Doniambo, qui bénéficie d’un fort soutien de l’État, envisage un retour à la rentabilité à l’horizon 2029-2030. Un des paramètres réside en la reprise d’activité des mines sur la côte Est.
« Nous avons de la perspective jusqu’à la fin de l’année, et un peu au-delà. » À travers la phrase de Guillaume Kurek, directeur général de la SLN, mardi 21 avril, une conviction apparaît. La visibilité sur la trésorerie s’étend sur environ dix mois, grâce à des économies satisfaisantes et à une bonne production, réalisées fin 2025 et début 2026, mais aussi à une légère amélioration du cours du nickel. Même si la parité euro-dollar US et le coût du pétrole modèrent l’enthousiasme.
La société a de plus bénéficié d’une nouvelle aide de l’État, inscrite dans l’accord complémentaire Élysée-Oudinot de janvier : un emprunt obligataire de 240 millions d’euros, soit 28,6 milliards de francs. Une première tranche de 115 millions (13,7 milliards de francs) a été versée fin décembre. La seconde, de 125 millions (14,9 milliards de francs), est prévue en juin. Il faut ainsi démontrer au gouvernement national que les engagements sont tenus et que la confiance peut être accordée. « Nous avons encore besoin de beaucoup d’argent. »
Car voilà, « la situation reste difficile, elle ne tient qu’à un fil », admet le dirigeant qui a, à nouveau, tracé la ligne d’attaque : un retour à la rentabilité en 2029 ou 2030. Cet espoir s’appuie sur au moins deux piliers essentiels. La SLN compte sur l’augmentation de la demande de nickel dans le monde, qui doit favoriser une élévation du cours. Des analystes tablent sur une valeur du métal autour de 15 400 dollars US la tonne.
Enfin, second élément capital, au-delà du plan d’économies à poursuivre, Doniambo espère que la production de minerai soit totalement relancée sur les mines de la côte Est. Parce qu’aujourd’hui, « nous sommes cruellement en attente » d’activité sur ces sites.
VOLUMES EN BAISSE DE 20 À 25 %
À Kouaoua, les tensions perdurent après la décision de faire du roulage sur une nouvelle piste et ainsi construire quatre ponts, la réparation du convoyeur Serpentine étant jugée trop onéreuse et trop exposée à des dégradations.
À Thio, le contexte reste compliqué. D’ici l’horizon 2029 ou 2030, le besoin en financement auprès de l’État se réduirait au fil des années, selon le plan présenté aux autorités parisiennes. Qui sont régulièrement sollicitées pour un soutien sur le coût de l’énergie, à l’image des entreprises électro-intensives de l’Hexagone. Mais le flou sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie freinerait toute décision.
Vu l’accès compliqué à la ressource – les volumes ont baissé de 20 à 25 % –, l’alimentation de l’usine pyrométallurgique est privilégiée pour la meilleure utilisation possible des fours. L’export de minerai est quasi inexistant : seules 50 000 tonnes ont été expédiées au premier trimestre, soit un bateau, c’est-à-dire moins de l’équivalent d’une commande mensuelle ordinaire.
Guillaume Kurek évoque, en outre, « une synergie avec KNS » dont l’activité est actuellement arrêtée. Après l’achat de charbon, effectif début mai, la SLN espère que le chargement suivant sera celui de minerai. « Nous avons signé un contrat », le stock au niveau de l’usine à Vavouto est évalué à « 200 000 tonnes ». Cette acquisition constituerait une étape historique entre les deux pôles métallurgiques.
Y.M.
À Nouméa et à Paris, l’urgence d’un redressement

L’avenir de la SLN pourrait dépendre des décisions de la maison-mère Eramet aujourd’hui en pleines turbulences.
La Société Le Nickel ne va pas bien, nulle surprise. « On perd toujours beaucoup d’argent », a reconnu, mardi 21 avril, Guillaume Kurek, directeur général de l’entreprise. D’après une communication de la maison-mère, Eramet, mi-février, les pertes de la SLN se sont élevées à 107 millions d’euros, soit 12,8 milliards de francs, en 2025. Ses exercices sont déficitaires depuis 2012. L’État tient maintenant la « vieille dame » à bout de bras.
Signe de la mauvaise santé actuelle de Doniambo, le sidérurgiste japonais Nisshin Steel, actionnaire à hauteur de 10 %, a fait part de sa volonté de sortir du capital de la SLN et a sollicité Eramet pour acquérir sa participation « pour un montant symbolique ». Le groupe français, qui a répondu favorablement à la demande, voit donc son poids passer de 56 % à 66 % dans l’actionnariat de la société calédonienne. Ce qui n’accroît pas le risque sur le plan de son exposition économique, puisque l’enseigne tricolore ne finance plus sa filiale depuis fin 2023.
Une phrase d’Eramet en dit toutefois long : cette opération d’achat « est destinée à préserver le maximum de flexibilité dans le cadre des travaux sur l’avenir de la SLN ». C’est-à-dire : il peut y avoir du mouvement capitalistique.
DÉPARTS ET PERTE
D’autant qu’à Paris, le groupe traverse une crise rare. Après le licenciement du directeur général, Paulo Castellari, et « la dispense d’activité temporaire » du directeur financier, Abel Martins Alexandre, début février, le mineur et métallurgiste a dévoilé de très mauvais résultats : une perte nette de 477 millions d’euros, soit 57 milliards de francs, en 2025.
Cette déconvenue l’a conduit à prévoir une recapitalisation de 500 millions d’euros, ou près de 60 milliards de francs, en 2026, ainsi qu’une « revue stratégique d’actifs » dans le but d’une recherche de partenaires susceptibles de les « monétiser » – en clair des ventes –, a expliqué Christel Bories, revenue au poste de PDG.
Selon le journal Financial Times, repris par l’AFP, la famille Duval, qui détient 37 % du capital d’Eramet, a mandaté la banque d’affaires franco-américaine Lazard pour étudier une possible cession de ses parts. Les regards se tournent aussi naturellement vers la SLN, entité non compétitive. Encore faut-il que la société calédonienne soit vendable, mais aussi désensibilisée politiquement.
Des efforts sont entrepris en interne en faveur d’un rebond. Les Indiens de JSL, pour Jindal Stainless Limited, ont exprimé et expriment un intérêt. Mais, questions : est-ce pour les mines seules ou l’ensemble, avec l’usine métallurgique ? Ce profil plaît-il réellement à l’État, propriétaire de 27 % d’Eramet ? La mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie a annoncé vouloir une stratégie nickel à la mi-année.
Yann Mainguet
1 796
À la lecture du rapport intégré 2025/2026 d’Eramet publié vendredi 10 avril, la SLN compte 1 796 collaborateurs (à comparer aux 1 704 en Indonésie, dont 1 653 salariés PT Weda Bay Nickel, une joint-venture à laquelle participent le groupe chinois Tsingshan Holding Group en tant qu’actionnaire majoritaire, la société française Eramet et PT Antam Tbk, une entreprise d’État indonésienne). Les effectifs de la SLN ont nettement fondu en quelques années.
DEUX INVESTISSEMENTS MAJEURS
Malgré les difficultés financières de taille, deux chantiers s’imposent à Doniambo. Tout d’abord, la réfection de la voûte du four FD10. Les travaux, estimés à 1,7 milliards de francs, vont démarrer en juillet. Cet investissement permet de prolonger la durée de vie de la structure de dix à quinze ans.
L’autre projet conséquent se trouve dans le sigle AEP, pour atelier d’extrusion des poussières. L’idée étant de traiter tous ces rejets et en faire des boudins réinjectés ensuite avec le minerai dans les fours. La construction de cette unité est prévue à partir de la fin 2026 et sur toute l’année 2027. Le montant de la facture est équivalent au premier chantier, environ 1,7 milliards de francs.
RELANCE DE L’EMPLOI
D’après Guillaume Kurek, directeur général de la SLN, si l’activité minière redémarre à Thio, à Kouaoua, sur Stamboul, Kiel (Houaïlou), et Constantine (ex-CFTMC), « ce sont plus de 500 emplois qui peuvent être créés en quelques semaines ». Une ouverture de sites est espérée cette année.
Pour Thio, l’espoir est davantage porté sur « 2027, au mieux ». Quand la SLN fonctionne normalement, ajoute le dirigeant, « la société injecte 63 milliards de francs par an dans l’économie du pays ».

