La Brousse s’invite au Congrès

Comme nous vous l’annoncions la semaine dernière, les élus du Congrès ont examiné – et adopté – mardi un projet de délibération du gouvernement, travaillé par la Davar, qui doit dévaloriser de 30 % la prime à la vache allaitante sans contrepartie immédiate.

Cette aide, imaginée par Éric Babin et instaurée en 2007, visait à relancer la production de viande bovine en favorisant la recapitalisation des troupeaux reproducteurs et en améliorant le revenu des éleveurs bovins. Tout en permettant une identification du cheptel calédonien. Le système dans sa globalité (gel du prix de vente à l’Ocef et de la marge de l’Ocef) permettait d’éviter l’augmentation du prix de la viande pour les consommateurs même si le prix de vente par le boucher est resté libre.

Sur 500 éleveurs calédoniens, 400 touchent actuellement 17 500 francs par naissance de veau (pour les 50 premiers). La Nouvelle- Calédonie va réduire cette somme à 12 000 francs et jusqu’à 8 000 francs avec une rétroactivité au 1er janvier 2021. De quoi récupérer environ 80 millions de francs par an. Le gouvernement assure qu’en 2022, il prendra les dispositions permettant de garantir le maintien de la rémunération des éleveurs avec une augmentation des prix d’achat à l’éleveur.

Une variable d’ajustement

Cette décision a provoqué l’ire des représentants non indépendantistes. Pour l’Avenir en confiance, Lionnel Brinon, également président de la commission de l’agriculture au Congrès, juge la mesure « insensée » et touchant aux « équilibres fragiles de la brousse ». Selon lui, le gouvernement n’apporte aucune garantie pour compenser cette perte. « Il faut trouver le juste équilibre pour soutenir le monde agricole. »

Nicolas Metzdorf, pour Générations NC, s’est montré encore plus incisif. Il a dénoncé « une attaque en règle contre la Brousse » sur les réseaux sociaux. Dans les débats, le représentant a dit comprendre que la Nouvelle-Calédonie n’a plus les moyens de subventionner ce système, mais il estime, lui aussi, qu’il faut de manière concomitante augmenter le prix d’achat de la viande par l’Ocef. Il appelle a plus de justesse et s’interroge, alors que le président du gouvernement, Louis Mapou, a pourtant souligné dans son discours de politique générale que le secteur de l’agriculture est important puisqu’il permet de lutter contre l’importation dans le cadre d’une autonomie alimentaire. Nicolas Metzdorf ajoute que l’élevage est le secteur agricole le moins bien rémunéré de tous et « que l’on vient taper finalement sur la filière la plus faible en termes de productivité économique » et considère donc que c’est une « erreur ».

Répercussions

Philippe Michel (Calédonie ensemble) a fait le constat, qui n’est pas nouveau, qu’en raison d’une rémunération insuffisante, le secteur de l’agriculture en général régresse, en particulier l’élevage, et avec lui, le taux de couverture par la production locale de la consommation intérieure. Une situation qui s’est encore dégradée avec les difficultés budgétaires actuelles qui ont déjà entraîné des réductions du soutien au secteur. Ce qui pose, selon lui, deux problématiques stratégiques majeures : sur l’aménagement du territoire (déserts ruraux) et sur l’autosuffisance alimentaire, un enjeu éclairé sous un jour nouveau avec la crise sanitaire du Covid et les déséquilibres qu’elle génère. Calédonie ensemble s’est donc dit extrêmement réservé. « On préfère avoir des garanties maintenant avant de faire la réforme plutôt que le contraire […] J’ai peur qu’une fois de plus, à la faveur des difficultés, et Dieu sait ce qui nous attend, nos éleveurs soient un peu les oubliés de ce dispositif. » Le texte a été adopté à 27 voix pour, 24 contre.

 


Le groupe UC-FLNKS perd une élue

Marie-Line Sakilia, élue provinciale du FLNKS Sud, n’appartient plus au groupe UC-FLNKS Nationalistes et Éveil océanien au Congrès. Le groupe est désormais réduit à 16 élus et Marie-Line Sakilia siège désormais sans étiquette. Le chef de groupe, Pierre-Chanel Tutugoro, a expliqué qu’il s’agissait d’une suspension, avec un retour possible sous conditions. Le comportement de la conseillère en serait à l’origine, à la suite de plusieurs malentendus avec d’autres élus.

 

Chloé Maingourd (© Archives DNC et Congrès)

 

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