, le 20 mars 2020. Elle a été arrêtée au mois d’octobre.

Alors même que cette mission n’a encore produit aucune conclusion sur la gestion de la première crise sanitaire, elle vient d’être réactivée. Elle s’est réunie jeudi dernier autour de plusieurs dossiers : les conséquences de l’introduction du virus sur l’économie, la situation de la Cafat, le reliquat des crédits disponibles pour faire face à la crise et la manière dont le virus a été introduit. Un point sur lequel le gouvernement reste prudent, une enquête étant en cours à Wallis-et-Futuna. Selon un article du Monde, la crise pourrait être le fruit d’une « fuite dans l’organisation de la quatorzaine en hôtel ». Autant de questions que se pose la population calédonienne, même si le temps de l’enquête est nécessaire pour faire toute la lumière.

Reste que contrairement à ce qu’a pu affirmer le porte-parole du gouvernement, la bulle sanitaire a montré des failles et déjà avant l’introduction du virus, des médecins de la Dass, mais aussi du CHT ou encore de l’Institut Pasteur avaient identifié des fragilités dans le système et estimaient nécessaire de le renforcer. Une fois encore, le peu d’informations délivrées par les autorités fait le lit de tous les fantasmes. C’est le cas d’Aircalin souvent pointée du doigt, notamment sur le fait que la compagnie transporterait des passagers en provenance de Wallis-et-Futuna et de Nouvelle-Calédonie dans le même avion que des personnes revenant de Fidji et potentiellement infectées. La compagnie confirme qu’elle embarquait parfois des passagers dans le cadre de rapatriements de Fidji, mais toujours sous la supervision des autorités sanitaires et en respectant des protocoles stricts.

Des motifs impérieux à « géométrie variable »

Un exemple qui illustre une défiance grandissante de la population envers ses responsables politiques. À l’occasion d’une réunion publique sur le vaccin, organisée le 15 février par le collectif Ensemble pour la planète, Philippe Dunoyer, le député de la première circonscription, a lui-même expliqué que les motifs impérieux pouvant justifier des entrées et des sorties du territoire étaient à « géométrie variable ». Les témoignages de personnes ayant mis en avant de faux motifs ne manquent pas. La fausse promesse d’embauche est un classique. De là à penser qu’il existe des passe-droits, il n’y a qu’un pas que de nombreux Calédoniens franchissent là encore allègrement. Le fait est que peu, voire aucun contrôle n’est effectué, alors que la quatorzaine aura un coût non négligeable de plusieurs milliards de francs qui sera supporté par les contribuables calédoniens.

Le gouvernement tient de manière générale un discours rassurant, on le comprend, sur sa maîtrise de la situation. Là encore, certaines décisions, comme son refus de communiquer les comptes rendus de la cellule de crise sanitaire, ne renforcent pas la confiance entre les élus et la population. Un refus confirmé par le tribunal administratif le 13 mars qui scandalise l’association qui rappelle que le journal Mediapart a pu être destinataire de documents similaires en Métropole. L’association exige un débat public sur l’ensemble des questions sanitaires sur lesquelles ses membres s’estiment dépossédés de leur liberté de choix et se voient imposer des décisions par des élus à qui ils n’ont pas donné de mandat pour le faire.

C’est tout particulièrement le cas sur la perspective d’une obligation vaccinale pour pouvoir travailler ou voyager. Pour eux, le vaccin doit rester un choix fait en toute connaissance des risques encourus, un point sur lequel ils attirent également l’attention. Selon EPLP, les risques liés à la vaccination ne sont pas suffisamment expliqués, sans compter que des pressions sur des salariés ont commencé à être signalées, ce qui est parfaitement discriminatoire et potentiellement répréhensible, comme l’a récemment rappelé la Direction du travail et de l’emploi. Au même titre que n’importe quel médicament, le vaccin présente des risques qui doivent être clairement précisés. Par peur des effets secondaires, nombreux sont les Calédoniens à refuser de se faire vacciner. C’est pour ces raisons qu’EPLP réclame un débat public au Congrès afin que soient discutées les mesures visant à lutter contre le Covid-19. La situation politique actuelle pose cette question de la démocratie sanitaire et de la transparence ou de l’accès à l’information avec d’autant plus d’acuité. Le fait que le 16e gouvernement ne soit plus un gouvernement de plein exercice interpelle quant à sa légitimité et davantage encore quant à l’absence de consensus des différentes composantes du 17e exécutif.

M.D.

@M.D 


Une « cellule anticipation » pour mieux se préparer…

La communication du gouvernement est parfois peu affirmative. C’est le cas pour les professionnels de santé qui, contrairement à ce qui a été déclaré, n’ont pas véritablement reçu de consignes et peuvent, s’ils le souhaitent, continuer à pratiquer des actes pas vraiment urgents, comme des détartrages pour les dentistes. C’est également le cas de la « cellule anticipation », tout à fait officielle, qui a fait l’objet d’une communication de la part du gouvernement et dont la vocation est précisément d’anticiper. Reste que l’on se demande bien comment cette dernière fonctionne, qui en fait partie et quelles réflexions elle a pu produire toute cette année. Des questions que nous avons posées sans pouvoir obtenir de réponse. Si la communication institutionnelle a vocation à transmettre de l’information, elle bien souvent utilisée pour servir des intérêts politiques.

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