La découverte de super-coraux dans la mangrove de Bouraké redonne de l’espoir

Une lueur d’espoir vient d’apparaître dans l’univers corallien. Des chercheurs de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) de Nouméa, associés à des scientifiques de Sydney, ont mis en évidence la résilience de certains coraux face aux changements climatiques. Une découverte qui pourrait sensiblement modifier les prédictions.

La vie aquatique ne fonctionne pas comme dans un aquarium. Les scientifiques en ont parfaitement conscience, mais lorsqu’il s’agit d’étudier l’influence du changement climatique sur le corail, il n’y a guère qu’entre quatre vitres que c’est envisageable. C’est ainsi qu’ils ont découvert, par exemple, qu’une augmentation de la température de l’eau de 2 à 4 °C amplifie le blanchiment du corail et que l’acidification des océans provoque une diminution du taux de calcification du squelette de calcium de ces animaux marins. Ce scénario catastrophe aboutirait à long terme à la disparition des récifs avec toutes les conséquences que cela implique sur l’environnement (disparition de nombreux poissons, déséquilibre dans la chaîne alimentaire, érosion des côtes, etc.) et la population (notamment celles qui vivent de la pêche). Si ces prévisions sont très sérieuses, il s’agit de résultats obtenus en laboratoire, plus précisément en aquarium. En réalité, les océans sont des systèmes ouverts où prospère une grande variété de coraux dont certains ont tapé dans l’œil les chercheurs calédoniens.

L’équipe de Riccardo Rodolfo-Metalpa, de l’IRD de Nouméa, et de ses confrères de l’Université technologique de Sydney a observé une chose tout à fait surprenante : dans la mangrove de Bouraké, des coraux ont bel et bien poussé comme des champignons alors que la température de l’eau y est plus élevée que dans le reste du lagon et l’eau relativement acide. Si l’on en croit les prévisions climatiques, cela ressemble à ce qu’il se passera sur Terre d’ici une centaine d’années. Comme une goutte d’espoir dans un océan d’inquiétude, on peut donc imaginer que le corail n’est pas condamné à disparaître. Il existe, dans la mangrove calédonienne, un indice permettant de le croire. Reste à comprendre comment ces coraux super-résistants ont réussi à s’adapter. Du 7 au 15 février dernier, une équipe de sept scientifiques de l’IRD de Nouméa et de l’Université de technologie de Sydney a donc exploré la mangrove de Bouraké. « L’objectif de cette mission était d’identifier les espèces de coraux qui s’y développent et d’étudier leurs réponses physiologiques à ces conditions de vie plus difficiles que celles du lagon », explique Riccardo Rodolfo- Metalpa. Durant une semaine, les biologistes marins ont prélevé des échantillons de coraux qui seront envoyés en Australie pour être analysés. D’ici quelques mois on devrait en savoir davantage sur le capital génétique et cellulaire de trois espèces de coraux.

En croisant ces résultats avec ceux obtenus sur des coraux de la Grand barrière australienne, les scientifiques devraient mieux comprendre les capacités d’adaptation des récifs coralliens confrontés au réchauffement climatique. « Nous avons constaté que des habitats riches en phytoplancton où poussent les palétuviers pouvaient représenter des zones refuges pour des espèces très diversifiées de coraux », précise Emma Camp, biologiste marin de la mission. De tels résultats permettront d’ajuster des plans de gestion afin de mettre l’accent sur la préservation des coraux survivant près des mangroves alors qu’ils périclitent ailleurs.

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Pourquoi les océans deviennent plus acides ? 

Le changement climatique est provoqué par une augmentation de la quantité de gaz à effet de serre résultant de l’utilisation des combustibles fossiles et de la déforestation. Le gaz carbonique, connu sous le nom moins poétique de CO2, est l’un des plus importants gaz à effet de serre. Les océans en absorbent environ le quart, entraînant un bouleversement de la chimie de l’eau de mer, notamment une augmentation de son acidité.

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De la Méditerranée à la Papouasie Nouvelle-Guinée

D’ici quelques mois, Riccardo Rodolfo-Metalpa s’envolera vers la Papouasie- Nouvelle-Guinée afin d’étudier d’autres super-coraux qui prospèrent autour d’un volcan. Le bullage* en CO2 s’y fait donc naturellement et l’eau y est légèrement acide. Des conditions à peu près similaires à un site déjà étudié par le biologiste marin dans le golf de Naples en Italie (l’eau y est naturellement acidifiée par des sources de CO2 liées à l’activité volcanique du Vésuve). « En Méditerranée, l’excès de CO2 bénéficie à certaines algues et, concernant les coraux résistants, leurs fonctions biologiques sont plus faibles, leur calcification moins importante, mais ils résistent ! » Dans quelques mois, il pourra comparer ces résultats avec ceux obtenu en Papouasie Nouvelle-Guinée.

*Le bullage consiste à envoyer des bulles de dioxyde de carbone dans un aquarium.

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La mangrove sous serre fait aussi l’objet d’étude sur le changement climatique

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Trois serres de toiles blanches ont été montées derrière la Maison de l’environnement à Boulari. Elles vont servir à mener un projet de recherche sur l’adaptation de la mangrove au changement climatique. Cette étude est menée par des chercheurs de l’IRD en collaboration avec l’UNC et la mairie du Mont-dore. A l’intérieur de chaque serre, des chambre hermétiques contenant un excès de gaz carbonique ont été installées. La concentration y est double afin de se mettre dans les conditions prévue dans 100 ans. Une foule de palétuviers a commencé à grandir dans ces conditions exceptionnelles. Les scientifiques vont étudier leur croissance et quelques données physiologiques afin d’en savoir un peu plus sur ces arbres qui absorbent tant de C02. À taille égale, une mangrove capte davantage de gaz carbonique qu’une forêt équatoriale.

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Notre récif fait grise mine

Jusqu’à présent épargné par le blanchissement corallien à grande échelle, notre récif est aujourd’hui menacé. Les chercheurs de l’IRD, les sentinelles d’une association environnementale (Paladalik) et des usagers du lagon observent depuis plusieurs semaines une dépigmentation progressive des récifs calédoniens. Ce phénomène exceptionnel qui influence la croissance, la fertilité et la reproduction du corail peut également entraîner sa mort. Il serait provoqué par l’élévation des températures de surface (de 1 à 2 °C) depuis plusieurs semaines consécutives mais les scientifiques sont à pied d’œuvre pour en découvrir davantage sur les raisons d’un tel phénomène et ses conséquences. Cet épisode préoccupant va également leur permettre d’observer le comportement des coraux dans des conditions relativement proches de ce qu’elles devraient être dans le futur.

V. Grizon

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