La bravoure des pompiers calédoniens

Les pompiers calédoniens seront placés durant trois semaines sous les ordres du COZ Sud (centre opérationnel de zone) et positionnés dans l’Aude. Ils ne seront pas prioritaires pour intervenir en Gironde, qui dépend du COZ Sud-Ouest. ©C.M.

C’est une première. Trente et un sapeurs-pompiers calédoniens – 12 de la sécurité civile et 19 des corps communaux – ont quitté le territoire, dimanche 2 août, pour soutenir leurs collègues de Métropole, mobilisés face à une intense saison des feux de forêt.

« A partir de maintenant, il n’y a plus de pompiers des communes, de la direction de la sécurité civile. Vous faites officiellement partie du détachement des pompiers de la Nouvelle-Calédonie », a clamé le commandant Gwenval Cambon, directeur de la sécurité civile et de la gestion des risques, dimanche soir, au centre d’incendie et de secours spécialisé Sud, avant le départ du groupe pour trois semaines. Organisée avec l’état-major interministériel de zone du haut-commissariat, la projection sera placée sous l’autorité du commandant Anthony Guépy, habituellemnt chef du service des centres opérationnels de Nouméa.

« ON SAIT FAIRE »

Face aux incendies en Gironde, dans le Var, et aux risques ailleurs dans l’Hexagone, la Direction nationale de la sécurité civile a sollicité les territoires ultramarins. La Réunion, la Polynésie française, Mayotte et la Nouvelle-Calédonie ont répondu présent, aux côtés de renforts métropolitains et internationaux.

Dès la fin juillet, plus de cent pompiers calédoniens se sont portés volontaires. « Il a fallu réfléchir à qui envoyer sans désarmer les casernes », explique Anthony Guépy. Deux groupes feux de forêt, avec leur chaîne de commandement, ont finalement été constitués. « Ce genre de situation, malheu- reusement, on le vit souvent. Vu notre insularité, quand on a besoin d’aide, cela prend du temps. Donc on sait faire. Des feux de 4 000 hectares avec 20 pompiers, ils ne le font jamais. Mais dans ce département de l’Aude, où nous allons, ils ont subi l’année dernière, un feu de 16 000 hectares. Ils sont donc aguerris. Et s’il faut que, moi, commandant, je tienne une lance ou que je tire des tuyaux, je le ferai. »

« UN JUSTE RETOUR »

Dimanche soir, les spécialistes feux de forêt – chefs de colonne, équipiers, conducteurs hors chemin – se tenaient devant les autorités et leurs familles. Cindy Brossard, volontaire au Mont-Dore, part pour la première fois loin des siens. « On a pu travailler avec des renforts de Métropole en 2024. Ils nous ont bien aidés. C’était la moindre des choses de faire un retour », confie-t-elle, sereine au sein de cette « grande famille ». Sa mère, Sylvia, résume l’émotion : « Il faut avoir du cœur, du caractère et du courage. Je suis fière. »

Même sentiment chez Christophe Koki, volontaire à Bourail : « C’était logique de leur rendre la pareille. En plus, j’ai fait mon service militaire en France, c’est l’occasion d’y retourner. » Son épouse, Prescillia Brini, soutient son « dévouement », malgré l’inquiétude : « Une opportunité comme celle-là, de montrer son savoir et de servir son pays, on ne passe pas à côté. »

Alain Jone, jeune volontaire à Nouméa en attente d’affectation après son concours, n’a pas surpris sa famille en postulant à cette mission. « Il a toujours voulu aider. Là, il était tout excité. Son père était un peu inquiet : ce ne sont pas des petits feux », raconte sa mère.

Les jumeaux Axel et Maël Colas, pompiers volontaires depuis cinq ans à la sécurité civile et à Dumbéa, ont posé des congés pour partir. Policier municipal à Nouméa pour l’un, au Mont-Dore pour l’autre, ils se sentent prêts. « On est formés, on va tester la France et apprendre d’autres choses », soutient Axel Colas.

Pour Anthony Guépy, l’expérience profitera aussi au territoire. Les équipiers travailleront probablement avec des groupes de camions feux de forêt et des moyens rarement déployés localement, comme les canadairs. « Quand ils rentreront dans leurs communes, ils auront une réelle plus-value », estime-t-il, convaincu de gagner, lui aussi, « énormément en compétences ».

La mission est prise en charge par l’État. Le gouvernement local et les communes assurent la rémunération et le défraiement pendant la projection.

Chloe Maingourd

UN ENGAGEMENT INEDIT AUSSITOT SALUÉ

« Vous faites honneur aux Calédoniens et à vos familles », a déclaré le haut- commissaire, Jacques Billant. Le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, a évoqué une « responsabilité collective de renvoyer l’ascenseur », en adressant une pensée aux familles.
« Les pompiers de Métropole ont toujours été à nos côtés », a renchérit Nina Julié, maire du Mont-Dore. Cynthia Jan, maire de Dumbéa, a vu dans ce départ le message d’une Nouvelle-Calédonie « solidaire » et pleinement inscrite dans « ce grand ensemble qu’est la République française ». Pour Nouméa, Sonia Lagarde a, elle aussi, remercié les volontaires : « C’est une mission difficile, mais je sais pouvoir compter sur vous ».

Au centre, Cindy Brossard partira pour la première fois loin des siens. ©C.M.
Les jumeaux Axel et Mael ont décidé ensemble de partir prêter main forte à leurs collègues métropolitains. ©C.M.
Christophe Koki est venu de Bourail, avec sa femme Priscilla et leurs deux filles. ©C.M.
Le haut-commissaire saluant les familles de pompiers. Ici la famille d’Alain Jone volontaire à Nouméa ©C.M.
Le détachement calédonien sous l’autorité du commandant Anthony Guépy et les autorités de l’Etat, du territoire et des communes. ©C.M.