La « bulle trans-Tasman » compromise ?

De nouveaux cas de coronavirus dans le Victoria et des frayeurs en Nouvelle-Zélande semblent compromettre, pour l’instant, la création d’un corridor entre les pays.

L’idée de la création d’un corridor régional d’abord entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, puis éventuellement avec certaines îles du Pacifique était alléchante. Elle permettrait d’envisager le retour des liens affinitaires, économiques et surtout touristiques. Mais cette idée de « bubble » était envisagée pour des pays « Covid-Free », c’est-à-dire exempts de coronavirus, et la récente actualité sur le plan sanitaire lui a sérieusement mis du plomb dans l’aile.

Inquiétudes dans le Victoria, l’État isolé

La situation s’est, en effet, retendue en Australie, après un assouplissement des restrictions dans les différents États au mois de mai et la réouverture de certaines frontières internes (sauf le Queensland, la Tasmanie, l’Australie-Occidentale). Si la plupart en ont pour l’instant terminé avec le virus, demeure un total de 463 cas actif dans le pays. Le New South Wales se réjouit d’un très faible nombre de nouveaux cas, mais le Victoria connaît, en revanche, une progression inquiétante depuis une semaine avec plus d’une dizaine de nouveaux cas par jour et une circulation locale du virus. Sur les 20 cas positifs mercredi, un seul revenait de voyage. Sept concernaient des « clusters » et neuf ont été identifiés lors de tests volontaires. Un décès a été déploré le même jour.

Le risque d’un nouveau confinement est bien réel si la situation venait à s’aggraver et les autres États, au mieux, déconseillent les voyages dans cette région du sud. Les frontières nationales, quant à elles, restent fermées et le ministre australien du Tourisme a estimé peu probable une ouverture avant 2021, excepté éventuellement pour les étudiants, les voyageurs de longue durée voire le commerce essentiel, avec une quarantaine. Qantas a annoncé la suppression de tous ses vols internationaux sauf vers la Nouvelle-Zélande…

Réserves en Nouvelle-Zélande

En Nouvelle-Zélande, justement, une récente erreur dans la gestion de la quarantaine de deux femmes en provenance de Grande- Bretagne, finalement testées positives après avoir circulé dans le pays, a refroidi les ardeurs des Kiwis. Malgré les règles en vigueur aux frontières (une quarantaine stricte de 14 jours pour les personnes autorisées à rentrer), l’évènement a montré à quel point la situation demeurait fragile. Devant le tollé provoqué par cette a aire, qu’elle a elle-même révélée, la Première ministre, Jacinda Ardern, a annoncé qu’elle con ait à l’armée la gestion de ses frontières.

Au regard de la situation en Australie, les Néo- Zélandais, pourraient, s’ils le souhaitaient, s’ouvrir à certains États qui ne comptent pas de cas actifs, mais ils devraient s’assurer que leurs frontières internes et externes ne sont pas poreuses. Or les garanties semblent insuffisantes, surtout si le pays assouplit ses règles pour les étudiants et autres voyageurs de longue durée.

À ce que l’on peut lire dans les médias, il est plus largement estimé que les deux pays n’ont pas le même degré de tolérance par rapport à la maladie, l’un souhaitant minimiser le nombre de cas, l’autre souhaitant s’en prévenir à tout prix. L’opinion publique se serait retournée en défaveur du corridor ces derniers jours, les Néo-Zélandais préférant rester en sécurité, avec une économie générale en marche.

On peut ajouter que la situation politique n’est pas en faveur d’une telle prise de risque, les élections générales arrivant au 19 septembre. Un cas flottant, générant une épidémie, pourrait très bien impacter voire coûter sa place au gouvernement, malgré la popularité de sa cheffe.

Considérations économiques

Une fois le rapport entre ces deux voisins considéré, reste à savoir quel sort sera réservé aux îles du Pacifique dont certaines sont effectivement « Covid-Free » et dont l’économie, pour beaucoup, repose justement sur le tourisme en provenance d’Australie et de Nouvelle-Zélande (87 % aux îles Cook). Le Dr. Colin Tukuitonga, ancien directeur général de la CPS, médecin expert en santé publique et ancien commissaire à l’OMS (dans The Spinoff.co.nz), a plaidé, début juin, pour que la priorité en Nouvelle-Zélande soit donnée aux Cook, à Niue et aux Tokelau dont les habitants sont des résidents néo-zélandais. Puis à Fidji qui n’a pas de cas depuis plus d’un mois et qui rêve d’une « bula bubble » ou encore aux Samoa et aux Tonga qui ont aussi montré tout leur sérieux dans cette crise.

Il n’est généralement pas fait mention des îles françaises du Pacifique alors que la Nouvelle- Calédonie et Tahiti ont fait part de leur intérêt. On peut imaginer, là encore, que l’on observe nos liens avec la Métropole, qui a elle-même ses frontières ouvertes avec l’Europe et le reste de l’outre-mer…

Pour tous, l’enjeu est et sera d’évaluer le rapport entre le risque sanitaire et les pertes économiques envisagées. Avec des différences fondamentales dans les situations. Si certains pays peuvent se passer du tourisme international, un impact colossal est à attendre dans les États où c’est la principale source de revenus.

Quoi qu’il en soit les fermetures annoncent des heures bien sombres pour l’industrie touristique de la région. Sachant qu’en général, le tourisme local, quand il existe, ne concerne qu’une partie des populations, les week-ends, et ne sera pas suffisant pour sauver les entreprises.

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